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La Chine peut-elle être la bouée de sauvetage économique d’un Royaume-Uni sorti d’Europe ? 

À première vue, le Brexit semble refroidir l’enthousiasme de Pékin quant à ses perspectives de méga-investissements sur le territoire britannique. Lors du référendum, le gouvernement chinois, qui défend depuis des années le principe de non-ingérence dans les affaires internes des autres pays, est sorti de son mutisme et a publiquement soutenu les partisans du « Remain ». Le lendemain du référendum, dont les résultats ont surpris les autorités chinoises, Pékin s’est empressé d’ajuster sa stratégie en conséquence et a adopté une attitude très prudente dans l’évaluation des perspectives de développement d’une coopération plus étroite avec le Royaume-Uni. Si la plupart des projets annoncés précédemment restent à l’ordre du jour, les conditions de leur réalisation sont désormais ouvertes à renégociation. Le Royaume-Uni, hanté par le spectre du no-deal avec Bruxelles, se retrouve dans une position de faiblesse vis-à-vis de la Chine, qui compte en profiter pour négocier de meilleurs deals et augmenter sa présence économique sur les îles britanniques dans des conditions beaucoup plus avantageuses qu’envisagé au départ.

De son côté, bien que les partisans du Brexit insistent beaucoup sur les avantages de futurs accords de libre-échange avec la Chine et les autres pays dynamiques en Asie devant assurer un brillant avenir au Royaume-Uni, le gouvernement britannique actuel semble très divisé sur la façon dont il doit traiter avec la Chine à l’ère post-Brexit. L’attitude ambivalente de la Première ministre, Theresa May, envers les possibilités de rapprochement avec la Chine en est une bonne illustration. En arrivant au pouvoir en juillet 2016, elle a pris la décision de suspendre l’autorisation de construction de la centrale nucléaire de Hinkley Point en évoquant ses inquiétudes quant à la participation de Pékin à la réalisation de ce projet qu’elle juge stratégique, voire crucial pour l’avenir du pays. Aux yeux de Londres, le problème n’était pas seulement le fait que les Chinois détiennent un tiers du projet (les deux autres tiers appartenant à EDF), mais aussi que le contrat prévoie que l’un des trois réacteurs nucléaires sera construit par les Chinois, ce qui pourrait compromettre la sécurité du site. Ces déclarations ont suscité une réaction très vive et pro-active de la part des autorités chinoises qui, en termes à peine voilés, ont menacé de se retirer tout simplement du projet. Pour la Chine, la centrale de Hinkley Point, qui doit fournir 7 % de l’électricité du Royaume-Uni en 2026, n’est pas juste une opportunité d’investissement, mais un moyen de montrer sa crédibilité technologique et sa capacité de réaliser des projets complexes dans le domaine nucléaire (3). En sachant que sans l’argent chinois (6 milliards d’euros), l’avenir du projet était compromis, Theresa May a finalement donné son aval à la construction de la centrale en septembre 2016. Ainsi le Brexit laisse-t-il Londres seule face à la Chine, au moment où la négociation sur plusieurs projets bilatéraux entre dans sa phase active.

Que sont devenues les perspectives radieuses de la coopération Chine-Royaume-Uni ?

Aux yeux de Pékin, en choisissant de sortir de l’UE, le Royaume-Uni a perdu nombre de ses atouts. Il ne peut plus servir de pont vers l’UE, et même son rôle-clé comme l’une des principales places financières internationales se trouve aujourd’hui compromis par la possibilité du no-deal. En effet, en 2013, plusieurs grandes banques chinoises ont ouvert leur succursale à Londres, ce qui leur a permis d’élargir leur champ d’action en Europe et d’accélérer le processus de l’internationalisation du renminbi. Mais si Londres échoue à négocier un accord spécial avec l’UE pour sécuriser la position de la City dans les finances européennes, elle risque de voir les banques chinoises transférer leurs bureaux londoniens à Paris ou Francfort, en réduisant leurs opérations sur le sol britannique.

Les hésitations du gouvernement de Theresa May qui, dans ses rapports avec la Chine, oscille entre la méfiance prônée par une partie de l’establishment et le pragmatisme exigé par les banques et les entreprises britanniques, minent de l’intérieur toute tentative de Londres de formuler une politique cohérente envers Pékin et de faire jeu égal avec la Chine dans les négociations. La visite officielle de la Première ministre britannique en Chine en 2018 illustre bien cette situation particulière. En effet, repoussée à plusieurs reprises, cette opération séduction n’a que partiellement réussi à atteindre les objectifs annoncés. À Londres, on espérait que ce voyage se conclue non seulement par la signature d’une série d’accords importants, mais aussi par l’avancement des négociations sur le futur accord de libre-échange entre le Royaume-Uni et la Chine. Un tel accord devait à terme compenser les dommages du Brexit et démontrer à tous les sceptiques que la décision de sortir de l’UE n’est pas une décision aussi désastreuse que le dit Bruxelles. À Pékin, on présentait la visite de Theresa May comme une preuve de l’importance grandissante de la Chine pour l’économie du Royaume-Uni, mais aussi comme une illustration du pragmatisme du gouvernement britannique, qui semble enfin comprendre qu’en soulevant sans cesse les dossiers controversés tels que la gestion chinoise de Hong Kong ou le respect des droits de l’homme, il risque de perdre tous les bénéfices d’une coopération plus approfondie entre les deux pays.

Le bilan de cette visite s’est révélé décevant pour les deux parties. Les 10 milliards d’euros d’accords commerciaux conclus lors du voyage (4) sont loin d’égaler ceux signés par David Cameron lors de la visite de Xi Jinping au Royaume-Uni en 2015 (45 milliards d’euros) (5). À cela s’ajoute le fait que seuls quelques-uns de ces accords visent directement la sphère économique, le reste touchant plutôt à la culture et l’éducation. Quant aux négociations sur un accord de libre-échange, elles ne semblent pas avancer aussi rapidement que Londres le souhaiterait en étant tributaires du contexte international et européen tendu.

De son côté, Pékin n’a pas réussi à obtenir de Londres un ferme soutien de son initiative des « nouvelles routes de la soie ». Malgré les nombreuses déclarations officielles à Pékin et à Londres suggérant que le Royaume-Uni pourrait devenir la force motrice de l’initiative chinoise en Europe, Theresa May n’a pas voulu endosser formellement ce projet d’infrastructure globale et a refusé de signer le mémorandum préparé par ses hôtes pour l’occasion. Loin d’apaiser les craintes liées aux répercussions économiques négatives du Brexit à l’intérieur du Royaume-Uni, cette visite et son bilan bien maigre ont au contraire démontré à quel point Londres aura du mal à compenser le manque à gagner en Europe en développant des liens plus étroits avec la Chine.

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