Renseignement en France : quelles particularités ?

La coopération en matière de renseignement est paradoxale : le niveau politique la réclame fréquemment après un attentat par exemple, mais le renseignement est aussi un instrument de souveraineté nationale que le même politique protège. Comment mettre en place une collaboration efficiente ? Est-elle seulement possible et jusqu’à quel point ?

Il est difficile d’imaginer qu’un État contemporain puisse conduire ses opérations ou produire ses analyses de renseignement sans que ses services bénéficient du concours de partenaires internationaux. Le renseignement est certes un instrument ultra-­régalien en ce qu’il n’est intégré dans aucune politique d’alliance (sauf pour les Anglo-­Saxons) et qu’il demeure fondé sur la libre volonté des partenaires. Mais, la nature des menaces, étatiques ou non étatiques, le partage inégal des capacités, la division des coûts et des risques ont conduit depuis longtemps les services à coopérer de manière informelle entre eux. Cette dimension a évidemment vu son volume croître très fortement après le 11 septembre 2001, au point de conduire à quelques excès.

Une bonne coopération entre services repose sur un équilibre entre un contexte politique bilatéral propice et des compétences techniques mutuellement reconnues. Nos services reconnaissent ainsi gérer parfois jusqu’à plusieurs centaines de relations bilatérales, car il y a plus de services que d’États membres des Nations unies. La confiance n’est pas un mot interdit dans cet univers. Comme en matière militaire ou diplomatique, un État de premier rang ne peut cependant se reposer uniquement sur le concours des autres États. Il lui faut ainsi analyser avec soin son positionnement, ses capacités et ses avantages comparatifs et ne pas se contenter de coopérer avec des régimes « amis » si ses intérêts l’exigent.

Pour faire progresser encore cette coopération et en maîtriser plus sûrement les risques, j’ai donc la conviction qu’il convient de mieux l’encadrer en accentuant son pilotage central, comme le coordonnateur national en a la capacité réglementaire, et en admettant que le Parlement puisse très légitimement avoir besoin d’en connaître par l’intermédiaire de sa délégation spécialisée et habilitée. 

Propos recueillis par Joseph Henrotin, le 30 octobre 2018.

Notes

(1) Pierre Lacoste, Le renseignement à la française, Economica, 1998.

(2) L’IEP et l’université de Bordeaux font seules exception grâce au travail précurseur du professeur Sébastien-Yves Laurent.

(3) Loi du 24 juillet 2015 relative au renseignement.

(4) Bernard Bajolet, Le soleil ne se lève plus à l’est : Mémoires d’Orient d’un ambassadeur peu diplomate, Plon, 2018.

Légende de la photo en première page : Le siège de la CIA à Langley. Très rapidement, l’agence américaine a mis en avant la nécessité d’intelligence studies permettant de tirer des leçons, mais aussi de former de futurs cadres. (© D.R.)

Article paru dans la revue DSI hors-série n°63, « Renseignement militaire : Savoir pour vaincre », décembre 2018 – janvier 2019.

Leçons sur le renseignement, Jean-Claude Cousseran et Philippe Hayez, Odile Jacob, Paris, 2017, 440 p.

Renseigner les démocraties, renseigner en démocratie, Jean-Claude Cousseran et Philippe Hayez, Odile Jacob, Paris, 2015, 384 p.

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