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Inde/Pakistan : la paix improbable ?

Enfin, il est un fait certain que l’évolution politique interne des deux États complique la situation. D’un côté, l’institution militaire pakistanaise tient le rôle central dans la politique du pays, en particulier au sujet de la relation avec l’Inde. La mentalité militaire, inculquée à toutes les nouvelles recrues, est construite autour de l’opposition à l’Inde. Dans la société plus largement, l’apprentissage de l’identité pakistanaise se fait dans la construction de l’adversaire indien hindou ; les manuels scolaires sont à cet égard un cas d’école (3). De l’autre côté, l’accroissement du nationalisme hindou favorise l’émergence de voix demandant une position de plus en plus radicale sur la question pakistanaise. Le gouvernement en place depuis 2014, formé sur la victoire du BJP, est illustratif de cette tendance, le BJP étant un parti ouvertement nationaliste. Les élections législatives indiennes en 2019 seront à ce titre très intéressantes. Il est néanmoins peu probable que les nationalistes indiens cherchent à entrer à nouveau en guerre. S’ils ont des positions très fortes sur la question pakistanaise, ils n’en demeurent pas moins conscients du spectre nucléaire qui plane sur tout conflit entre les deux États ainsi que de l’ambiguïté de la doctrine nucléaire pakistanaise ! En cas de victoire des nationalistes, le statu quo avec des escarmouches le long de la frontières restera très probablement la norme des relations indo-pakistanaises.

La donne chinoise

Les relations indo-pakistanaises oscillent sur une échelle relationnelle allant de mauvaise à abyssale, et malgré les espoirs, la donne géopolitique changeante de la région ne va pas la stabiliser. La Chine, qui affirme sa puissance sur la scène régionale (et internationale) n’est pas un facteur de stabilisation. Inde et Chine sont en compétition pour le leadership régional. Beijing et Islamabad entretiennent une relation très proche (« all-weather friendship ») nourrie par leur animosité commune envers New Delhi. Le projet des nouvelles routes de la soie, nouvelle donne géoéconomique, semble insuffisant pour stabiliser une région en proie à de nombreux déficits de confiance et trop peu d’intégration. Les développements récents confirment d’ailleurs ceci, le Pakistan semblant de plus en plus pris dans les toiles du piège de la dette chinoise, menant le pays au bord du risque de défaut de paiement – la prise de conscience du gouvernement pakistanais ayant été causée par le coût élevé de la construction du projet de chemin de fer pour relier Karachi à Peshawar, le projet le plus important du CPEC. Une telle situation financière risque bien de déstabiliser davantage le pays, malgré les espoirs qu’Islamabad plaçait dans les investissements chinois.

En définitive, l’Inde et le Pakistan ne sont pas prêts de se rapprocher, et les pistes de négociation semblent peu réalistes et vouées à l’échec.

Pakistan/Inde
Pakistan

Chef de l’État

Mamnoon Hussain (depuis le 9 septembre 2013)

Chef de gouvernement

Shahid Khaqan Abbasi (depuis le 1er aout 2017)

Superficie : 796 095 km2 (37e rang mondial)

Capitale : Islamabad

Population : 205 millions d’habitants

Religion

Musulmans : 96,4 % (sunnites 90%, chiites 10%).

 

Inde

Chef de l’État

Ram Nath Kovind (depuis le 25 juillet 2017)

Chef de gouvernement

Narendra Modi (depuis le 26 mai 2014)

Superficie

3 287 263 km2 (7e rang mondial)

Capitale : New Delhi

Population : 1,355 milliard d’habitants

Religion

Hindouisme (79,8 %), islam (14,2 %),

christianisme (2,3 %), sikhisme (1,7 %).

 

Le conflit

Intensité :Niveau 3 (crise violente)

Objet : Territoire, pouvoir international, ressources

Parties au conflit : Inde VS Pakistan

Durée : Depuis 1947

Victimes : Plus de 47 000 morts pour les seuls conflits au Cachemire ; entre 300 000 et 500 000 victimes lors de la guerre civile de 1971 ; 1 à 2 millions de victimes lors de la Partition

Autres conflits dans le pays : 21

Notes

(1) Dhruva Jaishankar, « India’s strategic landscape: an assessment », Brookings Institution, octobre 2018.

(2) Le Pakistan peut difficilement se permettre de voir les talibans afghans se retourner contre lui, au vu de la situation interne du pays.

(3) « Pakistan schools teach Hindu hatred », Dawn, 9 novembre 2011.

Légende de la photo ci-dessus : Le 22 août 2018, un groupe de manifestants musulmans arbore des drapeaux pakistanais lors d’affrontements entre les forces de police indiennes et la foule à Anantnag, au Cachemire. (© Shutterstock/Umar Fayaz Dhobi)

Article paru dans la revue Les Grands Dossiers de Diplomatie n°48, « L’état des conflits dans le monde », Décembre 2018-Janvier 2019 .

À propos de l'auteur

Dorothée Vandamme

Dorothée Vandamme

Docteure en sciences politiques, relations internationales, chercheure et chargée de cours à l’Université catholique de Louvain et à l’Université de Mons.

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