Le T-90 : Dernier souffle soviétique de la guerre froide

Issu du programme Sozvezdie‑M2, il est testé à partir de 2010 sur les T‑90AK. Dénommé YeSU‑TZ, il se compose de postes radio de dernière génération R‑168, d’une interface digitale entre l’ordinateur de bord PTK, le système de communication AKSU et le système de géolocalisation russe GLONASS. La motorisation aussi est améliorée et passe de 840 à 1 000 ch grâce à l’adoption du moteur Cheliabinsk V‑92S2, toujours installé en position transversale. Afin de réduire la signature thermique, le T‑90A est parfois recouvert de la peinture de camouflage anti-­infrarouge Nakidka révélée pour la première fois sur le BMP‑3 en 1991. Jusqu’en 2012, la production de T‑90 augmente régulièrement pour atteindre environ 490 exemplaires, tous modèles confondus, qui se répartissent comme suit : 120 T‑90, 25 T‑90A et 7 T‑90AK avec la caméra Buran‑M, 287 T‑90A et 50 T‑90AK avec la caméra ESSA. En 2012, un nouveau frein, cette fois-ci décisionnel, est apporté à la production du T‑90A pour le compte de l’armée russe. Le projet du futur char T‑14 Armata semble enfin aboutir et la modernisation de l’importante flotte de T‑72B et B3, qui offrent des capacités identiques à celles du T‑90A à un prix moindre, est ordonnée pour venir en soutien de la flotte de T‑14. La production du « Vladimir » est mise entre parenthèses, pour une courte durée. Malgré la commande d’une centaine de T‑14, le char se révèle d’une fiabilité douteuse et surtout d’un coût unitaire exorbitant. Ainsi, en 2016, il est rapporté que la flotte russe de T‑90A avoisine les 550 exemplaires.

De l’Inde à la Syrie

Malgré la mauvaise publicité faite par les T‑72 irakiens, le marché de l’exportation va néanmoins s’ouvrir au T‑90. Le premier acheteur est l’Inde, qui signe un contrat capital qui va se révéler salutaire pour UVZ tant sur le plan commercial que sur le plan technologique. En effet, les demandes du cahier des charges indien vont susciter un nouvel élan pour les ingénieurs d’UVZ, car le futur T‑90 indien va motiver le développement du T‑90A.

Depuis 1987, l’Inde construit sous licence le T‑72M1, dénommé Ajeya, et se met en quête à partir de 1993 d’un successeur. Sont alors testés à Omsk les T‑72S et T‑80U, qui se révèlent décevants. En juillet 1996, le voisin pakistanais annonce l’achat de 320 T‑80UD ukrainiens ayant la capacité de tirer un missile antichar par le canon. L’Inde ne peut rester sans réaction face à cette menace surtout que le développement de son char national, l’Arjun, prend de plus en plus de temps. New Delhi se tourne de nouveau vers UVZ, mais cette fois-ci en évoquant l’achat de la version export du tout nouveau T‑90 : le T‑90S Shchit (« bouclier »), en mai 1998.

Cette signature est une véritable aubaine pour UVZ dont les chaînes sont au ralenti. L’Invar, un modèle amélioré du missile antichar à charge tandem tiré par le canon et guidé par laser Refleks (AT‑11 Sniper) est ainsi expressément développé pour l’Inde. D’une portée de 5 000 m, il est produit en deux versions : antichar et thermobarique. Trois modèles de caméras thermiques conçues pour le futur T‑90A sont envoyés en Inde en mai 1999 pour y être testés et c’est l’ESSA de Peleng qui remporte le marché. Malgré des problèmes de surchauffe moteur, le gouvernement indien approuve au printemps 2000 l’achat du nouveau char. Le contrat définitif, d’un montant d’environ 700 millions de dollars, comporte deux parties distinctes. Il est signé par Boris Elstine, alors en visite officielle en Inde, le 15 janvier 2001. Il comprend l’achat de 124 chars construits en Russie, dénommés Bhishma, ainsi que 190 kits de transformation destinés à porter 190 Ajeya au standard T‑90S dans les ateliers indiens de Avadi Heavy Vehicle Factory, qui produit déjà sous licence l’Ajeya, faisant ainsi chuter le coût unitaire qui est compris entre 2,1 et 2,8 millions de dollars. Une première tranche de 40 Bhishma produits en Russie et équipés d’une tourelle moulée est livrée en 2001. Les 84 chars de la seconde, livrés l’année suivante, sont équipés d’une tourelle mécanosoudée.

La transformation des 40 premiers Ajeya débute chez HVF en 2002. Ils sont suivis de 126 autres en 2003 puis des 24 derniers exemplaires en 2004. New Delhi ne compte pas en rester là et envisage de produire sur son sol 1 000 autres exemplaires. Mais les relations se compliquent entre les deux parties, car des problèmes ont été constatés sur les premiers missiles Invar ainsi que sur les munitions de 125 mm produites en Russie. De plus, New Delhi se heurte à un refus de Moscou concernant le transfert de technologies liées à l’artillerie et à la protection. Ce refus consterne l’armée indienne, qui consent à acheter sur étagère 127 chars complets en Russie, dont les premiers sont livrés en 2008 ainsi que 223 kits pour Ajeya. Entre-­temps les relations se sont améliorées et, en juillet 2006, l’Inde se voit enfin autorisée par Moscou à produire sur son sol 1 000 T‑90S Bhishma. Une commande initiale de 300 chars est passée et la livraison du premier exemplaire de la première tranche de 24 a lieu au mois d’août 2009. L’année suivante, 51 chars sont livrés, puis 50 en 2011-2012, et le reste en 2013. Lors de cette même année, une seconde commande est passée, portant le total à 536, pour atteindre actuellement 657 Bhishma produits en Inde. Il est à noter que ces dernières commandes vont connaître des aménagements successifs.

