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Quelles évolutions pour la guérilla ?

Les capacités offensives peuvent également être augmentées. Combinée à la diffusion et aux évolutions des imprimantes 3D et de la production d’explosifs, l’apparition sur le marché de cartes mères à très bas prix, par exemple les Raspberry Pi, autorise la généralisation et la diversification des bricolages de toutes sortes, sur des engins nouveaux comme les petits robots civils, volants, roulants ou sous-marins. Les mouvements séparatistes prorusses ont déjà abondamment utilisé des drones pour créer des destructions par incendie. En octobre 2016, en Irak, plusieurs soldats français ont été blessés et deux combattants kurdes tués par un drone-explosif utilisé par l’État islamique. En janvier 2018 en Syrie, la guérilla arabe sunnite a lancé un raid avec une petite flotte de drones de bois et plastique, guidés par GPS et propulsés par des moteurs de tondeuse à gazon. Chacun des 13 engins pouvait emporter une dizaine de grenades à 100 kilomètres. L’apparition de kits de guidage à bas coût permettrait de transformer tout un arsenal de vieux missiles antinavires en missiles de croisière ou d’obus de mortiers, voire de simples roquettes bricolées, en munitions de précision. Qu’elle vienne du marché civil ou de l’aide militaire, la composante matérielle des groupes armés présente actuellement un potentiel d’accroissement considérable et, comme d’habitude avec ces innovations, il sera utilisé de manière imaginative et surprenante.

La guérilla comme mode d’action parvient rarement seule à détruire un adversaire ; elle constitue en revanche un instrument défensif très efficace. Autrement dit, hors basculement soudain du contexte stratégique, la guerre mondiale des États contre les organisations armées risque de durer encore de longues années, aucun des camps ne réussissant à détruire l’autre. Sortir de cette situation de crise schumpetérienne, où les ressources des uns et des autres ne suffisent pas à donner des résultats importants, impose des innovations de tous ordres. Aidées par des puissances extérieures, plusieurs organisations armées sont bien placées pour développer des méthodes nouvelles de guérilla. Si les nations modernes qui les combattent ne font pas le même effort d’adaptation de leur outil militaire, elles pourraient connaître de sérieuses déconvenues. 

Notes

(1) Laurent Henninger, « Espaces fluides et espaces solides : nouvelle réalité stratégique ? », Revue Défense nationale, no 753, octobre 2012.

(2) Voir Joseph Henrotin, Techno-guérilla et guerre hybride : Le pire des deux mondes, Nuvis, Paris, 2014.

(3) Jean-Christophe Noël, Morgan Paglia, Élie Tenenbaum, « Les armées françaises face aux menaces anti-aériennes de nouvelle génération », Focus stratégique, no 86, décembre 2018.

Légende de la photo en premièer page : Des peshmergas kurdes sur leur technical. La recherche de la fluidité tactique reste une constante de la guérilla. (© Owen Holdaway/Shutterstock)

Article paru dans la revue DSI hors-série n°64, « Techno-guérillas – Anatomie de l’ennemi probable », février-mars 2019.

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