Puissance navale deux ans de mutations dans l’équilibre des forces

et trois transports de chars, en plus de patrouilleurs et d’auxiliaires. In fine, là aussi, les admissions ont donc été assez peu nombreuses. En revanche, plusieurs programmes majeurs sont bien engagés dans ces États et devraient déboucher sur un plus grand nombre d’admissions durant la période 2018-2020.

Deux États se distinguent cependant plus clairement. Classiquement, c’est le cas pour les États-Unis. Ont été admis au service un porte-avions, quatre destroyers (un Zumwalt et trois Arleigh Burke), six LCS (deux Freedom et quatre Independence), quatre sous-marins nucléaires d’attaque de classe Virginia, deux grands bâtiments amphibies de la classe San Antonio et quelques auxiliaires. Mais le réel développement durant la période considérée est chinois : sept destroyers Type-052D, huit frégates Type-054A, 19 corvettes Type-056/056A, un grand navire amphibie Type-071, quatre transports de chars Type-072A, un grand ravitailleur d’escadre Type-901, trois ravitailleurs Type-903A et une série de bâtiments de guerre des mines, de renseignement et d’auxiliaires. Beijing ne s’en tiendra pas là : durant la même période, un porte-avions était lancé, de même quatre « destroyers » (en réalité, des croiseurs) Type-055, quatre destroyers Type-052D, deux frégates Type-054A, deux amphibies Type-071 et deux ravitailleurs. Au-delà de ces lancements, les programmes ne sont pas terminés dans les secteurs aéronaval, de combat de surface et, surtout, des sous-marins.

L’effort réalisé par Beijing peut se mesurer comparativement à la production américaine. Si les États-Unis dépassaient de peu la Chine par le tonnage lancé durant la période 2012-2014, celle-ci a pris l’ascendant pour la période 2015-2017, avec 374 200 tonnes contre 181 300 pour les États-Unis (7). De 2014 à 2018, la marine chinoise – compte non tenu des gardes-côtes, donc – a lancé 678 000 tonnes, soit un peu moins que le tonnage de l’ensemble de la Royal Navy (692 000 tonnes) et plus que celui de la Marine nationale (428 000 tonnes) ou de la marine indienne (529 000 tonnes) (8). Bien évidemment, il peut être rétorqué que les navires ne font pas une marine et que la qualité des équipages, leur formation et leur expérience sont centrales pour la crédibilité d’une force. Mais force est aussi de constater que l’expérience chinoise s’accroît et que le recrutement ne semble pas poser de problème, alors qu’il est déficitaire pour les marines occidentales ou en Asie-Pacifique.

Dans le même temps, l’organique des forces chinoises a également évolué. Après la mise en place d’une garde-côtes unifiée en mars 2013, celle-ci a été pour partie militarisée en mars 2018, en étant placée sous la tutelle de la police armée, qui dépend de la Commission militaire centrale et du Comité central du parti communiste. Les conséquences de ces évolutions sont importantes d’un point de vue opérationnel, parce qu’elles permettent une meilleure coordination avec la marine. Si les capacités offensives de la garde-côtes sont modestes (l’armement le plus lourd est le canon de 76 mm), elle dispose d’une flotte étoffée, bien équipée, récente et dotée d’équipages compétents (9). Concrètement, elle est en mesure de mailler finement la mer de Chine méridionale ou les eaux des îles Senkaku/Diaoyu disputées au Japon. Cela permet aux autorités, d’une part, de pouvoir territorialiser la zone en restant sous un seuil de violence acceptable et, d’autre part, de libérer la marine pour d’autres missions.

Quels projets ?

Au regard de ces développements, il semble clair que la distribution de puissance navale évolue en défaveur des marines européennes. Les projets de ces dernières sont certes déjà engagés et l’on connaît, dans une certaine mesure, la physionomie qu’elles auront d’ici à dix ans.• En France, les deux dernières Aquitaine, spécialisées dans la défense aérienne, doivent entrer en service et trois La Fayette doivent être modernisées. Cinq Frégates de Taille Intermédiaire (FTI) entreraient également en service, dont deux d’ici à 2025. Le changement majeur sera l’entrée en service, d’ici à 2028, de cinq des six SNA de classe Suffren, et le remplacement des capacités de guerre des mines et des ravitailleurs. Il faut y ajouter la poursuite des études sur le successeur du Charles de Gaulle et des SNLE Le Triomphant.

• Au Royaume-Uni, la fin de la livraison des SNA Astute d’ici à 2024 sera suivie de celle des deux derniers ravitailleurs de la classe Tide. Le Glasgow, première des huit frégates de Type-26 envisagées, mis sur cale l’an dernier, atteindrait sa pleine capacité opérationnelle en 2027. Au mieux, deux unités seraient donc en service en 2028. Le statut de la Type-31, dont cinq unités doivent être commandées pour pallier la réduction de cible des Glasgow, est encore incertain : fin juillet, le programme était suspendu. Les capacités de guerre des mines devraient également avoir été renouvelées.

