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Puissance navale deux ans de mutations dans l’équilibre des forces

• Au Royaume-Uni, la fin de la livraison des SNA Astute d’ici à 2024 sera suivie de celle des deux derniers ravitailleurs de la classe Tide. Le Glasgow, première des huit frégates de Type-26 envisagées, mis sur cale l’an dernier, atteindrait sa pleine capacité opérationnelle en 2027. Au mieux, deux unités seraient donc en service en 2028. Le statut de la Type-31, dont cinq unités doivent être commandées pour pallier la réduction de cible des Glasgow, est encore incertain : fin juillet, le programme était suspendu. Les capacités de guerre des mines devraient également avoir été renouvelées.

• En Allemagne, trois programmes majeurs sont en cours. D’abord, les quatre frégates d’intervention F125, une fois leurs maladies de jeunesse traitées, devraient être en service en 2028. Ensuite, une première F126, ex-MKS180, pourrait entrer en service en 2023, Berlin ayant décidé d’en construire six unités – quatre ou cinq pourraient donc être opérationnelles en 2028 – en remplacement des trois frégates ASM de classe Brandenburg (10). Enfin, cinq nouvelles corvettes K130 (classe Braunschweig) ont été commandées en septembre 2017. Les capacités de guerre des mines devraient également connaître un remplacement.

• En Espagne, cinq F110 entreraient en service d’ici à 2027 en remplacement des cinq Santa Maria/Perry. Madrid devrait aussi disposer de ses trois sous-marins S-80, au développement particulièrement difficile. Une question délicate concernera l’éventuelle commande de F-35B, permettant de maintenir une aéronavale embarquée à ailes fixes.

• L’Italie doit prendre livraison de ses trois dernières frégates de classe Bergamini d’ici à 2021. De plus, sept PPA seraient reçus entre 2021 et 2026, en trois versions, dont une lourde n’ayant rien à envier aux frégates du point de vue des capteurs et de l’armement (11). Trois autres unités sont en option, l’ensemble devant remplacer 20 corvettes et patrouilleurs. Le LHD Trieste remplacera le porte-aéronefs Garibaldi et les capacités aéronavales seront maintenues, avec la livraison de F-35B (12). L’Italie recevra également le Vulcano, un grand ravitailleur au design proche de celui des futurs bâtiments français. Là comme ailleurs, les capacités de guerre des mines devront être renouvelées.

• La Belgique et les Pays-Bas devraient chacun disposer, en 2028, de deux nouvelles frégates Type-M (la première entrerait en service en 2024), de même que de nouvelles capacités de guerre des mines. Les Pays-Bas recevraient également en 2027 le premier des quatre sous-marins devant remplacer les quatre Walrus actuellement en service. Le remplacement des quatre frégates de défense aérienne de classe De Zeven Provincien serait engagé, avec une première entrée en service en 2029.

• Au Danemark, à la montée en puissance des capacités des frégates de classe Iver Huitfeldt (notamment dans le domaine antibalistique), il faut ajouter le remplacement des quatre frégates de classe Thetis à partir de 2026. En Suède et en Norvège, les programmes majeurs concerneront le remplacement des capacités sous-marines, la Finlande se concentrant sur le programme Squadron 2020, qui représente quatre corvettes polyvalentes qui devraient toutes être service pour 2027.

• La Pologne devrait voir le renouvellement de ses capacités sous-marines, dotées de missiles de croisière d’attaque terrestre. À l’exception du Slazak, dont le développement a été particulièrement long, aucun programme de combat de surface n’est aujourd’hui en cours ; même si l’achat de frégates australiennes de classe Adelaide (type Perry) a été évoqué.

• En mer Noire, la Bulgarie est quant à elles engagée dans des projets d’achat de patrouilleurs. La Roumanie avait commandé quatre frégates SIGMA 10514 en 2016 tout en envisageant l’acquisition de trois sous-marins. Mais la commande des bâtiments de surface a été suspendue en 2017.

• D’autres marines vont faire face à une situation complexe. Au Portugal, la sortie de service des corvettes et patrouilleurs les plus anciens a pour partie déjà été compensée par l’arrivée de nouveaux patrouilleurs. De même, les frégates vont être modernisées, mais leur remplacement semble remis sine die. Lisbonne devrait en revanche recevoir un nouveau ravitailleur, dont l’achat est considéré comme prioritaire. La question se pose également en Grèce : un leasing de FREMM et l’achat de corvettes Gowind ont été évoqués, mais rien de concret n’a pour l’instant été signé.

Comparativement à la Chine, il faut constater que les évolutions programmatiques ne laissent que très marginalement la place à des montées en puissance. Au mieux, les bâtiments sont remplacés nombre pour nombre, parfois par des unités plus performantes en termes d’endurance, de puissance de feu ou de capteurs. De facto, toute montée en puissance reste limitée par les budgets disponibles, mais aussi par le recrutement : pratiquement toutes les marines européennes font face à de tels problèmes. In fine, les États européens n’ont d’autres options que la coopération en s’appuyant sur leurs capacités effectivement mobilisables. 

Notes

(1) Le gabarit du canal est limité par celui de sa plus petite écluse, qui autorise un tirant d’eau de 3,6 m et une longueur de 145 m.

(2) Joseph Henrotin, « L’OTAN et la stratégie maritime : retour vers le futur ? », Défense & Sécurité Internationale, hors-série n° 57, décembre 2017-janvier 2018.

(3) C’est en particulier le cas pour le Royaume-Uni.

(4) Lyle J. Morris, « Blunt Defenders of Sovereignty – The Rise of Coast Guards in East and Southeast Asia », Naval War College Review, vol. 70, no 2, été 2017 ; Alexandre Sheldon-Duplaix, « Des flottes paramilitaires en première ligne des conflits en Asie », Défense & Sécurité Internationale, no 106, septembre 2014.

(5) Plus précisément : deux exercices bilatéraux en 2015 (mer Noire et mer du Japon) ; un en 2016 (mer de Chine méridionale), deux en 2017 (Baltique et mer du Japon/mer d’Okhotsk). Voir notamment David Scott, « Russia-China naval cooperation in an age of competition », Cimsec.org, 12 juin 2018 (http://cimsec.org/russia-china-naval-cooperation-in-an-era-of-great-power-competition/36773).

(6) Le Yémen voit ainsi, périodiquement, l’implication de forces spéciales américaines et de tirs de missiles de croisière sur des positions d’Al-Qaïda. Au regard de la guerre entre et la coalition arabe, les enjeux navals ont été marqués, dès le début du conflit. L’île de Perim – au milieu du détroit de Bab el-Mandeb – a été reprise aux Houthis par les Saoudiens en octobre 2015. Dès le début de la guerre, des bombardements navals saoudiens et égyptiens ont visé des positions houthistes, tandis qu’un blocus naval était mis en place. Début janvier 2018, les plus grosses opérations de la coalition arabes visaient le port de Hodeïda.

À propos de l'auteur

Joseph Henrotin

Joseph Henrotin

Rédacteur en chef du magazine DSI (Défense & Sécurité Internationale).
Chargé de recherches au CAPRI et à l'ISC.

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