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Les frégates Admiral Gorshkov. Le début du renouvellement de la flotte hauturière russe ?

Deuxième catégorie abordée, les armements défensifs. Répondant au nom de 9K96 Poliment-Redut, le système de défense antiaérienne embarqué est une variante adaptée pour l’emploi en milieu naval du S‑350 Vityaz, ce dernier faisant usage de missiles développés pour le système S‑400.

Composé de 32 cellules (4 × 8) de lancement verticales 3S97 installées en plage avant entre les cellules UKSK et le canon A‑192M, le système Poliment-­Redut peut mettre en œuvre les missiles 9M96E et 9M96E2 d’une portée maximale de 120 km ainsi que le missile 9M100 d’une portée maximale de 15 km ; le système peut emporter un seul missile 9M96E/E2 ou quatre missiles 9M100 par cellule, conférant au système une capacité maximale théorique de 32 missiles à longue portée ou de 128 missiles à courte portée. Le système de lanceurs et de missiles porte le nom de Redut tandis que le radar associé, le 5P‑20K, constitué de quatre antennes AESA, fonctionnant en bande S, installées sur la mâture principale et couvrant une surface de 360°, porte le nom de Poliment ; d’où, par association, le nom du système.

La défense rapprochée des frégates Gorshkov est assurée par deux modules 3M89 Palash installés à l’arrière du navire et équipés chacun de deux canons à tir rapide de 30 mm. En outre, deux mitrailleuses sur pieds MTPU de 14,5 mm sont également implantées à hauteur de la passerelle et sont chargées d’assurer la protection contre les embarcations légères à courte distance. Et enfin, un hangar pouvant recevoir un hélicoptère Ka‑27 est installé vers la poupe.

Outre les radars utilisés par les armements, les frégates Gorshkov disposent d’un radar principal tridimensionnel 5P‑27 Furke‑4 d’une portée maximale de 130 km, installé au sommet de la mâture (pour ne pas entrer en conflit avec les autres) et employé pour la recherche et la détection à distance des cibles en surface et dans les airs avant que les autres radars ne prennent le relais pour leur acquisition. Pour la navigation, trois radars Pal-N sont employés, ces derniers étant implantés en haut de la mâture de part et d’autre du Furke‑4.

La détection des cibles sous-­marines est assurée par un sonar Zarya‑M positionné dans le bulbe d’étrave et couplé à un sonar traîné Vinyetka‑EM implanté à l’arrière du bâtiment. Enfin, les frégates disposent d’un système de guerre électronique 5P‑28 Prosvet‑M qui est composé de contre-­mesures antimissiles KT‑308‑5 et KT‑216, du système de brouillage KT‑28 ainsi que du système de brouillage optique 5P‑42 Filin.

Une mise au point délicate

La mise au point des frégates Gorshkov s’est révélée beaucoup plus complexe que ne l’avaient envisagé les ingénieurs russes. En effet, les nouveaux armements (et les radars associés) ainsi que les problèmes de motorisation ont fortement retardé la construction ainsi que l’homologation des navires. Si certains problèmes rencontrés proviennent notamment du déploiement de solutions techniques non éprouvées, d’autres ont pour origine des questions politiques indépendantes de la volonté des techniciens russes. Le premier problème rencontré concerne le système de défense antiaérienne Poliment-­Redut. En effet, le développement de ce nouveau système, dont les composants n’étaient pas encore tous testés, a pris beaucoup plus de temps que prévu, à tel point que les premières corvettes 20380 qui devaient en disposer n’ont pas pu être équipées. Il en fut de même avec les frégates Gorshkov, les problèmes rencontrés concernant les missiles emportés ainsi que les radars mis en œuvre pour les guider. Les tests du système se sont finalement achevés à la fin de 2018 pour une mise en service effective durant le premier semestre 2019 (13).

Le deuxième problème rencontré et non des moindres concerne la chaîne cinématique : comme indiqué auparavant, les frégates Gorshkov disposent d’une propulsion combinant moteurs Diesel produits en Russie et turbines à gaz produites en Ukraine. À la suite de la crise ukrainienne et de l’annexion de la Crimée en 2014, Kiev a décrété un embargo sur les exportations de matériels militaires vers la Russie. Ce faisant, la Russie se retrouvait dans une position délicate puisque son industrie n’avait jamais été en mesure de produire des turbines à gaz navales de fortes puissances. Par conséquent, un onéreux programme de substitution fut lancé, permettant au pays d’acquérir les capacités de production de certains matériels clés dont elle n’avait pas la maîtrise ; les turbines à gaz navales en faisaient partie. Le pays fut d’ailleurs contraint et forcé d’investir dans ce secteur, sinon il ne lui restait que la possibilité de la propulsion nucléaire (dont il maîtrise toute la chaîne) pour équiper ses bâtiments. La chaîne cinématique des frégates Gorshkov en subit directement les conséquences puisqu’il fallut attendre la mise au point de la variante « russifiée » avant de pouvoir poursuivre la construction des troisième et quatrième unités. La nouvelle chaîne cinématique, qui équipera tous les bâtiments à partir de l’Admiral Golovko, est toujours reprise sous le nom de M55R, mais les turbines à gaz UGT‑15000+ de Zorya-­Mashproekt sont remplacées par une nouvelle turbine à gaz développée par Saturn, la M90FR dont la première unité a été livrée en février 2019 (14). Elle développe une puissance équivalente à la version ukrainienne tout en étant légèrement plus économe en consommation et bénéficie d’une durée de vie allongée. Les réducteurs employés sont les nouveaux R055R, étroitement dérivés du modèle originel, mais produits en Russie.

Quel avenir ?

Dire que le développement des frégates Izd.22350 ne fut pas de tout repos serait un doux euphémisme : il n’aura pas fallu moins de douze ans à la Russie pour mettre en service une frégate d’un déplacement de 4 500 t, ce qui constitue très certainement d’un record en la matière. Certes, la construction navale russe a été fortement affectée par la disparition de l’URSS et l’éclatement du secteur entre plusieurs pays pas (ou plus) nécessairement prêts à collaborer entre eux, mais elle a également souffert de l’indécision chronique de ses dirigeants, de calendriers préétablis totalement irréalistes, d’un financement parfois très erratique ainsi que d’une concurrence entre grands chantiers navals pour le moins délétère. Les frégates Gorshkov sont le produit de cette époque : l’introduction simultanée de plusieurs nouveaux systèmes d’armements sur un nouveau design de navires de grande taille a fait que la construction navale russe a buté sur tous les écueils possibles. Entre son « réapprentissage » de la construction de navires de fort déplacement et le besoin de déverminer les nouveaux systèmes mis en œuvre, il était inscrit dans les astres que la tâche allait s’avérer dantesque – ce qui fut effectivement le cas –, surtout pour un secteur qui est notoirement inefficace en ce qui concerne les délais de production en comparaison avec ceux d’autres pays.

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Benjamin Gravisse

Politologue et auteur du blog Red Samovar (https://redsamovar.com/).

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