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Le Japon renforce finalement son armée

Le renforcement militaire de la Chine et son assurance correspondante dans le Pacifique occidental sont devenus un défi militaire croissant pour ses voisins. Ce défi prend de l’ampleur en matière de volume, de capacités et de qualité. Pékin est de plus en plus intransigeant dans la poursuite de ses objectifs de grande puissance régionale, en grande partie parce que l’amélioration de ses forces permet une telle approche agressive. C’est tout simplement la principale menace militaire pour l’Occident et le statu quo politico-militaire dans la région Asie-Pacifique.

En revanche, Moscou n’a qu’une flèche dans son carquois : les opérations hybrides, c’est-à‑dire la cyberguerre et les attaques informatiques, alors que ses forces conventionnelles s’affaiblissent et que son économie, dépendante du pétrole et du gaz, peut à peine soutenir ses ambitions militaires. Il y a donc une grande différence entre la Russie et la Chine en tant que menaces pour leurs voisins.

Le Japon s’éveille à la Chine

Nulle part cette insécurité croissante au regard de la Chine n’a été plus évidente qu’au Japon. Il y a quelques années à peine, Tokyo était beaucoup plus tolérant à l’égard du comportement assertif des Chinois. Dans son livre blanc sur la défense publié en 2013, le Japon notait simplement que les activités militaires régionales de la Chine étaient un « sujet de préoccupation ». Aujourd’hui, l’ambiance au Japon est beaucoup plus sombre. Dans son livre blanc de 2018, Tokyo accusait sans ambiguïté la Chine de tenter de « modifier le statu quo par la coercition », soulignant que Pékin militarisait les îles Spratleys et Paracels, étendait les opérations navales et paramilitaires à la mer de Chine méridionale et travaillait à accroître la portée opérationnelle de l’Armée Populaire de Libération (APL) dans les océans Pacifique et Indien.

Plus près de chez elle, la Chine projette de plus en plus de puissance maritime et aérienne près du Japon, en particulier autour des îles Senkaku/Diaoyu, disputées. En outre, Tokyo affirme que la Chine tente de faire de ses opérations aériennes et navales dans les eaux proches du Japon une routine. Soulignant ces efforts, le livre blanc de 2018 affirme que la Chine souhaite « réaliser [une] modernisation fondamentale de ses forces militaires » et « transformer l’APL en l’une des meilleures armées du monde d’ici au milieu du XXIe siècle ».

Intensification avec les F-35

Malgré la reconnaissance de la menace militaire croissante de la Chine, le Japon a mis du temps à réagir. Le renforcement des forces militaires japonaises visant à y répondre a été lent et il n’a en aucun cas égalé celui de la Chine, ni en taille ni en rythme. Dans le même temps, il est devenu de plus en plus approprié. Tokyo a inversé la tendance à la baisse des dépenses de défense observée depuis une dizaine d’années et a commencé à augmenter son budget militaire.

Plus important encore, il a engagé un sérieux effort d’augmentation des capacités de combat offensives des Forces d’autodéfense (SDF), abandonnant ainsi la posture traditionnelle du pays, « exclusivement axée sur la défense ». Cela signifie, par exemple, l’acquisition d’armes air-sol à guidage de précision, telles que la JDAM (Joint Direct Attack Munition).

Deux exemples récents de développement des SDF illustrent bien cette consolidation. Le premier est l’achat récemment approuvé de 105 avions de combat F‑35 (JSF), en plus des 42 appareils déjà acquis par la Force de défense aérienne autonome (ASDF) il y a quelques années. Il est probable que l’ASDF remplace à terme tous ses anciens avions de combat (environ 200 F‑15, F‑4 et F‑2) par des chasseurs de cinquième génération, soit des F‑35, soit les nouveaux X‑2/F‑3 (en cours de développement). Une force aussi solide composée d’environ 350 chasseurs de cinquième génération constituerait un formidable moyen de contrer l’aviation chinoise en pleine modernisation.

Les porte-avions arrivent

En outre, en décembre 2018, le ministère japonais de la Défense a annoncé qu’il transformerait ses deux plus grands navires de guerre, l’Izumo et le Kaga, en porte-­avions et les équiperait de la version « B » du F‑35, c’est-à‑dire la variante à décollage court et atterrissage vertical (STOVL). Le Japon envisage d’acheter 42 F‑35B, ce qui est suffisant pour deux escadrons. L’Izumo de 20 000 t et le Kaga sont techniquement des « destroyers porte-­hélicoptères », des navires à pont continu qui ressemblent davantage à des navires d’assaut amphibies. À l’heure actuelle, ils n’embarquent que des hélicoptères, mais ils pourraient être modifiés (renforcement du pont pour absorber la chaleur des réacteurs, par exemple) pour les aéronefs à voilure fixe.

Si cela se produit, le Japon aura ses premiers porte-­avions depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Selon John Venable, expert naval de l’Heritage Foundation, les forces d’autodéfense exploitant le F‑35B créeraient « un ensemble de complications plus variées pour l’APL », fournissant au Japon des avions de chasse ne dépendant pas des pistes et donnant aux navires de la MSDF une plus grande puissance de feu.

Les complications demeurent

Les forces d’autodéfense enrichissent également leur arsenal d’autres manières, avec un nouvel avion de patrouille maritime, un destroyer de nouvelle génération, une capacité de défense antimissile élargie et un nouveau missile air-air à moyenne portée (développé conjointement avec le Royaume-­Uni – une première pour le Japon). Néanmoins, elles ont encore beaucoup de chemin à parcourir avant de pouvoir se considérer comme capables de projeter une force de manière soutenue.

En premier lieu, les efforts actuellement déployés par le Japon pour mettre au point un avion de combat de cinquième génération (le X‑2/F‑3) développé dans le pays pourraient peser lourdement sur les ressources et les efforts des SDF, et rien ne garantit que ce projet aboutira. Au-delà, le Japon doit encore régler le problème fondamental de sa « psyché pacifiste » d’après-guerre. Le Parti libéral démocrate, en particulier, a cherché à améliorer le statut des SDF et à légitimer leur rôle en tant que force militaire. En outre, de nombreux hommes politiques ont appelé à la révision de la « Constitution pour la paix » japonaise afin de permettre explicitement le maintien des forces d’autodéfense et leur engagement dans les opérations internationales de maintien de la paix et de sécurité. Des mesures audacieuses doivent encore être prises pour que le Japon puisse contrer efficacement le développement de la puissance militaire chinoise dans la région.

À propos de l'auteur

Richard A. Bitzinger

Richard A. Bitzinger

Maître de recherches invité dans le cadre du programme Military Transformations à la S. Rajaratnam School of International Studies (RSIS), université technologique de Nanyang, Singapour.

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