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Quel avenir pour les forces éthiopiennes ?

À propos des forces paramilitaires hors FDNE, la police fédérale est en train de mettre sur pied une unité d’intervention spéciale début 2019. Dans le même temps, la création d’une branche aérienne de la police est annoncée. Toujours au niveau fédéral, le maintien et le rétablissement de l’ordre sont assurés par le Département des émeutes. En 2008, 6 000 hommes sont répartis en cinq divisions au sein de celui-ci. À l’échelle régionale, les polices disposent de leurs propres unités spéciales, à commencer par celle de la région-État de Somali, la Liyu police, aussi efficace et redoutable que contestée (exactions) contre des rebelles oromo qu’affronte toujours Addis-Abeba malgré des négociations, contre des bandits venus du Soudan, etc.

Les matériels des forces terrestres

Selon les sources, le budget de la défense se situe entre 399 millions de dollars pour la période 2016-2017 et plus de 487 millions pour la période 2017-2018. Cette somme est peu élevée pour une armée telle que celle de l’Éthiopie. Ce qui est parfois décrit comme la marque de l’ingéniosité nationale est toutefois à nuancer. Tout comme est à nuancer l’idée d’une armée éthiopienne idéalement puissante et équilibrée. Certes, dans l’ensemble, les militaires des FDNE accomplissent un excellent travail, notamment en Somalie, dans des conditions difficiles. Cependant, les imperfections sont multiples.

La préférence ethnique est une des tares des FDNE. Avant Abiy Ahmed, en raison de purges entre 2005 et 2006, 90 % des officiers supérieurs et officiers généraux étaient Tegréens (13). Avec son arrivée surviennent des limogeages massifs. Les conditions de vie des militaires sont médiocres et se pose la question des déploiements dans les zones d’insécurité du pays ainsi qu’en Somalie. L’état des casernes est imparfait, les soldes sont insuffisantes (14). Ce problème sert d’ailleurs de prétexte à une caricature de mutinerie (davantage une « grève sauvage ») déclenchée par des commandos Agazi le 23 octobre 2018. Environ 200 d’entre eux occupent ainsi les abords de la primature. Les désertions sont un tabou au sein des FDNE. Or elles existent. Enfin, dans leurs actions de sécurité et de contre-insurrection, les FDNE ont une propension à la brutalité.

Moderniser la dimension sociale au sein de l’institution militaire, avec de meilleurs logements, de meilleurs salaires, le tout afin de contribuer à favoriser la professionnalisation demandera d’importants crédits et une attention qui tarde à se manifester. Or, dans le même temps, nombre de matériels de l’armée éthiopienne sont au mieux vieillissants, au pire inadaptés aux missions qui lui sont confiées ou qu’elle serait susceptible d’accomplir. Un grand écart technologique existe avec l’Égypte, plus relatif avec le Soudan.

Les FDNE alignent plus de 600 chars, dont plus de 300 T‑72, y compris 200 T‑72UA1. Afin d’augmenter leur potentiel contre les parcs blindés égyptiens et soudanais, 1 250 missiles Kombat ont été commandés à l’Ukraine. Le reste se compose d’environ 75 T‑62 et 240 T‑55. Ces chars, comme les autres blindés, sont entretenus par l’industrie de défense nationale.

Vingt BMP‑1 figurent aussi dans l’inventaire, mais une partie ont été transformés en porte-­mortiers. Le nombre de blindés de transport de troupes Type‑89 acquis est inconnu, mais il pourrait être relativement important au sein des divisions d’infanterie mécanisée. Les actualités éthiopiennes donnent à les voir aussi bien dans la zone du Commandement régional Nord que dans celle du Commandement régional Central/Est. À ces engins s’ajoutent d’autres blindés de transport de troupes à roues : Type‑92 (WZ‑551), Type‑05 (WZ‑523). Des BTR‑60 sont également mentionnés comme étant toujours en service après 2010. Les seuls blindés modernes sont 75 Bishoftu LAV (GAIA Thunder assemblés en Éthiopie) et 12 Mack Bastion.

Hormis ces derniers commandés pour les éléments en Somalie, le parc manque dramatiquement de MRAP. De fait, les forces éthiopiennes en Somalie ne disposent essentiellement que des médiocres Type‑92 (très vulnérables aux EEI) pour l’escorte des convois. Les personnels chargés de la protection desdits convois sont le plus souvent embarqués dans de simples camions, d’où des bilans élevés lorsqu’ils tombent dans des embuscades. Par ailleurs, les véhicules tactiques non blindés sont nombreux : camions Ural 4320 sur lesquels sont montés des ZU‑23/2, pick-up divers, Humvee. Des camions MTV avec kits de blindage ont également été commandés au profit du contingent éthiopien de l’AMISOM.

L’artillerie est puissante avec quelques automoteurs et surtout de très nombreuses pièces tractées, représentatives du rôle de l’arme dans la doctrine éthiopienne. Concernant les automoteurs, le pays possède plus d’une dizaine de 2S1, au moins 10 2S19, 10 2S3 et 10 2S5. Une cinquantaine de lance-­roquettes BM‑21 font également partie de l’arsenal, mais, là encore au regard de ce qui apparaît dans les actualités éthiopiennes, ils pourraient être plus nombreux. Si le pays dispose toujours de canons antichars (une cinquantaine de T12), ceux-ci paraissent être en réserve, supplantés par des missiles AT‑4 et surtout AT‑14. Les postes de tir pour ces derniers sont notamment montés sur des pick‑up.

L’aviation et la marine

L’aviation se structure en deux escadrons de chasse, un avec 11 Su‑27K et 3 SU‑27UBK et l’autre avec une douzaine de MiG-21bis, ainsi que 3 MiG-21UM ; un escadron d’attaque avec 8 MiG-23BN et 2 MiG-23UM toujours opérationnels. L’armée de l’air comprend aussi une unité d’hélicoptères d’attaque avec 4 Mi‑35 et 3 Mi‑35P tandis que les Mi‑24D/Mi‑25 ne sont plus en service. S’y ajoutent 1 AW139, jusqu’à 9 Mi‑8 et Mi-17 et une dizaine d’UH‑1 pour les hélicoptères de manœuvre. L’entraînement avancé et l’entraînement sont assurés par une douzaine de L‑39C, dont une partie sont en réserve/non opérationnels ainsi que par 4 SF-260TP. Enfin, l’aviation de transport compte 2 AN‑12BP plus 3 ou 4 autres en réserve/non opérationnels, 1 C 130E, 2 L‑100‑30, 1 An‑26 et 1 An‑32. L’ensemble de ces appareils est vieillissant et leur état de fonctionnement est médiocre. La flotte d’hélicoptères est négligeable au regard du volume des forces. De fait, l’Éthiopie n’a pas les capacités aéromobiles qui correspondraient à ses besoins. Les quelques moyens disponibles sont donc utilisés intensivement.

Les déficiences de l’aviation ont cependant été partiellement atténuées avec l’acquisition de drones CH‑4. En effet, selon une filiale du constructeur (15), Addis-Abeba figure dans la liste des pays qui possèdent cet UAV. Aucune précision n’ayant été donnée, il peut s’agir de la version reconnaissance (CH‑4A) ou bien de la version armée (CH‑4B), voire des deux. La version de reconnaissance pallierait la faiblesse des moyens de reconnaissance aériens du pays, alors que ceux-ci sont précieux (16). La version armée, outre qu’elle est également capable de missions ISR, donnerait à Addis-Abeba une capacité de frappe de précision qu’elle n’a pas, tout en renforçant le potentiel d’attaque en général.

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