Esclavage, trafic sexuel, migrants, travail forcé : lorsque l’humain est au cœur du trafic

Quelles sont les organisations criminelles à l’origine de ces types de trafic ? À qui profite la traite des personnes ? Le niveau d’implication des réseaux criminels varie selon la région géographique et la forme d’exploitation. Dans certains cas, la traite des personnes est utilisée par des réseaux criminels impliqués dans d’autres activités criminelles dans le cadre de leur « modèle d’affaires », tandis que dans d’autres, les gangs criminels peuvent se concentrer exclusivement sur la traite. Ces dernières années, nous avons également été témoins de l’utilisation de la traite des êtres humains par des groupes terroristes et armés dans les zones de conflit comme moyen d’établir leur autorité sur les populations locales et de financer leurs actions. Le groupe État islamique en Syrie et en Irak, Boko Haram au Sahel et l’Armée de résistance du Seigneur en Ouganda sont les exemples les plus frappants qui incitent la communauté internationale à agir. Dans deux résolutions historiques (3), le Conseil de sécurité a demandé aux États membres de l’ONU de prendre des mesures énergiques contre les crimes de traite des personnes commis par ces organisations terroristes. L’ONUDC travaille en étroite collaboration avec d’autres institutions pour assurer une meilleure coordination de tous les acteurs des Nations Unies dans les zones de conflit où la traite des êtres humains existe. L’ONUDC a également mis au point des modules de formation sur mesure pour les forces de maintien de la paix des Nations Unies dans les pays où le mandat de l’ONU prévoit des responsabilités de police. Que fait-on aujourd’hui pour lutter contre la traite des personnes au niveau international ? La traite des êtres humains demeure une priorité nationale et mondiale. Bien que le Protocole des Nations Unies contre la traite des êtres humains (4) soit un instrument international relativement récent qui n’est entré en vigueur qu’en 2003, il est presque universellement ratifié, puisque près de 180 pays y sont déjà parties. Cela signifie que la plus grande partie des membres de l’ONU ont accepté les obligations et les engagements qui y sont prévus. Un nombre tout aussi important de pays ont également adopté des lois nationales conformes aux prescriptions du Protocole. Mais le travail n’est pas encore terminé. Le nombre d’enquêtes sur des affaires de traite des êtres humains qui débouchent sur des condamnations de trafiquants reste faible. Parallèlement, de nombreuses victimes ne sont toujours pas identifiées et ne bénéficient d’aucun soutien. La coopération internationale reste médiocre et de nouvelles formes de traite, telles que celles facilitées par les nouvelles technologies et l’Internet, ne sont pas encore bien comprises. Cela doit changer. Les pays devraient mettre l’accent sur la mise en œuvre cohérente du cadre juridique international existant et sur l’allocation de ressources suffisantes pour lutter contre ces crimes. Les liens avec d’autres crimes tels que le blanchiment d’argent, le trafic de migrants, la corruption et même le terrorisme doivent être recherchés plus vigoureusement. L’ONUDC a un vaste programme de coopération technique pour appuyer ces efforts aux niveaux national et régional. Rien qu’en 2018, l’ONUDC a couvert plus de 100 pays, offrant des conseils juridiques spécialisés et une formation aux services de détection et de répression pour renforcer les capacités d’enquête et la coopération transfrontalière contre la traite des personnes.

Entretien réalisé par Thomas Delage le 18 juillet 2019

Part des victimes de la traite détectées, par profil et formes d’exploitation en 2016 (ou plus récemment)
Étude réalisée dans 54 pays sur 10 772 victimes/Source : UNODC
Notes (1) https://​www​.unodc​.org/​d​o​c​u​m​e​n​t​s​/​h​u​m​a​n​-​t​r​a​f​f​i​c​k​i​n​g​/​2​0​1​9​/​G​L​O​T​i​P​_​2​0​1​8​_​B​O​O​K​_​w​e​b​_​s​m​a​l​l​.​pdf 2) https://​www​.unodc​.org/​d​o​c​u​m​e​n​t​s​/​d​a​t​a​-​a​n​d​-​a​n​a​l​y​s​i​s​/​g​l​o​s​o​m​/​G​L​O​S​O​M​_​2​0​1​8​_​w​e​b​_​s​m​a​l​l​.​pdf (3) RCSNU 2331, 2388. (4) https://​treaties​.un​.org/​P​a​g​e​s​/​V​i​e​w​D​e​t​a​i​l​s​.​a​s​p​x​?​c​h​a​p​t​e​r​=​1​8​&​l​a​n​g​=​f​r​&​m​t​d​s​g​_​n​o​=​X​V​I​I​I​-​1​2​-​a​&​s​r​c​=​IND Légende de la photo en première page : 04 juillet 2016, Turin. Raid contre les prostituées nigérianes. Ces dernières années, l’importance des réseaux de prostitution nigérians en Europe aurait dépassé celle des filières chinoises ou est-européennes, notamment en Italie, où elles représenteraient 80 % des prostituées. Issues de milieux très précaires, ces jeunes filles qui rêvent d’un avenir meilleur doivent travailler pour rembourser le montant de leur dette (50 000 euros en moyenne) sous le contrôle d’une « mama » ou de « sponsors » qui sont bien souvent d’anciennes prostituées devenues maquerelles. La dépendance économique, la confiscation du passeport, la violence et la peur du mauvais sort assurent la docilité et le processus d’exploitation des jeunes filles. © Shutterstock/Stefano Guidi

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