La Chine construit sa cybersécurité

Cet appel à l’intégration des capacités militaires avec les industries civiles n’est pas nouveau, mais l’ampleur qu’il prend modifierait en profondeur le système de protection de cybersécurité chinois. En effet, l’industrie de cyberdéfense publique souffre d’importantes faiblesses, dont la plus problématique est le manque d’innovation et d’efficacité lié à leur isolement, à leur faible niveau de compétitivité, et à un handicap pour attirer les investisseurs civils (15). De son côté, le secteur privé chinois, après avoir connu une progression spectaculaire pendant plus de deux décennies, est aujourd’hui un acteur indispensable qui contribue à 70 % des innovations techniques et à 65 % des brevets nationaux. Il dispose par conséquent des ressources pouvant corriger les lacunes présentées par les sociétés publiques. Par exemple, en 2017, dans le TOP100 des experts en sécurité sélectionnés par Microsoft à l’échelle mondiale, on trouve 21 personnes travaillant pour des entreprises privées en Chine. Le Groupe 360 regroupe 10 de ces experts, parmi lesquels Yuli CHEN, classé troisième de cette sélection mondiale.

La nouvelle stratégie propose ainsi trois modèles : servir les forces armées et privilégier leurs demandes ; coconstruire et partager afin de promouvoir l’innovation ; intégrer la R&D pour développer des champions nationaux.

En conclusion, l’accélération de l’innovation locale est au cœur de la réforme de la politique de cybersécurité chinoise. Le gouvernement souhaite étendre les canaux de coopération et de partage des ressources militaires et civiles. Le secteur de la défense pourra ainsi utiliser l’infrastructure de base des réseaux civils pour corriger ses lacunes en la matière. Cette intégration devra être soutenue par la création de fonds d’investissement public-privé afin de favoriser le transfert de technologies militaires vers le civil.

Notes

(1) La commission remplace l’Équipe de direction centrale pour la sécurité des réseaux et l’informatisation, créée en 2014.

(2) En 2018, ZTE représente environ 10 % du marché mondial des équipements de télécoms et environ 30 % de la part du marché chinois. Au moment de la rédaction de cet article, Pékin et Washington poursuivent des négociations qui détermineront le destin de l’entreprise.

(3) J. Nye, Cyber Power, Harvard Kennedy School, 2010 (http://​belfercenter​.ksg​.harvard​.edu/​f​i​l​e​s​/​c​y​b​e​r​-​p​o​w​e​r​.​pdf).

(4) « L’économie numérique de la Chine a représenté 30 % du PIB » (http://​www​.xinhuanet​.com/​f​o​r​t​u​n​e​/​2​0​1​7​-​0​4​/​2​0​/​c​_​1​1​2​0​8​4​6​4​6​3​.​htm).

(5) UIT, « Measuring the Information Society Report 2017 ».

(6) UIT, « Global Cybersecurity Index (GCI) », 2017.

(7) Notons le Livre blanc sur la situation de l’Internet en Chine (2010), la Loi sur la sécurité nationale (2015), et la Loi antiterroriste (2015).

(8) « La dépendance aux technologies clés est le plus grand danger caché » (http://​opinion​.people​.com​.cn/​n​1​/​2​0​1​8​/​0​4​2​0​/​c​1​0​0​3​-​2​9​9​3​9​1​8​9​.​h​tml).

(9) « Kantar, indice de consommation : Android occupe plus de 87 % de marché, Huawei se classe premier » (http://​tech​.qq​.com/​a​/​2​0​1​7​0​5​1​2​/​0​3​0​5​6​7​.​htm).

(10) Xinhua, « Xi Jinping transforme un grand pays d’Internet en cyberpuissance » (http://​www​.xinhuanet​.com/​p​o​l​i​t​i​c​s​/​2​0​1​4​-​0​2​/​2​7​/​c​_​1​1​9​5​3​8​7​8​8​.​htm)

(11) Xinhua, « Moins de 1 % des investissements nationaux dans la sécurité de l’information (http://​www​.xinhuanet​.com/​t​e​c​h​/​2​0​1​7​-​0​8​/​1​6​/​c​_​1​1​2​1​4​8​8​9​4​6​.​htm).

(12) National Computer Network Emergency Response Technical Team/Coordination Center of China (CNCERT), 2018.

(13) « Cyberattaques : beaucoup de pays se font passer pour des Chinois », Libération (http://​www​.liberation​.fr/​f​u​t​u​r​s​/​2​0​1​5​/​0​9​/​2​1​/​b​e​a​u​c​o​u​p​-​d​e​-​p​a​y​s​-​s​e​-​f​o​n​t​-​p​a​s​s​e​r​-​p​o​u​r​-​d​e​s​-​c​h​i​n​o​i​s​_​1​3​8​7​621).

(14) CNNIC, « Rapport 2015 de recherche sur la situation de sécurité des internautes mobiles en Chine », 2016.

(15) Les entreprises de défense publiques européennes partagent des problèmes similaires.

Légende de la photo en première page : Le 3 mai 2018, le PDG de l’entreprise Cambricon Technologies dévoile la première puce chinoise d’intelligence artificielle en nuage. Quelques jours plus tôt, lors d’une visite de l’usine XMC de Wuhan – filiale de Tshinghua Unigroup, fer de lance du plan national de développement dans les circuits intégrés électroniques –, Xi Jinping appelait à accélérer le plan de localisation de la production de circuits intégrés électroniques en Chine dans le but de réduire la dépendance technologique vis-à-vis des États-Unis et d’assurer l’indépendance du pays dans la fabrication de composants essentiels à sa souveraineté. (© Xinhua/Jin Liwang)

Article paru dans la revue Les Grands Dossiers de Diplomatie n°45, « Géopolitique de la Chine », juin-juillet 2018.

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