Après le succès indien, l’Algérie signe en mars 2006 un contrat pour l’achat de 454 T‑90SA (A pour Algérie) et T‑90SKA. La première tranche de 54 exemplaires est livrée en décembre de la même année et est suivie en 2007 par une seconde de 180 chars. En 2011, Alger reçoit l’autorisation de produire sur le site de Blida 120 chars et, en février 2015, achète 200 kits afin de rétrofiter une partie de sa flotte de T‑72 en T‑90S. Il faut attendre décembre 2015 pour voir les premiers T‑90SA équipés des TshU‑1‑7 du système Shtora débarquer dans le port d’Oran. Au début de la décennie, les ventes se ralentissent fortement. En 2009, le Turkménistan achète 10 chars qui, comme les Bhishma et les premiers T 90SA algériens ne sont pas équipés du Shtora. En 2011, l’Ouganda en achète 44 et, en 2014, c’est au tour de l’Azerbaïdjan, avec environ une centaine.

En 2015, la 4e division mécanisée syrienne perçoit ses premiers exemplaires, aussitôt engagés dans les combats qui font rage dans le pays. Certains seront d’ailleurs détruits et feront la « une » des réseaux sociaux des mouvements insurgés. Toujours sur le front syrien, la Russie engage en 2015 une compagnie de neuf T‑90A au sein de sa 810e brigade de troupes de marine. En 2014, l’Irak commande 73 T‑90S et SK. Les 39 chars de la première tranche arrivent dans le port de Bassora en février 2018 et sont affectés au sein des deux bataillons de la 9e division blindée stationnée à Taji, au nord de Bagdad. Leur première apparition publique remonte au 6 janvier 2019, lors du défilé militaire effectué dans le cadre du 98e anniversaire de la création de l’État irakien. Le contrat le plus récent a été signé en juillet 2017 avec le Vietnam. Il porte sur l’acquisition de 64 T‑90S et SK, dont la première tranche de 32 exemplaires a été livrée le 2 janvier 2019.

Le T-90MS

Au milieu des années 2000, le succès grandissant du T‑90 à l’étranger attise la rivalité entre UVZ et Transmash, qui cherche à imposer son T‑80U à l’export en développant une version améliorée : l’Objekt 640 ou Black Eagle.

La tourelle de ce dernier impressionne les militaires russes qui voient en elle la tourelle du futur char standard, pouvant être montée aussi bien sur les châssis des T‑64 que sur ceux des T‑72 et T‑80. Pour contrer l’offensive de Transmash, UVZ répond en présentant le 8 décembre 2009 sa nouvelle tourelle qui s’inscrit dans le programme Proryv‑2, littéralement « Percée‑2 », au sens tactique du terme. Avec l’appui du ministre de la Défense, la nouvelle tourelle est montée sur un châssis de T‑90. Le prototype est initialement désigné Objekt 188M puis T 90M ou AM et est destiné au marché de l’exportation, car, à cette époque, le développement du T‑14 est en cours. Le nouveau char est renommé T‑90MS, pour T‑90S « modernisé », et les clients potentiels ne tardent pas à se manifester.

En premier lieu, l’Inde annonce en novembre 2016 qu’elle souhaite en acquérir 464 exemplaires. Cet achat est une réorientation des deux contrats signés respectivement en 2006 et 2012 évoqués supra. Ainsi renégocié, le contrat porterait désormais sur l’acquisition de 536 Bhishma et 464 T‑90MS (1,9 milliard de dollars) livrés au plus vite, car ils doivent être déployés au nord sur la frontière chinoise, toujours sujette à tensions. À l’horizon 2020, le but que s’est fixé l’Inde est de doter ses forces de 21 régiments équipés de T‑90 à raison de 62 chars, dont 17 d’instruction. Second acheteur potentiel, le Koweït qui, après avoir testé le T‑90MS, envisage de l’acquérir en plus de la modernisation de sa flotte de 218 M‑1A2 Abrams.

En Russie, le programme du T‑14 marque le pas après son apparition très médiatisée de mai 2015. En juillet 2018, Moscou annonce qu’il n’est pas le modèle de char dont la Russie a besoin pour le moment. Derrière ces propos, il faut comprendre que la fiabilité ne semble pas être au rendez-­vous, que la Russie n’a pas l’infrastructure nécessaire pour le produire à grande échelle et, surtout, qu’il est beaucoup trop cher. À la suite de ce changement radical, la production est recentrée une nouvelle fois sur l’existant, en adoptant les T‑72B3, T‑80 BVM et T‑90M qui est le modèle développé pour l’armée russe du T‑90AM. Ainsi, la Russie envisage actuellement, comme l’URSS par le passé, d’aligner trois chars différents dans ses rangs. Le T‑90M, présenté en janvier 2017, a été testé lors de l’exercice « Zapad 2017 » qui s’est tenu entre le 14 et le 20 septembre de la même année. Il s’inscrit dans le cadre du programme Proryv‑3, dont il prend parfois le nom.

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