Magazine Diplomatie

Israël, la tentation populiste

Mais le discours pacifiste est souvent rendu inaudible par le comportement d’un leadership palestinien en pleine décadence. Au printemps dernier, après avoir échoué pour la énième fois à se réconcilier avec le Hamas, le président de l’Autorité palestinienne a renoué avec la grande tradition antisémite du mouvement nationaliste arabe, en prononçant un discours-fleuve où tous les stéréotypes anti-juifs figuraient (12). Contraint de s’excuser (sous la pression de ses soutiens dans l’Union européenne), Mahmoud Abbas (Abou Mazen) n’est pas sorti grandi de cette séquence aux yeux des Israéliens. Tout au contraire, les déclarations de ce type renforcent une idée largement répandue dans l’opinion publique israélienne depuis la deuxième Intifada (2000) : « Il n’y a personne à qui parler » (ein im mi ledaber).

La droite israélienne attend les prochaines élections sans inquiétude. On peut la comprendre. Dans un Israël préoccupé par la montée de l’islamisme, miné par la corruption, découragé par la progression des inégalités, et en proie à un ethnocentrisme exacerbé par des politiciens sans scrupule, le populisme a de beaux jours devant lui.

Notes

(1) La prochaine compétition de l’Eurovision dont la finale aura lieu à Tel-Aviv le 18 mai 2019 fait déjà l’objet de consignes de boycott.

(2) Le Parlement israélien compte 120 membres élus sur des listes nationales à la représentation proportionnelle intégrale. Le seuil de représentativité a été relevé à 3,25 %. Un parti doit donc faire élire un minimum de 4 députés pour être représenté à la Knesset. Dans sa formation actuelle, le Parlement compte 10 groupes politiques : Likoud (droite, parti de Binyamin Netanyahou, 30 sièges) ; Koulanou (centre-droit, 10 sièges), le Foyer juif (extrême-droite sioniste-religieuse, 8 sièges), Israël Beïtenou (extrême-droite, proche des nouveaux immigrants russophones, 5 sièges depuis le départ d’une élue de ce groupe), Shas (ultra-orthodoxes séfarades, 7 sièges), Yaadout ha Thora (ultra-orthodoxes ashkénazes, 6 sièges). L’opposition est éclatée entre le Camp sioniste (Regroupement du Parti travailliste et d’un petit parti centriste, 24 sièges), Yesh Atid (centre, 11 sièges), Liste (arabe) unifiée (13 sièges), Meretz (extrême gauche, 5 sièges).

(3) Shlomo Layani, maire de Bat-Yam, a purgé une peine de 8 mois de prison. Il rejoint ainsi sur la liste ses collègues Shimon Gabso (Nazareth), Tzvi Bar (Ramat-Gan), Nissim Malka (Kiriat-Shmona), Rahamim Melloul (Rehovot), etc. Ehoud Olmert, ancien Premier ministre, a été emprisonné pour plusieurs faits de corruption intervenus pendant la période où il était maire de Jérusalem. Source : Jacques Bendelac, « Corruption en Israël : pourquoi de nombreux maires sont corrompus », Israel Valley, 11 septembre 2016 (en français). Ces déboires judiciaires n’ont pas empêché plusieurs maires mis en cause d’être réélus le 30 octobre 2018, telle Myriam Fierberg à Netanya.

(4) https://fr.timesofisrael.com/18-million-disraeliens-dont-842-000-enfants-sous-le-seuil-de-pauvrete-rapport/

(5) https://data.oecd.org/fr/inequality/inegalite-de-revenu.htm#indicator-chart ; https://data.oecd.org/fr/inequality/taux-de-pauvrete.htm.

(6) https://fr.timesofisrael.com/israel-pile-cest-la-start-up-nation-face-cest-la-misere-deplore-alalouf/

(7) http://www.oecd.org/fr/eco/etudes/ISRAEL-2018-OCDE-Etudes-Economiques-Synthese.pdf

(8) Les principales fortunes du pays sont détenues par Roman Abramovich (12,5 milliards de dollars – le propriétaire du club de Chelsea, en devenant israélien en 2018, a pris la tête du peloton des grosses fortunes du pays) ; Eyal Ofer (9,3 milliards, immobilier, transport maritime) ; Stef Wertheimer (9 milliards, métallurgie) ; Patrick Drahi (6,5 milliards – le patron d’Altice détient en Israël un groupe de télévision et la chaîne I24News) ; Shari Arison (5,5 milliards, banque, tourisme – est en train de se retirer des affaires) ; famille Azrieli (5 milliards, centres commerciaux) ; Gil Schwed (4,2 milliards, cybersécurité) ; Itzhak Tshuva (4,1 milliards, énergie) ; Haïm Saban (3,5 milliards, télévision) ; Arnon Milchen (cinéma, 3,5 milliards – il est aussi le principal protagoniste du dossier 1000 évoqué plus haut). Source : https://fr.timesofisrael.com/eyal-ofer-en-tete-de-la-liste-des-israeliens-moins-riches-quabramovich/

(9) Doron Tsabari, Magash Hakesef, 2015.

(10) Sondage Walla/Panel Politics du 30 juillet 2018.

(11) Voir notre article « Menaces contre la démocratie israélienne », Diplomatie, no 81, juillet-août 2016.

(12) Guillaume Gendron, « Mahmoud Abbas, dérapage antisémite et verrouillage politique », Libération, 2 mai 2018.

Légende de la photo ci-dessus : L’actuel Premier ministre israélien, Binyamin Netanyahou, est en poste depuis 2009, après avoir déjà occupé ces fonctions entre 1996 et 1999, détenant ainsi le record de longévité après David Ben Gourion. À la suite d’une crise au sein de la coalition de gouvernement qui a conduit en novembre 2018 à la démission du ministre de la Défense Avigdor Liberman, Binyamin Netanyahou a également récupéré le portefeuille de la Défense, pour éviter une dissolution du gouvernement qui aurait provoqué des élections législatives anticipées. (© Shutterstock/Alexandros Michailidis)

Article paru dans la revue Diplomatie n°96, « BREXIT : 90 jours avant la fin d’un monde », janvier-février 2019.

Philippe Velilla, Israël et ses conflits : des querelles et des rêves, Paris, Le Bord de l’eau, septembre 2017, 192 p.

Bienvenue sur Areion24.news.
Ce site regroupe une sélection d'articles et d'entretiens rédigés par des spécialistes des questions internationales et stratégiques (chercheurs, universitaires, etc.) et publiés dans les magazines Diplomatie, Carto, Moyen-Orient et DSI.

Dans notre boutique

Votre panier
Areion24.news

GRATUIT
VOIR