Le 1er BCP : creuset du combat interarmes

Ces OAC représentent l’essentiel des moyens humains déployés pour suivre, évaluer et encadrer les SGTIA venus s’exercer au CENTAC. Une cinquantaine d’OAC, généralement d’anciens chefs de section expérimentés, peuvent ainsi être répartis entre les SGTIA et la FORAD. Leur mission, comme leur nom l’indique, est de conseiller en matière de doctrine aussi bien les chefs de section, leurs adjoints et les chefs de groupe que les militaires du rang, et ce afin qu’ils améliorent progressivement leurs techniques durant les quatre jours de déploiements. En tant qu’arbitres, ils jouent également un rôle essentiel de maîtres du jeu, afin de maintenir pendant 96 heures les meilleures conditions pédagogiques pour les sous-groupements en entraînement. Les OAC bleus et les OAC FORAD restent ainsi en contact constant afin de réorienter les paramètres de la force d’opposition, de réactiver des unités mises hors de combat, et globalement de contrôler les effets mis en place sur les personnels en entraînement. Ils sont également présents pour appliquer certaines sanctions qui ne sont pas intégrées à CENTAURE, notamment les tirs depuis et vers les hélicoptères, ces derniers ne pouvant matériellement pas recevoir les capteurs et émetteurs STC.

Enfin, les observations menées tout au long de la rotation servent à l’analyse permanente de la manœuvre inter-armes, mais aussi de supports pédagogiques lors des 3A quotidiennes et de la phase d’exploitation qui suit l’exercice. La capacité d’observation de la manœuvre est essentielle pour procéder à l’analyse complète de l’entraînement et à la restitution de l’évaluation auprès des brigades et régiments invités. Ainsi, les OAC ne sont pas les seuls observateurs déployés durant les rotations. Des équipes professionnelles de l’audiovisuel, dotées des mêmes tablettes Getac que les OAC, anticipent les mouvements des deux forces en présence et se tiennent prêtes à documenter les engagements au plus près de l’action. Enfin, chaque commandant de SGTIA à l’entraînement est suivi en permanence par un capitaine OAC, deux autres se relayant au CO pour suivre à distance tous ses déplacements et ses communications.

L’avenir du CENTAC : préparer l’armée de Terre aux défis de demain

En interne, le futur du CENTAC est intimement lié à une modernisation en profondeur de ses systèmes d’entraînement et de restitution. Pour la phase de préparation amont des rotations, OPOSIA devrait être remplacé par le système SPARTE (Simulation Partagée et des Applications Réutilisables pour la Tactique et l’Entraînement) de Diginext, qui fera la part belle aux intelligences artificielles pour augmenter le réalisme des simulations virtuelles. CENTAURE, bien qu’assez récent, va également être remplacé à partir de l’année prochaine par le système CERBERE (Centres d’Entraînement Représentatifs des Espaces de Bataille et de Restitution des Engagements) de Thales et RUAG. En cours d’installation au CENZUB (3), qui ne possédait pas de CENTAURE, CERBERE reprend le même concept, mais est doté d’une architecture plus évolutive et d’une meilleure intégration entre la simulation informatique et la simulation instrumentée. CERBERE prend notamment en compte les fonctions avancées des nouveaux postes radio CONTACT et du système d’information SICS, la capacité de travail en réseau des véhicules SCORPION ou encore la gestion du tir de missiles MMP depuis des véhicules. Mais CERBERE va aussi et surtout faciliter le travail des OAC en offrant une simulation plus réaliste, complète et réactive ainsi qu’une géolocalisation de l’ensemble des acteurs. De quoi réduire la charge de travail consacrée à l’arbitrage et optimiser la mission de conseil.

En externe, c’est donc fort logiquement la transition du 5e RD vers les équipements SCORPION qui permettra au CENTAC de fournir une FORAD parfaitement adaptée aux nouveaux enjeux de formation, non seulement pour l’armée de Terre, mais également pour la Composante Terre belge qui a choisi SCORPION pour sa modernisation à l’horizon 2025. Le 5e RD a déjà reçu le nouveau fusil d’assaut HK416F et devrait rapidement percevoir ses premiers véhicules Griffon. Néanmoins, les défis du CENTAC ne portent pas que sur les rotations des SGTIA, le camp de Mailly lui offrant de nombreuses missions secondaires. Il y a quelques mois, le CENTAC a ainsi accueilli une première rotation de GTIA, permettant de valider la possibilité d’entraîner et de contrôler l’échelon du colonel. Depuis 2017, le Centre met également en place des rotations réservées aux capitaines de l’ALAT, assimilée arme de mêlée dans le cadre de la préparation opérationnelle interarmes. Il sert aussi à l’entraînement des JTAC et des avions d’arme de l’armée de l’Air et de la Marine, le plus souvent en dehors des rotations régulières. L’amélioration de l’intégration des composants 3D fait d’ailleurs partie des objectifs à court et moyen termes du CENTAC, qui doit faire face à des contraintes physiques non modifiables, notamment en termes de volume de l’espace aérien.

