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L’État islamique post-califat : sans État mais pas sans moyens

L’endoctrinement des enfants nés de parents appartenant à Daech commence à la naissance. Ce conditionnement commence par un phrasé simple, comme Daech appelle les enfants « lionceaux », qui deviendront éventuellement des « lions du califat » à la puberté. Les enfants peuvent ainsi s’engager dans la guerre dès l’âge de neuf ans et sont activement formés aux combats et aux actes d’insurrection, endoctrinés par une idéologie violente et souvent traumatisés par les actions et les événements dont ils ont été témoins. Daech a notoirement mis en vedette des enfants comme porte-parole, agresseurs et même comme bourreaux. Le rôle de l’enfant est donc équivalent à celui d’un adulte dans l’organisation de l’EI. Cela donne aux enfants, en particulier les plus âgés, le potentiel d’être à la fois des victimes et des menaces. En tant que tels, les enfants des combattants sont souvent les plus touchés lorsque des poursuites judiciaires sont intentées contre leurs parents. Les enfants sont souvent détenus dans des conditions pitoyables avec une hygiène pauvre et des conditions de vie inhospitalières. Ils se voient aussi souvent refuser les services basiques et l’accès à une éducation correcte, celle qu’ils reçoivent étant largement insuffisante. Leurs États d’origine, ou les États dont ils peuvent revendiquer la citoyenneté, interviennent rarement en leur nom. Il y a un manque manifeste de capacités en matière de réadaptation et de réinsertion de ces enfants. Les États ne possèdent tout simplement pas la qualité et la quantité d’aide nécessaire pour la thérapie immersive dont un enfant de Daech aurait besoin.

Daech ne disparaît pas. Il se transforme. Son état actuel n’est qu’évolutif, éphémère et transitoire, initiant le développement de nouvelles capacités, une diversification de ses avoirs et tactiques, dans un processus de restructuration et une réorganisation permanente. Son retour à l’insurrection n’est pas un symptôme d’échec, mais au contraire de persistance. L’organisation continuera d’exploiter les conflits existants, de faire de la propagande prudente et efficace, d’inspirer et de diriger des attaques. Ces tactiques peu coûteuses produiront des assassinats ciblés et des événements à haut rendement, comme les attentats à la bombe contre les églises et hôtels au Sri Lanka en avril 2019. L’absence d’emprise territoriale centrale de Daech se traduira par la prévalence des réseaux et une influence diffuse, et permettra finalement peut-être de rassembler encore plus de groupes terroristes sous une même bannière. Les réseaux mondiaux de Daech se croiseront avec des réseaux locaux, créant de puissantes menaces et incitant au recrutement. Les États qui se doivent de traiter les cas d’anciens combattants étrangers sont confrontés à un combat difficile, pris entre le besoin de sécurité et leurs obligations de défendre les droits de leurs citoyens ainsi que le respect des droits de l’homme, en particulier ceux des enfants. En tant que tel, Daech a transcendé un groupe militant et est maintenant une idéologie. Les idéologies sont éternelles. L’état actuel est la nouvelle norme.

Légende de la photo en première page : Le 16 décembre 2018, des personnes se rassemblent autour d’un monument de fortune à Strasbourg, en hommage aux victimes de l’attaque terroriste au révolver et au couteau commise par Cherif Chekatt cinq jours plus tôt dans cette ville, aux abords du marché de Noël, qui a fait cinq morts et onze blessés. (commons.wikimedia.org/Yann Caradec)

Article paru dans la revue Diplomatie n°99, « État islamique : Nouveaux fronts, nouvelles menaces »,  juillet-août 2019.

Chaque année, l’Institute for Economics and Peace, think tank basé en Australie qui développe des bases de données et des critères pour définir et mesurer la paix, ainsi que les relations entre paix, économie et prospérité, publie notamment deux indices : le Global Terrorism Index en décembre et le Global Peace Index en juin. globalterrorismindex.org

À propos de l'auteur

Serge Stroobants

Serge Stroobants

Directeur opérationnel en Europe et dans la région MENA pour l’Institute for Economics and Peace et professeur associé à l’Université Blanquerna de Barcelone où il coordonne le programme du Master en Paix et Sécurité.

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Gabriella Perea

IEP Bruxelles.

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