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Gripen E/F le dernier appareil suédois ?

Quelle place pour le Gripen ?

Sur le plan commercial, le Gripen NG souffre avant tout d’une conjoncture moins favorable qu’escompté lors du lancement du programme. À l’époque, le Rafale peinait encore à s’exporter, et les jours de la chaîne de production du Typhoon étaient comptés. Face au F‑35, lourd et très coûteux, la place semblait toute trouvée pour un monoréacteur apte à prendre la relève des F‑16 et des Mirage 2000. Mais les aléas des relations internationales en ont décidé autrement. Dans la foulée des « printemps arabes », Dassault Aviation, Eurofighter et Boeing ont accumulé les contrats au Moyen-­Orient, tandis que les retards à répétition du F‑35 poussaient Lockheed Martin à développer une ultime variante de son best-­seller, le F‑16V. Cela, couplé aux retards du programme Gripen NG inhérents à l’abandon de l’achat suisse, rend la situation nettement plus complexe pour Saab qui, pourtant, ne manque pas d’idées pour faire évoluer encore plus son Gripen NG (3).

Dans l’immédiat, l’heure est donc à la consolidation chez Saab, qui compte avancer rapidement sur sa campagne d’essais en vol, et mise toujours sur la livraison des premiers appareils de série à la fin de l’année, en Suède et au Brésil. À court terme, c’est une fois encore sur la Suisse que se portent les espoirs de Saab. L’année prochaine, la Confédération helvétique devrait sélectionner l’appareil qui, cette fois, remplacera à la fois ses F‑5 et ses F‑18 Hornet. Et si le Rafale continue d’avoir la préférence des pilotes, les contraintes budgétaires pourraient une fois de plus conduire à une sélection du Gripen NG, bien plus concret aujourd’hui. Par ailleurs, Saab fonde de grands espoirs dans son partenariat avec Brasilia, qui récupérerait une grande partie de la production des éventuelles exportations en Amérique du Sud, avec des clients potentiels en Colombie, en Équateur, mais aussi au Mexique.

À plus long terme, Saab espère également poursuivre ses succès en Europe de l’Est et en Asie avec la dernière variante de son Gripen. Alors que les autres constructeurs européens peinent à mettre en place des programmes de coopération ambitieux autour d’avions de combat de nouvelle génération, Saab entend bien tracer sa propre voie sans attendre. Mais, sur le marché extrêmement complexe et politisé des avions de combat, il ne faut souvent pas grand-­chose pour passer de l’échec au succès, et vice versa.

Notes

(1) Si les deux milliards de dollars de développement évoqués par Saab semblent avoir été dépassés, cela reste un budget particulièrement faible pour un tel projet.

(2) Chez Saab, Gripen NG est la désignation commerciale du programme, qui comporte actuellement le Gripen E monoplace et le Gripen F biplace, tous deux au standard MS21. La désignation officielle de la Flygvapnet est JAS‑39E/F Gripen.

(3) Si le Gripen Naval aura bien du mal à prendre corps, en raison du retrait du dernier porte-avions brésilien, Saab a communiqué sur des recherches portant sur un Gripen NG biplace destiné à la guerre électronique, ainsi que sur une variante optionnellement pilotée de l’avion.

Légende de la photo en première page : Le Gripen E promet une évolution de ses capteurs, mais aussi de ses performances dynamiques. (© Saab)

Article paru dans la revue DSI hors-série n°66, « Aviation de combat : Nouveaux chasseurs, nouveau contexte », juin-juillet 2019.

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