Et à l’heure où SCORPION promet des capacités de coordination à longue distance et une réactivité dans les combats totalement inédites, il sera intéressant de voir comment le CENTAC, et notamment ses OAC, va s’adapter à cette augmentation de tempo et à l’élongation des engagements sur une zone d’entraînement de 10 km sur 12, aux limites physiques difficilement extensibles.

Notes

(1) Terre Information Magazine, no 296, juillet-août 2018.

(2) OPOSIA : Outil de Préparation Opérationnelle des Sous-groupements InterArmes.

(3) Centre d’entraînement aux actions en zones urbaines (CENZUB-14e RI) dans le camp de Sissonne, dans l’Aisne.

Entretien avec le lieutenant-colonel Pierre-Alain, chef de corps du CENTAC

Dans le cadre de la remontée en puissance de l’armée de Terre, le CENTAC a connu ces dernières années une réorganisation majeure. Quel est l’impact de cette restructuration sur la préparation opérationnelle des forces ? A‑t‑elle modifié votre efficacité, votre organisation et vos méthodes de travail ?

La restructuration du CENTAC en 2016 a eu pour conséquence, ici à Mailly-le-Camp, la recréation du 5e Régiment de Dragons (RD), dont les traditions étaient jusqu’alors gardées par le CENTAC. Pour servir de base à ce nouveau régiment, il a donc fallu prélever sur le CENTAC les traditions du 5e RD, mais aussi et surtout ses deux compagnies FORAD (Forces Adverses) autour desquelles la nouvelle unité s’est formée. Le CENTAC perdait alors sa force d’opposition organique.

Pour conserver le système de force d’opposition, qui est une richesse majeure du Centre, la mission a été confiée au nouveau 5e RD qui a la particularité d’être un régiment interarmes, une configuration rencontrée en OPEX, mais unique sur le territoire métropolitain. Ce régiment a donc aujourd’hui trois missions principales. D’une part, en tant qu’élément de la 7e brigade blindée, il contribue comme tous les autres régiments de l’armée de Terre aux OPEX et à l’opération « Sentinelle ». D’autre part, il accomplit une tâche essentielle au profit du CENTAC : il lui fournit systématiquement une force adverse, mise sous le commandement du CENTAC-1er BCP pour la durée de l’exercice. Il y joue alors une force d’opposition générique aux moyens modernes permettant d’offrir un entraînement au combat symétrique de haute intensité. Enfin, il participe à toute l’expertise du système SCORPION, en collaboration avec le CENTAC qui fournit un terrain d’expérimentation adéquat durant des phases d’expérimentation destinées à la montée en puissance de ce programme majeur.

Au sein du CENTAC, nous sommes donc passés en peu de temps d’une FORAD professionnelle et organique, uniquement affectée à cette tâche, à une force d’opposition issue d’une unité voisine polyvalente. Heureusement, si cela a bien nécessité quelques adaptations au nouvel état d’esprit de cette FORAD, l’efficacité de notre entraînement est restée intacte. Notre collaboration avec le 5e RD permet en revanche à ce dernier de maintenir à tout moment un niveau de préparation opérationnelle tout simplement exceptionnel et particulièrement apprécié en déploiement.

En tant que chef de corps, quelles ont été les principales difficultés rencontrées ici, au CENTAC ? Et quelles sont les réussites dont vous êtes le plus fier ?

Quand j’ai pris mon commandement en 2017, cela ne faisait qu’un an que le 1er BCP avait son format actuel, et il restait donc encore beaucoup de choses à faire en matière d’effectifs afin de retrouver une bonne configuration opérationnelle. La plupart des difficultés récentes du CENTAC ne diffèrent pas vraiment des défis rencontrés par les autres chefs de corps de l’armée de Terre ces dernières années. Il s’agit surtout de gérer les ressources humaines dans une armée en pleine remontée en puissance, tout en remplissant nos obligations vis-à‑vis de « Sentinelle ». Et si le recrutement est essentiel, il ne faut pas non plus négliger la formation, l’entraînement, l’équipement et la fidélisation du personnel, notamment à travers des opportunités de carrière enrichissantes.

Toutefois, nous avons désormais retrouvé une séquence d’entraînement normale. Depuis 2017, nous avons repris notre rythme de croisière et l’ensemble des brigades de l’armée de Terre sont ainsi passées en rotation au CENTAC selon le calendrier prévu. Nous avons d’ailleurs récemment accueilli la 6e Brigade Légère Blindée (BLB) qui avait été la première à revenir à Mailly en 2017 après notre restructuration.

Au CENTAC, notre principal succès repose finalement sur notre capacité d’adaptation constante au combat symétrique contemporain. Loin des vieux schémas de la guerre froide, nous faisons évoluer nos scénarios pour prendre en compte les nouveaux modes d’action observés dans les conflits modernes, que ce soit en Ukraine, au Levant ou dans la péninsule Arabique. Nous avons ainsi été la première unité d’entraînement équipée de drones légers représentatifs de ce qui se rencontre désormais sur les théâtres d’opérations.

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