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Quelques perspectives sur le missile sol-sol

En Chine, les développements balistiques ont été importants et, s’ils ont essentiellement concerné les engins à moyenne portée (famille des DF‑15, DF‑16) récemment, l’usage de SRBM est toujours considéré comme essentiel dans la doctrine. Concrètement, nombre de DF‑11 (M‑11 à l’exportation) restent en service depuis les années 1980. Selon les versions, leur portée va de 300 à plus de 700 km. Ces engins à carburant solide n’ont qu’un seul étage et leur précision terminale est de l’ordre de 200-300 m. Le missile a été exporté au Pakistan. Concrètement, les années 2010 ont vu l’arrivée du DF‑12 (ex-M‑20), un engin de 4 t au lancement ayant une charge utile conventionnelle de 480 kg (charge unitaire ou à sous-munitions). Sa portée serait comprise entre 100 et 480 km et son système de guidage, couplant un récepteur Beidou et une centrale inertielle, permettrait de réduire à l’erreur circulaire probable à 30 m. Deux missiles sont transportés sur un TEL 8 × 8.

La Chine a également conçu des missiles destinés à l’exportation. C’est le cas du B‑611, d’une portée de 150 à 280 km et acheté par la Turquie (où il est désigné J‑600T), dont la mise au point a commencé au milieu des années 1990 et qui est entré en service au milieu des années 2000. Deux engins sont placés sur des TEL 6 × 6. Ankara semble poursuivre le développement de versions à plus longue portée. Le BP‑12A en serait une version améliorée. Le missile équipe le SY‑400 (qui comporte deux missiles ou huit roquettes lourdes PH‑03) présenté fin 2017 par le Qatar. En l’occurrence, sa portée serait de 400 km, le guidage de l’engin étant assuré par un système inertiel/GPS. Dans les deux pays, les missiles ne sont dotés que d’un seul étage et ont une propulsion solide et on note que leur fonction militaire est variable : s’il est clairement question d’une fonctionnalité tactique/opérative dans le cas turc, l’armement qatarien renvoie également à une logique de dissuasion.

Programmes périphériques

L’Inde a également développé une capacité balistique de courte portée, avec ses Prithvi et Prahaar. Mais ces engins, destinés à la frappe nucléaire tactique, ont ainsi un statut spécifique. D’autres États se sont historiquement positionnés sur le développement de SRBM – dont la France avec le Pluton (6) –, mais peu ont poursuivi leurs travaux. C’est surtout le cas de l’Iran, avec en particulier le Fateh‑110, d’une portée estimée à 300 km, qui a été décliné en plusieurs sous-versions, dont un engin destiné à l’attaque de bâtiments de surface en mer (7). Téhéran semble avoir travaillé par génération, en accroissant peu à peu la portée et la précision, tout en diversifiant les charges militaires. L’engin, à carburant solide, a été exporté en Syrie, en Corée du Nord (qui semble également en développer ses propres versions) et auprès du Hezbollah. Pyongyang s’est essentiellement concentré sur l’optimisation de designs étrangers (SS‑21, Fateh‑110, Scud).

Israël a produit l’IAI LORA (Long Range Attack) d’une portée de 400 km, pour une charge explosive (unitaire ou à fragmentation) de 510 kg, et utilisant un guidage GPS/inertiel pour le vol, avec une possibilité de guidage terminal TV. Initialement conçu pour être lancé depuis un camion, il peut également l’être depuis un conteneur positionné sur un navire. Cette version, testée en décembre 2017, semble intéresser le Chili. Récemment, IMI a présenté le Predator Hawk, d’une portée de 300 km pour une charge de 140 kg, qui bénéficie lui aussi d’un guidage terminal. Dans le cas israélien, l’attention se porte particulièrement sur l’usage de missiles balistiques dans la lutte contre les batteries de missiles antiaériens à longue portée (8). De son côté, l’Ukraine a présenté début janvier 2018 son propre missile, le Grom‑2. L’engin est donné pour avoir une portée de 50 à 280 km et une charge explosive de 500 kg et aurait bénéficié d’un financement saoudien. Proposé à l’exportation, il semble surtout destiné en priorité aux forces ukrainiennes.

Par ailleurs, la Corée du Sud fait montre d’un dynamisme certain : si elle avait, historiquement, reconfiguré des Nike sol-air en missiles sol-sol (Hyunmoo‑1), elle a, depuis lors, développé plusieurs types d’engins à charge conventionnelle dont la fonction renvoie autant à la dissuasion qu’à la conduite d’opérations à l’échelle du théâtre, en complément des capacités aériennes, mais aussi navales (9). Le Hyunmoo‑2A, entré en service en 2006, a une portée de 300 km et une charge explosive de 1 t pour une masse totale de 5,4 t. Son erreur circulaire probable serait de 30 m. Le Hyunmoo‑2B, d’une portée de 500 km, est opérationnel depuis 2009, emportant également une charge de 1 t. Avec une charge réduite à 500 kg, sa portée dépasserait 800 km. Il est suivi du Hyunmoo‑2C, présenté pour la première fois en 2017, d’une portée de 800 km et qui bénéficierait d’un guidage terminal.

La nouvelle génération

Si le SRBM classique oscille, selon le pays détenteur, entre une fonction tactique/opérative et une fonction plus stratégique et qu’il focalise l’attention des commentateurs politiques et militaires – notamment en raison de la charge normative du MTCR –, un développement militairement intéressant a sans doute été mésestimé. Les « roquettes missilisées » connaissent non seulement un processus de diffusion passant sous le seuil d’examen du MTCR, mais, surtout, tendent à permettre un retour à la fonction originelle du SRBM. Leur portée plus courte (généralement comprise entre 50 et 100 km) et une charge explosive moindre en font des armes facilement utilisables dans la profondeur adverse en réduisant le risque de pertes comparativement à une frappe aérienne. Leur coût politique – le risque d’escalade – est également plus faible, tout comme leur prix (environ 110 000 dollars par engin acheté par le Royaume-Uni en 2014). En la matière, la vraie rupture a été la disposition de récepteurs GPS abordables et compacts, capables d’encaisser les accélérations au moment du tir, la vitesse d’impulsion des « roquettes » étant généralement plus importante que celles des missiles « classiques ».

L’exemple type de ces missiles de nouvelle génération est le GMLRS, qui reprend la structure des roquettes M‑26/M‑27 et permet donc de conserver le calibre de 227 mm, de même que les conteneurs à six munitions classiquement utilisés. La logique de standardisation a donc été respectée. La missilisation se produit par l’installation d’un guidage GPS/inertiel, d’une électronique embarquée et de surfaces de contrôle. Les changements opérés au niveau de la propulsion permettent par ailleurs un accroissement de la portée du missile, soit 84 km en moyenne contre environ 45 km pour les roquettes M‑26. Elle est ainsi comparable en partie au SRBM MGM‑52 Lance de la guerre froide, qui avait une portée de 74 à 120 km en fonction de la charge embarquée. Deux variantes ont été développées : M‑30 avec 404 sous-munitions antipersonnel/antimatériel M‑85 (10) ; ou M‑31 avec une charge explosive unitaire d’environ 100 kg. Une charge alternative, commune à 90 % avec celle de la M‑31, est opérationnelle depuis septembre 2016.

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Philippe Langloit

Chargé de recherche au CAPRI (Centre d'Analyse et de Prévision des Risques Internationaux).

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