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La Force spatiale chinoise

Mais Pékin a surtout porté l’effort sur les satellites de reconnaissance pour répondre segment par segment aux capacités américaines, et selon un rythme qui s’accélère depuis 30  mois. En matière d’imagerie, on dénombre un satellite de cartographie  3D ZY‑3 et quatre satellites SAR JB7 et JBx d’une résolution inférieure au mètre, secondés par une constellation de 12  Yaogan‑30 pour en fournir le complément optique. Une constellation de quatre satellites LKW à très forte résolution dans le visible et l’infrarouge est opérationnelle depuis 2017. Le 24  décembre dernier, un satellite d’alerte avancée de 2,4  t, le TJS‑3, a été placé en orbite géostationnaire au-dessus du territoire américain pour détecter les tirs de missiles intercontinentaux. Ce dispositif d’alerte est également relayé par une constellation de neuf satellites ELINT (Yaogan‑20, ‑25, ‑31) de surveillance des plates-formes navales semblables aux NOSS américains. Les plates-­formes d’écoute sont également multiples. Depuis 2015, l’APL dispose d’un satellite géostationnaire SIGINT doté d’une antenne de 32  m de diamètre, le Qianshao‑3, complété par une constellation de 12  CX5 en orbite basse. Enfin, depuis octobre, une autre constellation ELINT, Yaogan‑32, exclusivement destinée à la surveillance des C2 et des systèmes sol/air, a fait son apparition.

Mais, surtout, afin de densifier encore son maillage, la FSS a également sous sa responsabilité l’ensemble des satellites civils dont les performances offrent désormais un usage dual. Évoquons notamment la future constellation d’imagerie Magpie destinée à offrir, avec 510  cubesats, une revisite des zones d’intérêt de l’APL toutes les 10  minutes. Citons également le satellite géostationnaire large champ Gaofen‑4 placé au-­dessus du territoire chinois, ou encore le Gaofen‑11 lancé en mai dernier et qui se veut une réplique du KH‑11 américain avec un miroir de 1,6  m, une altitude minimale de 248  km et une résolution inférieure à 10  cm. Et enfin, le satellite infrarouge Gaofen‑5 qui, grâce à ses capteurs SWIR (Short-Wave Infrared), permet depuis mai  2018 de surveiller les espaces aériens et d’identifier les plates-­formes furtives comme les drones, les missiles de croisière ou les bombardiers B‑2 (7).

Les armes antisatellites

Les missions classifiées de la navette automatique américaine X‑37A depuis 2010 ont radicalisé la position des Russes et des Chinois. C’est la mise en service opérationnel par Pékin des armes antisatellites, comme le véhicule d’attaque transorbital manœuvrant Shiyan‑7, le missile DN‑3 à l’été  2017, ou encore les armements à énergie dirigée qui ont poussé Washington à créer sa propre Space Force l’été dernier. Si la concurrence paraît toujours forte entre la FSS et la Force de missiles (l’ex-Deuxième artillerie) pour le contrôle des armes antisatellites (depuis les centres de R&D, de test et d’essais, jusqu’à leur emploi) et de la lutte antibalistique, il semble que la première dispose de plusieurs avantages. D’une part, elle est officiellement responsable des systèmes d’attaque et de défense spatiaux. D’autre part, sa création a permis de sortir de la guerre bureaucratique que se menaient le Département général de l’armement (longtemps responsable des programmes spatiaux militaires), la Force de missiles, et l’armée de l’air. Mais, surtout, la FSS semble avoir gagné une première manche, puisque, en août  2017, le missile DN‑3 destiné à détruire les satellites géostationnaires a été lancé depuis la station spatiale de Jiuquan, précisément sous son contrôle. En fait, ces armements constituent une priorité depuis le début des années  1990, au travers du programme  863‑409. Afin de pouvoir neutraliser l’ensemble des satellites de renseignement ou de communication adverses, l’APL a mis en place plusieurs types de vecteurs déployés sur des rampes de lancement mobiles, en mesure de traiter les différents types d’orbites sur lesquels évoluent les 130 satellites militaires américains, mais aussi les satellites de communication civils qui relaient les quatre cinquièmes de la bande passante utilisée par le Pentagone pour ses systèmes (8).

Le premier d’entre eux, baptisé SC‑19 par la Defense Intelligence Agency, a détruit en janvier  2007 un satellite météo FY‑1C situé à 850  km de la Terre. Le SC‑19 est un vecteur hybride constitué par un lanceur Kaituozhe‑1 (KT‑1) dérivé du missile balistique antinavire de moyenne portée DF‑21 et par la charge militaire du missile sol/air HQ‑19 (la version locale du SA‑21 russe) qui est dotée d’un autodirecteur radar et infrarouge. Au moins 40 de ces missiles d’une portée de 1 700 à 2 500 km auraient été produits pour neutraliser les satellites de reconnaissance placés en orbite basse et moyenne (de 400 à 1 000  km), des satellites critiques pour le dispositif de renseignement américain. Il s’agit des deux satellites d’imagerie EO/IR  KH‑11 de résolution centimétrique, des trois satellites d’imagerie radar Topaz, mais aussi de la constellation de satellites ELINT NOSS utilisés par l’US  Navy pour détecter les systèmes de défense sol/air navals. Quant aux plates-­formes d’alerte avancée américaines placées sur des orbites elliptiques, comme les SBIRS dans l’infrarouge ou les Trumpet 6-7 dans le SIGINT, une version du missile balistique JL‑2 déployé à bord des huit SNLE de la classe Jin aurait été réalisée. Au moins une vingtaine d’entre eux seraient depuis stockés sur la base navale de Sanya, sur l’île de Hainan.

Si le dernier missile balistique antinavire DF‑21D serait également doté de capacités ASAT, depuis 2010, les Chinois multiplient les essais de leur Dong Neng‑3, qui se veut l’équivalent du SM‑3 américain. Il s’agit d’un atout critique qui doit leur permettre de disposer d’une capacité antimissile exoatmosphérique pour neutraliser les menaces hypersoniques. Le DN‑3 se caractérise par sa vitesse, sa trajectoire d’ascension extrêmement complexe, et son véhicule de lancement sur roues lui permettant d’échapper au ciblage. Or, en 2011, un reportage de la chaîne militaire chinoise CCTV‑9 a démontré que ce missile était également prévu pour emporter un intercepteur manœuvrant, doté d’autodirecteurs radar et infrarouge et qui, grâce à l’énergie cinétique impulsée par la vitesse hypersonique du DN‑3, serait capable de détruire les satellites géostationnaires situés à 36 000  km de la Terre. Dès qu’il entrera en service opérationnel, les satellites stratégiques américains comme ceux de leurs alliés seront vulnérables. Et ceux-ci sont légion, de la constellation GPS aux satellites SIGINT, en passant par le futur satellite IMINT large champ MOIRE (Membrane Optical Imager for Real-Time Exploitation), et d’alerte avancée OPIR (Overhead Persistent Infrared), ainsi que ceux destinés aux communications les plus sensibles du commandement américain, comme CBAS ou AEHF.

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