Rohani pourra-t-il répondre aux attentes économiques et sociales de la population iranienne ?

L’accord d’encadrement de la production de l’OPEP ayant été maintenu jusqu’à la fin 2018, on peut penser que dans un contexte de reprise de l’économie mondiale (5), le prix du pétrole pourrait, en 2018, continuer sa progression commencée en 2017. Une telle évolution aurait mécaniquement un impact positif sur la croissance de l’économie iranienne de cette année.

Quelle politique économique ?

La politique économique de Rohani pendant son deuxième mandat devra réussir à surmonter trois challenges :

• La nécessaire restructuration du secteur bancaire

La politique économique d’Hassan Rohani continuera d’être marquée durant les prochaines années par la nécessité d’à la fois stabiliser l’environnement macroéconomique et maintenir une croissance élevée. On sait qu’atteindre ce double objectif nécessite un système bancaire solide et efficace, capable d’assurer la bonne sélection parmi les emprunteurs. Or, le secteur bancaire iranien, particulièrement affecté par la récession de l’économie iranienne en 2011-2013, est, du fait du poids de ses créances douteuses, dans une situation financière très fragile. Le gouvernement iranien doit donc absolument dégager les fonds publics nécessaires pour recapitaliser le système bancaire et faire disparaître ces créances douteuses.

Parallèlement, la volonté du président iranien de favoriser le développement du secteur privé implique également une profonde refonte de la gouvernance du système bancaire. On sait que le système bancaire iranien depuis la Révolution a été utilisé pour financer de manière automatique les activités des secteurs public et parapublic. Il est donc prioritaire que les financements accordés à ces secteurs soient limités, ce qui demande une réduction des dépenses quasi-fiscales en Iran (6), ce qui impliquera sans doute des arbitrages politiques douloureux.

• La nécessaire privatisation

Jusqu’à aujourd’hui, les différentes campagnes de privatisation en Iran ont en fait permis au secteur parapublic iranien de racheter de nombreuses entreprises publiques ou privées. Les autorités iraniennes sont conscientes de la nécessité de vendre les entreprises publiques à de véritables investisseurs privés, ce qui ne pourra passer que par un accord « politique » avec le secteur parapublic. La récente déclaration de l’ayatollah Ali Khamenei, qui vient en janvier 2018 de demander à l’armée et aux Pasdarans de vendre les entreprises qu’ils possèdent (7), peut être vue positivement. Il faut toutefois noter que le gouvernement iranien devra créer aussi un environnement des affaires plus attractif, s’il veut un véritable essor du secteur privé. Cela implique notamment de garantir la propriété privée, de limiter la bureaucratie. Enfin, il est clair que le développement du secteur privé dépendra aussi de la capacité de l’Iran à attirer plus d’investissements étrangers… Ce qui permettrait en retour un développement du secteur privé iranien, qui pourrait se positionner comme associé ou sous-traitant des investisseurs étrangers.

• Restructurer les institutions publiques

Un autre élément freinant le développement du secteur privé est l’absence de confiance « verticale » des entrepreneurs iraniens dans les institutions publiques (justice commerciale, système fiscal, secteur bancaire public, etc.), jugées à la fois inefficaces et « corrompues », comme nous l’avons vu précédemment.

On le voit. Les challenges que devra affronter Hassan Rohani en matière économique sont énormes. La difficulté de la tâche est notamment liée au fait que les réformes nécessaires comme celles concernant le fonctionnement des institutions publiques prendront du temps, alors que les attentes de la population sont très pressantes.

Graphique 1
Graphique 2
Graphique 3
Graphique 4

Notes

(1) Cf. Thierry Coville, « L’économie iranienne après l’élection de Hassan Rohani », Confluences Méditerranée, 2014/1, no 88, p. 67.

(2) Ce sentiment est également très présent chez les entrepreneurs du secteur privé. Cf. Thierry Coville, « The Family Business in Iran since the Islamic revolution as a mode of coordination » (non publié).

(3) Cf. Mehrdad Vahabi et Thierry Coville, « L’économie politique de la république islamique d’Iran », Revue internationale des études du développement, 2017-1, 229, p. 11-32.

(4) Cf. Djavad Salehi-Isfahani, « Poverty and income inequality in the Islamic Republic of Iran », Revue internationale des études du développement, 2017-1, 229, p. 113-136. Dans cet article, l’auteur montre notamment que la pauvreté a plutôt reculé depuis la révolution et que c’est surtout un problème d’inégalités qui se pose désormais en Iran.

(5) Le FMI prévoyait en janvier 2018 une accélération de la croissance mondiale à 3,9 % en 2018 et 2019, après 3,7 % en 2017.

(6) Thierry Coville, L’économie de l’Iran islamique : entre ordre et désordres, Paris, L’Harmattan, 2002.

(7) Cf. Leyman Zelanova, « Iran’s decision on IRGC may affect ties with the rest of the world », Trend, 23 janvier 2018.

Légende de la photo en premire page : Le 5 janvier 2018, des manifestants défilent en soutien au régime iranien dans les rues de Téhéran, deux jours après l’annonce par les Gardiens de la Révolution de la fin des protestations. Déclenchées le 28 décembre dans plusieurs dizaines de villes du pays sur la base de revendications économiques (principalement de la part des jeunes et des milieux ruraux), celles-ci s’étaient rapidement tournées contre le régime lui-même, prenant pour cible des bâtiments gouvernementaux et des postes de police et faisant 21 morts. (© Shutterstock/Thomas Koch) 

Article paru dans la revue Diplomatie n°91, « Iran vs Arabie saoudite : Luttes d’influence dans le Golfe », mars-avril 2018.

Thierry Coville et Mehrdad Vahabi (dir.), « L’économie politique de la République islamique d’Iran », Revue internationale des études du développement, vol. 1, no 229, Publications de la Sorbonne, avril 2017.

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