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Le T-90 : Dernier souffle soviétique de la guerre froide

Malgré une conjoncture économique difficile, la jeune armée russe aligne en septembre 1995 107 T‑90 dans ses rangs, qui sont principalement affectés à la 21e division de fusiliers motorisée Taganrog stationnée non loin d’Omsk, en Sibérie, et au sein de la 5e division blindée de la garde stationnée en Sibérie orientale, à Kiakhta, sur la frontière mongole.

Conséquence directe d’une situation politico-­financière précaire, les cinq années suivantes vont voir une stagnation des effectifs. En 1999, seulement 120 T‑90 et T‑90K sont en service. En 2000, grâce à une situation économique stabilisée, un modèle amélioré est présenté : le T‑90A ou Objekt 188b, qui est immédiatement mis en production. Il est baptisé « Vladimir » en l’honneur de l’ingénieur en chef Vladimir Potkin décédé l’année précédente. Le T‑90A se singularise par de nombreuses améliorations, en adoptant tout d’abord une tourelle mécanosoudée très proche de celle développée pour l’Objekt 187, renforcée par le blindage réactif Kontakt‑5.

Ensuite est adoptée la caméra thermique ESSA couplée à la lunette tireur 1G‑46 stabilisée électriquement sur deux axes et dont le grossissement est de 2,7 en grand champ et de 12 en petit champ. Cette caméra de seconde génération, produite par la firme biélorusse Peleng, reprend la technologie de la caméra Catherine FC développée par Thales et dont les éléments vont être à partir de 2012 importés et construits sous licence en Russie par la firme VOMZ (Vologodskiy Optiko Mekhanicheskiy Zavod) implantée à Vologda, au nord-est de Moscou. Bien qu’elle soit plus onéreuse, l’ESSA supplante la Buran‑M, fabriquée par la firme russe Zenit qui équipe la première tranche de T‑90A et AK produits en 2004. L’ESSA fait partie de l’ensemble optique TO1‑01‑PO2T AGAVA‑2. Grâce à un grossissement de 3 en grand champ et de 9 en petit champ, elle autorise l’identification d’objectifs par tous temps jusqu’à 2,4 km et une portée maximale de 4,6 km.

Le chef de char dispose d’un ensemble de moyens optiques jour/nuit dénommé PNK‑4S qui se compose d’une lunette AGAT‑M, ou TKN‑4S, d’un grossissement de 8 qui permet la détection d’un objectif en mode IR passif jusqu’à 1 500 m et en mode actif jusqu’à 4 km. À gauche est montée la lunette monoculaire de tir antiaérien PZU‑7. D’un grossissement de 1,7 qui permet de servir sous blindage la mitrailleuse Kord de 12,7 mm installée sur le toit au niveau de la couronne d’épiscopes. L’artillerie principale est le nouveau canon de 125 mm 2A46M‑5 qui améliore la précision de 15 % tout en réduisant la dispersion de l’arme. D’un poids de 2,5 t, cette pièce est à âme lisse chromée multipliant par 1,7 la durée de vie du tube par rapport aux modèles antérieurs. Innovation importante, le T‑90A est le premier char produit en Russie à être doté d’un système de communication infocentré.

Issu du programme Sozvezdie‑M2, il est testé à partir de 2010 sur les T‑90AK. Dénommé YeSU‑TZ, il se compose de postes radio de dernière génération R‑168, d’une interface digitale entre l’ordinateur de bord PTK, le système de communication AKSU et le système de géolocalisation russe GLONASS. La motorisation aussi est améliorée et passe de 840 à 1 000 ch grâce à l’adoption du moteur Cheliabinsk V‑92S2, toujours installé en position transversale. Afin de réduire la signature thermique, le T‑90A est parfois recouvert de la peinture de camouflage anti-­infrarouge Nakidka révélée pour la première fois sur le BMP‑3 en 1991. Jusqu’en 2012, la production de T‑90 augmente régulièrement pour atteindre environ 490 exemplaires, tous modèles confondus, qui se répartissent comme suit : 120 T‑90, 25 T‑90A et 7 T‑90AK avec la caméra Buran‑M, 287 T‑90A et 50 T‑90AK avec la caméra ESSA. En 2012, un nouveau frein, cette fois-ci décisionnel, est apporté à la production du T‑90A pour le compte de l’armée russe. Le projet du futur char T‑14 Armata semble enfin aboutir et la modernisation de l’importante flotte de T‑72B et B3, qui offrent des capacités identiques à celles du T‑90A à un prix moindre, est ordonnée pour venir en soutien de la flotte de T‑14. La production du « Vladimir » est mise entre parenthèses, pour une courte durée. Malgré la commande d’une centaine de T‑14, le char se révèle d’une fiabilité douteuse et surtout d’un coût unitaire exorbitant. Ainsi, en 2016, il est rapporté que la flotte russe de T‑90A avoisine les 550 exemplaires.

De l’Inde à la Syrie

Malgré la mauvaise publicité faite par les T‑72 irakiens, le marché de l’exportation va néanmoins s’ouvrir au T‑90. Le premier acheteur est l’Inde, qui signe un contrat capital qui va se révéler salutaire pour UVZ tant sur le plan commercial que sur le plan technologique. En effet, les demandes du cahier des charges indien vont susciter un nouvel élan pour les ingénieurs d’UVZ, car le futur T‑90 indien va motiver le développement du T‑90A.

Depuis 1987, l’Inde construit sous licence le T‑72M1, dénommé Ajeya, et se met en quête à partir de 1993 d’un successeur. Sont alors testés à Omsk les T‑72S et T‑80U, qui se révèlent décevants. En juillet 1996, le voisin pakistanais annonce l’achat de 320 T‑80UD ukrainiens ayant la capacité de tirer un missile antichar par le canon. L’Inde ne peut rester sans réaction face à cette menace surtout que le développement de son char national, l’Arjun, prend de plus en plus de temps. New Delhi se tourne de nouveau vers UVZ, mais cette fois-ci en évoquant l’achat de la version export du tout nouveau T‑90 : le T‑90S Shchit (« bouclier »), en mai 1998.

Cette signature est une véritable aubaine pour UVZ dont les chaînes sont au ralenti. L’Invar, un modèle amélioré du missile antichar à charge tandem tiré par le canon et guidé par laser Refleks (AT‑11 Sniper) est ainsi expressément développé pour l’Inde. D’une portée de 5 000 m, il est produit en deux versions : antichar et thermobarique. Trois modèles de caméras thermiques conçues pour le futur T‑90A sont envoyés en Inde en mai 1999 pour y être testés et c’est l’ESSA de Peleng qui remporte le marché. Malgré des problèmes de surchauffe moteur, le gouvernement indien approuve au printemps 2000 l’achat du nouveau char. Le contrat définitif, d’un montant d’environ 700 millions de dollars, comporte deux parties distinctes. Il est signé par Boris Elstine, alors en visite officielle en Inde, le 15 janvier 2001. Il comprend l’achat de 124 chars construits en Russie, dénommés Bhishma, ainsi que 190 kits de transformation destinés à porter 190 Ajeya au standard T‑90S dans les ateliers indiens de Avadi Heavy Vehicle Factory, qui produit déjà sous licence l’Ajeya, faisant ainsi chuter le coût unitaire qui est compris entre 2,1 et 2,8 millions de dollars. Une première tranche de 40 Bhishma produits en Russie et équipés d’une tourelle moulée est livrée en 2001. Les 84 chars de la seconde, livrés l’année suivante, sont équipés d’une tourelle mécanosoudée.

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