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Techniques TOP : la sophrologie appliquée au combat

Du combat à la convalescence

Les techniques TOP peuvent être employées à différents moments de la mission, en fonction des besoins ressentis par les militaires. En anticipation, les techniques liées à la projection mentale sont conseillées. L’individu peut ainsi visualiser en esprit l’ensemble d’une mission ou un moment clé de celle-ci. Un moyen de favoriser la mémorisation des étapes à franchir, qui permettra de gagner en efficacité de réalisation, d’éviter les oublis ou encore de repérer immédiatement les cas non conformes qui pourraient se présenter. Si c’est un moment précis de la mission qui réclame une attention particulière, ces exercices de projection pourront faire gagner de la confiance. L’association entre cette pensée et un rythme de respiration précis pourra aider le soldat à accomplir sa tâche. Un officier explique que ces pratiques facilitent l’appropriation de la nouvelle arme de dotation de l’infanterie, le HK416, pour préparer le déploiement en opération extérieure avec un fusil différent de celui que les fantassins ont longtemps utilisé.

Pendant la mission, ce sont souvent des problématiques liées à la fatigue, physique et mentale, qui seront abordées. La pratique d’exercices de respiration peut contribuer à la récupération musculaire, surtout lorsqu’un soldat est exposé à un stress important. Elle peut aussi améliorer le niveau de conscience, en augmentant l’oxygénation du cerveau. Pendant une opération, un soldat pourra par exemple profiter d’un temps plus calme entre deux phases intenses pour pratiquer un mélange de respiration et de méditation, de la même façon que certains fumeront une cigarette. Toujours dans une logique d’endurance, une sentinelle, qu’elle surveille une base ou qu’elle soit de quart sur un navire, pourra contrôler sa respiration pour maintenir son attention et la stimuler.

Dans ce registre, il pourra être intéressant de suivre les recherches concernant la « méthode » Wim Hof (2). Personnalité emblématique des réflexions liées à ces pratiques, ce Néerlandais surnommé « Iceman » a fait la démonstration de capacités physiologiques hors norme, notamment grâce à des exercices de respiration et de projection mentale. Détenteur de multiples records, il est par exemple parvenu à rester plus d’une heure nu dans la glace, ou encore à terminer un semi-­marathon pieds nus le long du cercle polaire. Diverses expériences scientifiques ont montré que les personnes formées à ses pratiques, même brièvement, développent rapidement de meilleures capacités de résistance au froid… et même à certaines maladies.

Pris sous le feu, un militaire en proie à de fortes émotions pourra utiliser certains de ces outils pour reprendre le contrôle de son esprit. Comme lors d’un effort physique, la répétition de différents types de respirations adaptées à des problématiques spécifiques contribuera à des réflexes favorables. Un pratiquant régulier de ces techniques pourra par exemple associer un certain rythme respiratoire à l’accélération ou à la récupération dans l’effort, à la reprise de contrôle face à une situation de panique ou encore à la relaxation après une crise de stress.

Après une mission, certaines techniques permettent de décompresser et de contrôler sa fatigue et sa récupération. Se rapprochant de la méditation, leur pratique s’est systématisée dans une logique d’appui thérapeutique, notamment dans les fameux sas de décompression. Si rien de tout cela ne remplace un psychologue en cas de blessure psychologique, ces outils permettent parfois, notamment lorsqu’ils sont mis en œuvre collectivement, de contribuer à une guérison ou de faciliter le cheminement vers la médecine conventionnelle. Une tendance apparue dès les années 1990 dans les armées américaine et israélienne, déjà à l’époque pour faire face à des syndromes de stress post-­traumatique.

Depuis les attentats de 2015, les Armées ont été sollicitées par des unités d’intervention du ministère de l’Intérieur afin de bénéficier de retours d’expérience sur ces outils. Les TOP sont en effet utilisées depuis maintenant plusieurs années pour aider les militaires à faire face à la fatigue psychologique, voire à des traumatismes plus violents, en cas de blessures ou de la perte d’un camarade. Ces pratiques sont systématiquement employées dans les sas de décompression au retour d’opérations, y compris pour les forces spéciales qui n’ont pas toujours été incluses dans ce dispositif. Des outils devenus réflexes, dans des situations diverses, comme le soulève Marc, officier dans l’infanterie : « Il y a trois ans, un jeune sergent s’est suicidé à l’École Nationale des Sous-­Officiers d’Active (ENSOA). Le général commandant l’école a, en même temps que commençait l’enquête de gendarmerie, fait descendre trois moniteurs TOP pour accompagner les autres élèves. On voit que c’est pris en compte au plus haut niveau. »

La difficulté de la réceptivité

Certains militaires sont, lorsqu’ils découvrent ces techniques, particulièrement sceptiques, comme l’admet un instructeur du CNEC. « Parfois, il faut un peu de temps pour qu’ils y puisent quelque chose, explique-t‑il. Parfois, ils n’en tirent même rien. Mais l’important, c’est qu’ils sachent que ça existe et qu’ils puissent l’expérimenter. » Une réaction qui tendrait à disparaître, selon les divers témoignages que nous avons pu récolter. Pour être maîtrisées, les TOP demandent comme n’importe quelle technique ou équipement de pratiquer régulièrement, afin de pouvoir les mettre en application instinctivement lors d’une situation opérationnelle. Parmi ceux qui s’en servent, l’envie de poursuivre l’assimilation est majoritairement manifeste.

Un sous-officier d’une unité de combat confirme que les militaires ne se montrent pas tous réceptifs. Il relève, comme les instructeurs TOP, que la démarche doit aussi être entreprise par les soldats eux-­mêmes : « Dans l’armée de Terre, c’est en avant séance TOP de 7 h à 8 h. C’est un ordre. Forcément, ce n’est pas le bon moment pour tous. Mais comment se mettre au rythme de chacun ? Sur une population de 150 types, il y en a toujours qui trouvent ça nul et inutile. Peut-être cela serait plus utile de le réserver à des personnels qui ont des problèmes spécifiques, comme le sommeil ou le stress ? Mais il faudrait pouvoir les identifier et qu’ils soient volontaires. » Lui n’utilise pas toutes les techniques TOP. Il opte surtout pour celles qui facilitent la récupération sur des périodes de haute intensité : « C’est plutôt utile. Je m’en sers en solo pour faire des microsiestes sur des phases où l’on dort peu, au Centre d’Entraînement au Combat (CENTAC) ou au Centre d’Entraînement en Zone Urbaine (CENZUB) par exemple. Je l’utilise pour me mettre au calme et dormir 15-20 minutes. »

À propos de l'auteur

Romain Mielcarek

Romain Mielcarek

Journaliste indépendant spécialisé dans les questions de défense et de relations internationales, Romain Mielcarek travaille principalement pour les rédactions de Radio France Internationale (RFI), La Vie et du mensuel Défense et Sécurité Internationale (DSI). Doctorant en sciences humaines, rattaché à l’université de Strasbourg sous la direction de Philippe Breton, spécialiste des techniques d’argumentation, il s'intéresse à l’influence de la communication militaire sur le récit médiatique au cours du conflit afghan, depuis le début des années 2000.
Il anime par ailleurs le blog guerres-influences.com.

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