L’aéronavale indienne retrouve son souffle

Mais le Rafale pourrait aussi être victime de son succès dans l’IAF. Les besoins de cette dernière sont en effet bien plus critiques que ceux de l’IN. À tel point que le ministère de la Défense pourrait décider qu’un achat de gouvernement à gouvernement autour du Rafale devrait profiter en priorité à l’IAF. Pour l’IN, une commande rapide permettrait surtout de planifier au mieux les modifications et les conceptions de ses porte-­avions autour du nouveau chasseur. Dans ce cas, indépendamment de l’attrait réel de l’IN pour le Rafale, un autre appareil pourrait très bien être acheté dans le cadre du MRCBF. Politiquement, une commande de Super Hornet pour la seule IN aurait pour avantage de diversifier les approvisionnements du pays en avions de chasse, sans ralentir ni menacer de nouveaux achats de Rafale pour l’IAF. D’un autre côté, l’achat de nouveaux MiG‑29K modernisés permettrait de choisir rapidement le nouvel appareil de l’IN, sans modifier les porte-­avions, tout en laissant le Rafale et le Super Hornet s’affronter commercialement pour l’équipement de l’IAF. Au risque, pour la Navy, de ne pas pouvoir profiter pleinement des caractéristiques CATOBAR de l’IAC‑2.

Ainsi, même si l’Indian Navy semble avoir retrouvé une forme d’indépendance décisionnelle en sortant du programme LCA, elle reste tributaire des contraintes étatiques, en matière de « Make in India » et d’accords intergouvernementaux notamment. Cependant, si le programme MRCBF est mené rapidement, il pourrait s’agir d’une petite révolution pour la marine indienne. Si cette dernière obtient l’avion qu’elle souhaite vraiment, indépendamment des tergiversations diplomatiques et industrielles, elle sera en mesure de construire l’aéronavale qui lui convient, adaptée à une vision opérationnelle réaliste. Pour les forces armées indiennes, au sens large, l’enjeu de la prochaine décennie est bien d’adapter la politique industrielle du pays, particulièrement inertielle, aux besoins opérationnels, par définition changeants. Et non l’inverse. Dans le cas contraire, le déclassement militaire de l’Inde à l’échelle régionale pourrait être tout bonnement impossible à endiguer.

Notes

(1) Les avions de l’INS Vikrant ont ainsi mené plusieurs raids lors du conflit indo-pakistanais de 1971.

(2) Short Take-Off But Arrested Recovery : décollage depuis un tremplin, appontage via des brins d’arrêt.

(3) Catapult Assisted Take-Off But Arrested Recovery : décollage via une catapulte, appontage via des brins d’arrêt.

(4) Voir à ce sujet « L’hélicoptère ASM à la croisée des chemins », Défense & Sécurité Inetrnationale, hors-série no 59, avril-mai 2018.

(5) À ce sujet : « Déclin ou renaissance des ailes indiennes ? », Défense & Sécurité Internationale, hors-série no 54, juin-juillet 2017.

Légende de la photo en première page : Le Vikramaditya (ex-Gorshkov, avant-plan) et le Viraat, qui est sorti de service en mars 2017. (© Indian Navy)

Article paru dans la revue DSI n°135, « Face à la Chine : Les défis de la marine indienne », mai-juin 2018.

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