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Techniques TOP : la sophrologie appliquée au combat

Marc, un autre terrien, officier dans l’infanterie, a de son côté le sentiment que la majorité est à l’écoute et plutôt demandeuse. « Les jeunes adhèrent tout de suite, assure-t‑il. Quand on a fait du VAB toute la journée, qu’on a bouffé du sable, les hommes apprécient qu’on prenne un moment pour utiliser ces techniques et récupérer physiquement en fin d’après-­midi. » Pour lui, les hésitations sont plutôt le fait d’anciens qui n’ont pas connu ces pratiques et qui peinent à se les approprier. De « vieux dinosaures » qui associent les TOP à de la psychologie, perçue comme tout aussi nuisible.

Dans la Marine nationale, où ces outils ne sont pas encore aussi répandus, un officier regrette que l’on ne fasse pas plus d’efforts pour les démocratiser : « C’est balbutiant. Une proportion non négligeable des moniteurs sportifs est formée, mais c’est la seule spécialité autorisée à passer les stages. Le problème, c’est qu’ils sont rarement sur les bateaux. Quand on a la chance d’avoir un EPMS [NDLR : instructeur d’entraînement physique militaire et sportif] à bord, il y a une réelle plus-­value sur la pratique du sport, ce qui est déjà des TOP. En revanche, les TOP telles que je les ai connues se cantonnent vraiment à la relaxation. » Lui aurait aimé que ces outils échappent à la simple pratique sportive et qu’ils profitent à son endurance opérationnelle : « Après six ans de quarts de nuit, il n’y a aucune séance de TOP qui puisse compenser ma fatigue. Dormir plus et mieux, ce sera souvent la clef. Et pour dormir mieux, je pense que les TOP aideront si les médecins s’en mêlent. »

Si les retours d’expériences que nous avons pu avoir sont majoritairement positifs, un pilote d’hélicoptère interrogé se montre tout de même moins convaincu. « J’ai fait des séances en groupe, avec moniteur, se souvient-il. En gros, il te fait maîtriser ta tension et tu finis en sieste. Alors oui, c’est agréable sur le moment, mais ça prend du temps et finalement, chacun a sa petite technique pour gérer son stress. Je trouve que c’est beaucoup trop vendeur pour ce que c’est. Ou alors je n’ai pas eu les bons moniteurs ! »

Ces différents ressentis montrent bien comment, en fonction des appréhensions, des pratiques et des expériences de chacun, les TOP peuvent être exploitées et comprises de bien des manières. Il est d’ailleurs surprenant de voir que, dans plusieurs témoignages, leur utilisation échappe au cadre purement opérationnel des Armées. Deux militaires évoquent spontanément des applications de TOP qui leur ont permis de gérer les transitions entre leur milieu professionnel et leur environnement personnel, en employant ces techniques pour canaliser leur stress et leur fatigue. Pour l’un d’eux, il s’est agi de pouvoir récupérer de nuits trop courtes du fait d’un nouveau-­né agité. Pour l’autre, de préserver ses nerfs dans « la gestion de deux monstres à la maison ». Des tracas en apparence anodins dont la bonne prise en compte est pourtant de plus en plus considérée, afin d’assurer une concentration et une efficacité optimales des personnels lorsqu’ils sont déployés en mission.

Notes

(1)  Édith Perreaut-Pierre, Comprendre et pratiquer les Techniques d’Optimisation du Potentiel », 2e éd., Dunod, Paris, 2016.

(2)  Matthijs Kox, Lucas T. van Eijk, Jelle Zwaag, et alii, « Voluntary activation of the sympathetic nervous system and attenuation of the innate immune response in humans », Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, vol. 20, no 111, 2014.

Légende de la photo ci-dessus : Si le métier de soldat est naturellement stressant, la succession des opérations amplifie cet état. (© NeydtStock/Shutterstock)

Article paru dans la revue DSI n°136, « JLTV : le remplaçant du Humvee », juillet-août 2018.

 

À propos de l'auteur

Romain Mielcarek

Romain Mielcarek

Journaliste indépendant spécialisé dans les questions de défense et de relations internationales, Romain Mielcarek travaille principalement pour les rédactions de Radio France Internationale (RFI), La Vie et du mensuel Défense et Sécurité Internationale (DSI). Doctorant en sciences humaines, rattaché à l’université de Strasbourg sous la direction de Philippe Breton, spécialiste des techniques d’argumentation, il s'intéresse à l’influence de la communication militaire sur le récit médiatique au cours du conflit afghan, depuis le début des années 2000.
Il anime par ailleurs le blog guerres-influences.com.

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