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Quelles fonctions pour les coalitions dans l’art de la guerre ?

opérabilité tactique beaucoup plus compliquée (et chère), et militent pour une véritable intégration de l’information. Cela n’est conciliable qu’à la condition qu’existe un primus inter pares capable de fournir à tous les contingents secondaires les capacités rares (C4ISR en particulier) réalisant « l’interopérabilité informationnelle ». La standardisation au sein de l’OTAN permet dans une certaine mesure de réduire ces difficultés – qui seront toujours présentes du fait des stratégies variées d’acquisition de matériels par les États –, mais elle rencontre des limites, par exemple lorsque les forces américaines ne sont pas les dernières à s’éloigner desdits standards. Néanmoins, la technologie facilite l’intégration militaire si les partenaires disposent de capacités proches, ce qui rend les coalitions aériennes ou navales, par exemple dans le cadre de l’OTAN, comparativement plus faciles à conduire. Cependant, il faut également rappeler que la conduite reste principalement contrainte par les décisions politiques : si les « caveats » imposés à une frégate alliée l’empêchent de conduire certains types d’actions, pouvoir facilement communiquer avec cette frégate ne changera rien au fait que sa contribution à l’action militaire collective est limitée…

Qui dit coalition dit contraintes politiques et intérêts propres des acteurs s’y engageant. Comment une coalition peut-elle évoluer face à des défections ?

Sans surprise, tout dépend de l’ampleur de la défection. Celle-ci doit s’étudier dans ses deux dimensions, opérationnelle et politique, et dépend de la contribution d’un allié dans ces deux domaines. Par exemple, bien que leurs contributions militaires aient été limitées, une défection de dernière minute de la Syrie ou du Maroc lors de la guerre du Golfe aurait eu de fortes conséquences politiques. Toutefois, les défections en Irak (y compris du Royaume-Uni) n’ont pas eu de conséquences opérationnelles ou politiques majeures du fait que l’intervention était déjà perçue comme illégitime (Irak), et dominée militairement par les États‑Unis.

Le plus grand recours aux coalitions implique-t-il de voir se renforcer le rôle d’organisations de défense, voire d’assister au développement de fonctions militaires dans des organisations régionales qui en étaient initialement dépourvues ?

Pas forcément. Les interventions militaires multinationales ont été principalement le fait d’États occidentaux, qui ont bénéficié de l’expérience d’intégration militaire existant au sein de l’OTAN, même si ces interventions n’ont pas nécessairement été conduites sous commandement de l’Alliance : l’expérience acquise dans le cadre de l’OTAN a permis une mobilisation relativement plus facile. L’OTAN est elle-même une alliance très spécifique, car intégrée comme aucune autre dans l’histoire, ce qui a été possible grâce à un alignement exceptionnel de nécessité militaire (une potentielle attaque de l’URSS nécessitait une forte intégration militaire pour pouvoir être contrée efficacement), de convergence des intérêts fondamentaux de ses membres et d’affinités idéologiques entre démocraties. On observe actuellement des formes de coopération militaires dans différents cadres institutionnels (par exemple l’OTSC pour les États de la CEI), mais celles-ci sont loin d’atteindre les niveaux d’intégration de l’OTAN pour tout un tas de raisons généralement liées au maintien d’un degré de méfiance entre les membres de ces organisations. De plus, les dynamiques du système international ayant permis la multiplication des interventions multinationales sont en transformation : l’unipolarité américaine est en recul (même si elle n’est pas terminée), et les pressions normatives de recherche de la légitimité internationale importent peu pour un certain nombre d’acteurs militaires tels que la Russie ou l’Arabie saoudite. Dans ces conditions, même si des formes de coopération se développent, il est peu probable que l’on assiste à une explosion de l’intégration militaire des organisations régionales.

Propos recueillis par Joseph Henrotin, le 9 mai 2018.

Notes

(1)  Risa Brooks, « Introduction: The Impact of Culture, Society, Institutions and International Forces on Military Effectiveness » in Elizabeth Stanley et Risa Brooks (dir.), Creating Military Power. The Sources of Military Effectiveness, Stanford University Press, Stanford, 2007, p. 10.

(2)  Elizabeth Greenhalg, Victory Through Coalition: Britain and France during the First World War, Cambridge University Press, Cambridge, 2005.

(3)  Simon Berthon, Allies at War, Thistle Publishing, Londres, 2013 (2001) ; Dan Plesch, America, Hitler and the UN: How the Allies Won World War II and Forged Peace, I.B. Tauris, Londres, 2011 ; Mark A. Stoler, Allies and Adversaries: The Joint Chiefs of Staff, the Grand Alliance, and U. S. Strategy in World War II, The University of North Carolina Press, Chapel Hill, 2003.

(4)  Jonathan Adelman (dir.), Hitler and His Allies in World War II, Routledge, Abingdon, 2007.

Légende de la photo ci-dessus: Décollage d’un Sentinel R1 britannique. La valeur militaire des participants est un facteur essentiel de réussite opérationnelle, mais elle n’est pas le seul. (© Crown Copyright)

Article paru dans la revue DSI n°136, « JLTV : le remplaçant du Humvee », juillet-août 2018.

À propos de l'auteur

Olivier Schmitt

Olivier Schmitt

Associate Professor, Center for War Studies, University of Southern Denmark.

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