• En Allemagne, trois programmes majeurs sont en cours. D’abord, les quatre frégates d’intervention F125, une fois leurs maladies de jeunesse traitées, devraient être en service en 2028. Ensuite, une première F126, ex-MKS180, pourrait entrer en service en 2023, Berlin ayant décidé d’en construire six unités – quatre ou cinq pourraient donc être opérationnelles en 2028 – en remplacement des trois frégates ASM de classe Brandenburg (10). Enfin, cinq nouvelles corvettes K130 (classe Braunschweig) ont été commandées en septembre 2017. Les capacités de guerre des mines devraient également connaître un remplacement.

• En Espagne, cinq F110 entreraient en service d’ici à 2027 en remplacement des cinq Santa Maria/Perry. Madrid devrait aussi disposer de ses trois sous-marins S-80, au développement particulièrement difficile. Une question délicate concernera l’éventuelle commande de F-35B, permettant de maintenir une aéronavale embarquée à ailes fixes.

• L’Italie doit prendre livraison de ses trois dernières frégates de classe Bergamini d’ici à 2021. De plus, sept PPA seraient reçus entre 2021 et 2026, en trois versions, dont une lourde n’ayant rien à envier aux frégates du point de vue des capteurs et de l’armement (11). Trois autres unités sont en option, l’ensemble devant remplacer 20 corvettes et patrouilleurs. Le LHD Trieste remplacera le porte-aéronefs Garibaldi et les capacités aéronavales seront maintenues, avec la livraison de F-35B (12). L’Italie recevra également le Vulcano, un grand ravitailleur au design proche de celui des futurs bâtiments français. Là comme ailleurs, les capacités de guerre des mines devront être renouvelées.

• La Belgique et les Pays-Bas devraient chacun disposer, en 2028, de deux nouvelles frégates Type-M (la première entrerait en service en 2024), de même que de nouvelles capacités de guerre des mines. Les Pays-Bas recevraient également en 2027 le premier des quatre sous-marins devant remplacer les quatre Walrus actuellement en service. Le remplacement des quatre frégates de défense aérienne de classe De Zeven Provincien serait engagé, avec une première entrée en service en 2029.

• Au Danemark, à la montée en puissance des capacités des frégates de classe Iver Huitfeldt (notamment dans le domaine antibalistique), il faut ajouter le remplacement des quatre frégates de classe Thetis à partir de 2026. En Suède et en Norvège, les programmes majeurs concerneront le remplacement des capacités sous-marines, la Finlande se concentrant sur le programme Squadron 2020, qui représente quatre corvettes polyvalentes qui devraient toutes être service pour 2027.

• La Pologne devrait voir le renouvellement de ses capacités sous-marines, dotées de missiles de croisière d’attaque terrestre. À l’exception du Slazak, dont le développement a été particulièrement long, aucun programme de combat de surface n’est aujourd’hui en cours ; même si l’achat de frégates australiennes de classe Adelaide (type Perry) a été évoqué.

• En mer Noire, la Bulgarie est quant à elles engagée dans des projets d’achat de patrouilleurs. La Roumanie avait commandé quatre frégates SIGMA 10514 en 2016 tout en envisageant l’acquisition de trois sous-marins. Mais la commande des bâtiments de surface a été suspendue en 2017.

• D’autres marines vont faire face à une situation complexe. Au Portugal, la sortie de service des corvettes et patrouilleurs les plus anciens a pour partie déjà été compensée par l’arrivée de nouveaux patrouilleurs. De même, les frégates vont être modernisées, mais leur remplacement semble remis sine die. Lisbonne devrait en revanche recevoir un nouveau ravitailleur, dont l’achat est considéré comme prioritaire. La question se pose également en Grèce : un leasing de FREMM et l’achat de corvettes Gowind ont été évoqués, mais rien de concret n’a pour l’instant été signé.

Comparativement à la Chine, il faut constater que les évolutions programmatiques ne laissent que très marginalement la place à des montées en puissance. Au mieux, les bâtiments sont remplacés nombre pour nombre, parfois par des unités plus performantes en termes d’endurance, de puissance de feu ou de capteurs. De facto, toute montée en puissance reste limitée par les budgets disponibles, mais aussi par le recrutement : pratiquement toutes les marines européennes font face à de tels problèmes. In fine, les États européens n’ont d’autres options que la coopération en s’appuyant sur leurs capacités effectivement mobilisables. 

Notes

(1) Le gabarit du canal est limité par celui de sa plus petite écluse, qui autorise un tirant d’eau de 3,6 m et une longueur de 145 m.

(2) Joseph Henrotin, « L’OTAN et la stratégie maritime : retour vers le futur ? », Défense & Sécurité Internationale, hors-série n° 57, décembre 2017-janvier 2018.

(3) C’est en particulier le cas pour le Royaume-Uni.

(4) Lyle J. Morris, « Blunt Defenders of Sovereignty – The Rise of Coast Guards in East and Southeast Asia », Naval War College Review, vol. 70, no 2, été 2017 ; Alexandre Sheldon-Duplaix, « Des flottes paramilitaires en première ligne des conflits en Asie », Défense & Sécurité Internationale, no 106, septembre 2014.

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