Magazine DSI

Le 1er BCP : creuset du combat interarmes

CENTAURE et OAC : une simulation sur mesure au plus près des troupes

Pour mener à bien cette mission principale, le CENTAC dispose de moyens matériels et humains spécifiquement développés pour renforcer le réalisme et reproduire l’intensité des combats symétriques. Le système de simulation et de restitution en direct des exercices, le CENTAURE (Centre d’entraînement au combat et de restitution des engagements) de Thales, permet un suivi détaillé des principaux déplacements, des différents engagements et même de chaque tir qui se produit sur les 120 km2 de la zone d’entraînement, nuit et jour. En temps réel, CENTAURE permet aussi de suivre la position GPS de 475 acteurs déployés sur le terrain, dont 192 véhicules. Un déploiement de trois SGTIA, plus la FORAD, pouvant entraîner la présence de 1 000 à 1 200 acteurs sur la zone, ce sont en priorité les chefs de section, de groupe et de patrouille qui sont équipés des systèmes de localisation.

En revanche, chaque élément individuel déployé sur le terrain, y compris au sein de la FORAD, est doté d’équipements STC (Simulateur de Tir de Combat), composés d’émetteurs lasers sur les armes et de récepteurs répartis sur les tenues des combattants et sur la cellule des véhicules. La trajectoire des munitions, leurs effets cinétiques et explosifs ainsi que la gestion de leur réapprovisionnement sont pris en compte pour chaque calibre, du FAMAS au canon de 120 mm du Leclerc en passant par la mitrailleuse lourde ou le canon de 25 mm du VBCI. Le système de simulation est alors assez précis pour distinguer un tir mortel d’une simple blessure, ou pour prendre en compte les zones de vulnérabilité des véhicules qui peuvent être endommagés, mis hors de combat ou détruits en fonction du feu adverse. Enfin, le Système de Neutralisation des Fantassins (SNF) installé sur les blindés prend en compte les pertes à l’intérieur et à proximité d’un véhicule détruit par le feu ennemi ou l’explosion de mines, également simulées durant l’exercice. Pour plus de réalisme, les armes légères tirent à blanc, ce qui permet de prendre en compte l’effet du bruit, du recul, mais aussi d’un éventuel mauvais entretien de l’arme au combat.

Les tirs d’artillerie, s’ils sont uniquement simulés par le Centre des Opérations (CO), sont tout de même représentés par les systèmes pyrotechniques des trois véhicules Restituteurs d’Effets de Tirs d’Artillerie (RETA) du CENTAC, de jour comme de nuit. À noter qu’à chaque rotation au moins un tir d’artillerie adverse simule une attaque chimique ou biologique, imposant de revêtir rapidement les tenues NRBC qui gênent incontestablement les déplacements, les communications par radio et la poursuite du tempo opérationnel. Et pour encore plus de réalisme, chaque rotation intègre également des éléments de l’ALAT déployés pour l’occasion à Mailly. Les hélicoptères de manœuvre ou de combat réalisent alors des missions de renseignement et d’appui-­feu, mais aussi des posers de déception destinés à détourner l’attention de l’adversaire. Depuis un an, le CENTAC met aussi en œuvre de petits drones commerciaux, qui représentent fidèlement une menace bien réelle rencontrée sur l’ensemble des théâtres d’opérations actuels. Même si leur utilisation reste soumise aux règles de la DGAC pour faciliter la déconfliction de l’espace aérien, ils peuvent parfaitement simuler une attaque au drone piégé, renseigner sur les déplacements adverses, mais aussi enregistrer des images utiles pour les OAC, les Observateurs Arbitres Conseillers.

Ces OAC représentent l’essentiel des moyens humains déployés pour suivre, évaluer et encadrer les SGTIA venus s’exercer au CENTAC. Une cinquantaine d’OAC, généralement d’anciens chefs de section expérimentés, peuvent ainsi être répartis entre les SGTIA et la FORAD. Leur mission, comme leur nom l’indique, est de conseiller en matière de doctrine aussi bien les chefs de section, leurs adjoints et les chefs de groupe que les militaires du rang, et ce afin qu’ils améliorent progressivement leurs techniques durant les quatre jours de déploiements. En tant qu’arbitres, ils jouent également un rôle essentiel de maîtres du jeu, afin de maintenir pendant 96 heures les meilleures conditions pédagogiques pour les sous-groupements en entraînement. Les OAC bleus et les OAC FORAD restent ainsi en contact constant afin de réorienter les paramètres de la force d’opposition, de réactiver des unités mises hors de combat, et globalement de contrôler les effets mis en place sur les personnels en entraînement. Ils sont également présents pour appliquer certaines sanctions qui ne sont pas intégrées à CENTAURE, notamment les tirs depuis et vers les hélicoptères, ces derniers ne pouvant matériellement pas recevoir les capteurs et émetteurs STC.

Enfin, les observations menées tout au long de la rotation servent à l’analyse permanente de la manœuvre inter-armes, mais aussi de supports pédagogiques lors des 3A quotidiennes et de la phase d’exploitation qui suit l’exercice. La capacité d’observation de la manœuvre est essentielle pour procéder à l’analyse complète de l’entraînement et à la restitution de l’évaluation auprès des brigades et régiments invités. Ainsi, les OAC ne sont pas les seuls observateurs déployés durant les rotations. Des équipes professionnelles de l’audiovisuel, dotées des mêmes tablettes Getac que les OAC, anticipent les mouvements des deux forces en présence et se tiennent prêtes à documenter les engagements au plus près de l’action. Enfin, chaque commandant de SGTIA à l’entraînement est suivi en permanence par un capitaine OAC, deux autres se relayant au CO pour suivre à distance tous ses déplacements et ses communications.

L’avenir du CENTAC : préparer l’armée de Terre aux défis de demain

En interne, le futur du CENTAC est intimement lié à une modernisation en profondeur de ses systèmes d’entraînement et de restitution. Pour la phase de préparation amont des rotations, OPOSIA devrait être remplacé par le système SPARTE (Simulation Partagée et des Applications Réutilisables pour la Tactique et l’Entraînement) de Diginext, qui fera la part belle aux intelligences artificielles pour augmenter le réalisme des simulations virtuelles. CENTAURE, bien qu’assez récent, va également être remplacé à partir de l’année prochaine par le système CERBERE (Centres d’Entraînement Représentatifs des Espaces de Bataille et de Restitution des Engagements) de Thales et RUAG. En cours d’installation au CENZUB (3), qui ne possédait pas de CENTAURE, CERBERE reprend le même concept, mais est doté d’une architecture plus évolutive et d’une meilleure intégration entre la simulation informatique et la simulation instrumentée. CERBERE prend notamment en compte les fonctions avancées des nouveaux postes radio CONTACT et du système d’information SICS, la capacité de travail en réseau des véhicules SCORPION ou encore la gestion du tir de missiles MMP depuis des véhicules. Mais CERBERE va aussi et surtout faciliter le travail des OAC en offrant une simulation plus réaliste, complète et réactive ainsi qu’une géolocalisation de l’ensemble des acteurs. De quoi réduire la charge de travail consacrée à l’arbitrage et optimiser la mission de conseil.

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