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La Force spatiale chinoise

Les missiles antisatellites ne sont pas les seuls armements sur lesquels travaille l’APL dans le cadre du Projet  863. En parallèle des dispositifs d’attaque cyber des systèmes de contrôle spatiaux adverses ou de brouillage, le groupe CETC a publié en 2017 des travaux financés par l’APL démontrant ses capacités à neutraliser des débris spatiaux avec un laser de haute puissance (9). C’est l’équipe de l’Institut d’optique de Changchun qui semble travailler sur les armes les plus prometteuses. L’une de ses publications en 2013 révélait qu’elle avait pu aveugler à plusieurs reprises un satellite situé à 600 km d’altitude avec un laser de 100 kW (10). Et ce, depuis un centre spécial, situé près de la base d’essais des missiles antibalistiques et ASAT de Korla, au nord du désert du Taklamakan. Ce satellite n’était autre que le très sensible KH‑11 (11) ! Depuis, deux autres sites mènent des travaux sur l’armement laser  : l’Anhui Institute of Optics and Fine Mechanics (AIOFM) de Hefei, et de la China Academy of Engineering Physics (CAEP) de Mianyang. Dans le même article, les auteurs évoquent la possible mise en orbite à l’horizon  2023 d’un satellite de 5 t doté d’un laser COIL (Chemical Oxygen Iodine Laser) de 1  MW portant à plus de 5 000 km. Un objectif désormais accessible puisque les fusées Longue Marche 5 sont capables de placer en orbite basse une charge  de  25 t.

En outre, des discussions ont été menées avec les Russes en 2001 pour le financement des programmes de canon HPM (High Power Microwave) Ranets‑E, dont la portée serait destructrice pour les circuits électriques des équipements, de 5 à 40  km en fonction de leur niveau de durcissement (12). Une solution qui pourrait neutraliser les constellations ou les satellites les plus stratégiques dotés de systèmes d’autoprotection, pour peu qu’elle dispose de la plate-­forme en mesure de la transporter.

Or l’APL dispose également de véhicules ASAT coorbitaux. Photographiée pour la première fois en 2008, la navette automatique chinoise Shen Long, qui se veut la réponse au X‑37A américain, a effectué son premier vol d’essai en janvier  2011. Mais d’autres plates-­formes sont également disponibles. En 2008, un microsatellite de 40 kg, le BX‑1, avait été largué par la station Shenzou‑7 sur une trajectoire de collision avec la station ISS avant d’être détecté. Mais c’est la famille des minisatellites de maintenance Shiyan qui préoccupe le plus les Occidentaux. Manœuvrants et dotés d’un bras robot, ceux-ci, officiellement destinés aux opérations de maintenance, peuvent en toute discrétion capturer un satellite pour le désorbiter, ou altérer ses capacités d’alerte. Pékin se dote donc de capacités analogues à celles des Américains qui ont déployé le satellite d’écoute de satellites Nemesis, ou encore la plate-­forme d’inspection  XSS.

En somme, la Chine s’emploie à constituer un arsenal spatial complet qui sera susceptible de neutraliser, avec un préavis très court, la quasi-­totalité des satellites militaires, mais aussi duaux, adverses. Une capacité qui la met en position d’infliger des dommages considérables non seulement sur le plan militaire, mais aussi sur le plan économique, et donc politique. En cela, la FSS, qui regroupe l’ensemble des capacités cyber et spatiales chinoises, constitue à elle seule un instrument de guerre systémique global, mais surtout une force de dissuasion à part entière.

Notes

(1)  La Guerre sans limite (超限战), col. Xu Qiliang, col. Wang Xiangsui, Beijing, 1999, réed. 2016.

(2)  Command, Control, Communications, Computers, Intelligence, Surveillance, Reconnaissance.

(3)  Zhanlüe zhiyuan budui, 中国人民解放军战略支援部队.

(4)  On distingue désormais dans les conflits armés trois sphères d’opérations  : la sphère topologique (air, terre, mer, espace), la sphère électronique, la sphère psychologique. La réunion des sphères électronique et psychologique constitue une entité à part entière  : le champ cognitif.

(5)  Intelligence, Surveillance, Reconnaissance.

(6)  Observe, Orient, Decide, and Act.

(7)  «  Vers la fin de la furtivité  ?  », Air&Cosmos, 7  décembre  2018.

(8)  Un seul drone Global Hawk utilise à lui seul sept fois plus de bande passante que l’ensemble des opérations militaires lors de la guerre du Golfe en 1991.

(9)  Quan Wen et al., «  Impacts of orbital elements of space-based laser station on small scale space debris removal  », Optik, vol. 154, février  2018, p.  83‑ 92.

(10)  «  Development of Space Based Laser weapons  », Chinese Optics, décembre  2013.

(11)  Defense News, septembre  2006.

(12)  Brochure Ranets-E, Rosoboronexport.

Légende de la photo en première page : L’un des cinq bâtiments de télémétrie et de contrôle de la classe Yuan Wang. (© D.R.)

Article paru dans la revue DSI n°141, « Syrie-Irak : l’après-État islamique », mars-avril 2019.

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