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La guerre commerciale sino-américaine oblige la Chine à accélérer l’innovation technologique

En avril 2018, les États-Unis ont classé le Canada dans la liste des pays sous « surveillance prioritaire » en matière de propriété intellectuelle. On trouve, dans cette liste, douze pays dont la Chine, l’Inde et la Russie. Est-ce une opportunité de coopération entre la Chine et le Canada ?

La coopération entre les gouvernements pour protéger les droits de propriété intellectuelle (PI) favorise la circulation de la PI entre les pays et permet de trouver un terrain propice à leur commercialisation. La Chine et le Canada peuvent collaborer à la création et à l’application de la PI, dans les secteurs où les deux pays sont complémentaires. En plus des avantages du marché, la Chine présente des avantages technologiques. La Chine est l’un des rares pays au monde à disposer d’un éventail complet de recherches. Quel que soit le projet, vous pouvez toujours trouver un partenaire en Chine.

Vous venez de mentionner que la protection de la propriété intellectuelle en Chine a beaucoup progressé ces dernières années. De quel terrain propice la Chine a-t-elle besoin pour avancer davantage le développement de sa propriété intellectuelle ?

Le temps ! La stratégie de la Chine en matière de propriété intellectuelle est en place depuis dix ans. La plupart des Chinois savent maintenant ce qu’est la PI et comment accéder à la PI. Nous devons développer plus d’expérience et améliorer nos capacités à innover afin de rendre meilleure la qualité des brevets. C’est la condition permettant une meilleure coopération avec les pays développés. Près de 80 % des flux de technologie circulent entre pays développés. Que ce soit avec le Canada ou les États-Unis, les perspectives de coopération entre la Chine et la communauté internationale sur les droits de PI sont très prometteuses.

J’ai écrit un article en 2016 disant que de nombreuses personnes en Chine voulaient que Trump soit élu président des États-Unis (7). Dans la situation actuelle de guerre commerciale, la Chine a-t-elle mal estimé Trump ?

De mon point de vue personnel, je pense que la politique de Trump profite à la Chine à long terme. Son approche actuelle pousse la Chine à travailler fort. Cela transformera les mauvaises choses en bonnes choses. Nous devons ajuster notre structure pour que la demande intérieure soit le principal moteur du développement, plutôt que de compter sur la demande extérieure. Puisque Trump a réduit notre demande extérieure, nous allons augmenter la demande intérieure, ce qui accélère directement notre ajustement structurel. La Chine s’ajuste depuis huit ans. La demande intérieure contribue de plus en plus à l’économie. Dans cette perspective, je pense que le conflit commercial provoqué par Trump nous a poussés à aller de l’avant. Parfois, nous ne pouvons décider nous-mêmes. Maintenant, nous nous obligeons à accélérer l’innovation technologique et accroître la demande intérieure. Investir à l’étranger et augmenter la demande intérieure sont deux processus permettant d’accélérer le processus de modernisation de la Chine.

Pour conclure, quand espérez-vous que la Chine soit techniquement supérieure aux États-Unis ?

D’ici 2050, la Chine et les États-Unis pourront au moins se comparer à bien des égards, sans dire que la Chine dépassera les États-Unis. Notre PIB par habitant peut atteindre la moitié de celui des États-Unis ou un peu plus, 70 % ? Cependant, l’écart technologique entre la Chine et les États-Unis sera encore relativement important. D’ici là, il y aura des changements majeurs dans les relations sino-américaines : les Américains pourraient peut-être accepter ces 70 % de manière pacifique, c’est-à-dire une production économique totale de la Chine trois fois supérieure à celle des États-Unis…

Entretien réalisé par Ping Huang (8) le 7 août 2018.

Notes

(1) L’Académie des sciences de Chine (Chinese Academy of Science – CAS) est l’organe consultatif suprême de la Chine pour les politiques de la science et de la technologie. En tant que membre du Groupe d’experts pour le Dialogue d’innovation Chine-États-Unis, le professeur Mu Rongping a participé à plusieurs réunions de haut niveau entre la Chine et les États-Unis.

(2) Accusée d’avoir violé les embargos sur l’Iran et la Corée du Nord, la société ZTE – numéro quatre mondial des équipementiers en télécommunications – a versé, en juillet 2018, une amende d’un milliard de dollars et un dépôt de garantie de 400 millions au gouvernement des États-Unis, en échange d’une levée de l’interdiction d’achat de composants américains pendant sept ans, une telle interdiction pouvant mettre en péril la survie de l’entreprise.

(3) Le résultat du « septième » est obtenu selon l’indicateur du PIB par habitant, qui compare les productions de chacun en valeur absolue. Selon les données de la Banque mondiale, en 2017, le PIB par habitant de la Chine s’est élevé à 8827 dollars, tandis que celui des États-Unis a été de 59 531,7 dollars.

(4) En 2017, la valeur cumulée des IDE américains en Chine a atteint 256 milliards de dollars, tandis que les IDE chinois aux États-Unis ont totalisé 140 milliards de dollars (source: https://rhg.com/research/two-way-street-2018-update-us-china-direct-investment-trends/).

(5) La Chine représente la deuxième plus importante source de profit pour GM, derrière le marché américain.

(6) Lors des négociations sur la propriété intellectuelle, l’Inde a pu bénéficier des avantages accordés aux pays en développement, qui lui permettent de produire un certain nombre de génériques à bas coût. Des traitements spécifiques en faveur de pays en développement n’ont pas été appliqués pour la Chine pendant ses négociations avec les États-Unis.

(7) Ping Huang, « Élection américaine : ce qu’en pensent les Chinois », La Presse +, édition du 30 août 2016.

(8) Ping Huang, Ph.D., Institut d’études internationales de Montréal, UQAM.

Légende de la photo en première page : Démonstration de robots au Beijing International Consumer Electronic Expo en juillet 2017.

Ce mois-ci, Pékin annonçait son ambition de devenir le numéro un mondial dans le domaine de l’intelligence artificielle d’ici 2025. Alors qu’un rapport de CB Insights indiquait qu’en 2017 la Chine a attiré 48 % des investissements mondiaux en intelligence artificielle – contre 38 % pour les USA et 13 % pour le reste du monde –, le directeur exécutif de la maison-mère de Google, Eric Schmidt, estime que les États-Unis devraient rester en tête dans le secteur de l’IA pendant les cinq prochaines années, mais à partir de là, les deux pays seront « à peu près au même niveau ». (© Shutterstock/testing)

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