Magazine Les Grands Dossiers de Diplomatie

Suprémacistes blancs : ennemis numéro un des États-Unis ?

Malgré cet échec et le retrait dans l’ombre du mouvement suprémaciste aux États-Unis, celui-ci reste actif. Les données de l’Anti-Defamation League pour 2018 montrent que l’extrême droite est responsable de 98 % des homicides commis par des extrémistes. Pour 2017, le FBI rapporte que 59,5 % des victimes d’actes haineux ont été ciblées en fonction de leur ethnicité alors que 20,7 % l’étaient en fonction de leur religion (16). Dans les deux cas, il y a augmentation des crimes haineux par rapport à l’année précédente. En octobre 2018, un homme a assassiné 11 fidèles dans une synagogue de Pittsburgh. Tout comme l’auteur de la tuerie de Charleston, cet homme a été inspiré par les messages suprémacistes qu’il a trouvés en ligne, notamment l’idée qu’un génocide blanc commandité par des intérêts juifs est en cours aux États-Unis. Cette rhétorique haineuse dont le nationalisme blanc n’est que la dernière mouture demeure d’autant plus dangereuse qu’elle trouve des échos partout en ligne et même dans les propos du Président.

« Déclancher une guerre raciale »

Notes

(1) Richard Hofstadter, « The Paranoid Style in American Politics », Harper’s (novembre 1964), p. 79-86.

(2) George C. Rable, But There was No Peace: The Role of Violence in the Politics of Reconstruction, University of Georgia Press, 2007, p. 122-142 ; David T. Blight, Race and Reunion. The Civil War in American Memory, Harvard University Press, 2001, p. 272-273.

(3) Rory McVeigh, The Rise of the Ku Klux Klan. Right-Wing Movement and National Politics, University of Minnesota Press, 2009, p. 25.

(4) Arnie Bernstein, Swastika Nation. Fritz Kuhn and the Rise and Fall of the German American Bund, MacMillan, 2014, p. 177-192.

(5) Kathleen Belew, Bring the War Home. The White Power Movement and Paramilitary America, Harvard University Press, 2018, p. 3-11.

(6) John M. Berger, « The Turner Legacy: The Storied Origins and Enduring Impact of White Nationalism’s Deadly Bible », International Centre for Counter-Terrorism – The Hague, vol. 7, no 8, 2016.

(7) Lou Michel et Dan Herbeck, American Terrorist. Timothy McVeigh and the Oklahoma City Bombing, Harper Perennial, 2001, p. 228.

(8) Belew, op. cit, p. 120-121 ; Georges Michael, Confronting Right Wing Extremism and Terrorism in the USA, Routledge, 2003, p. 106-07.

(9) Sur le recrutement, Eli Saslow, Rising Out of Hatred. The Awakening of a Former White Nationalist, Knopf, 2018. Concernant la scène culturelle suprémaciste, voir Pete Simi et Robert Futtrell, American Swastika. Inside the White Power Movement’s Hidden Space of Hate, Rowan & Littlefield, 2010, p. 59-88.

(10) Angela Nagle, Kill All Normies. Online Culture Wars from 4Chan and Tumblr to Trump and the Alt-Right, Zero Books, 2017, p. 28-29.

(11) Mark S. Hamm et Ramòn Spaaij, The Age of Lone Wolf Terrorism, Columbia University Press, 2017, p. 59-63.

(12) David Neiwert, Alt-America. The Rise of the Radical Right in the Age of Trump, Verso, 2017, p. 231.

(13) Daryl Johnson, Right-Wing Resurgence. How a Domestic Terrorist Threat is Being Ignored, Toronto, Rowan & Littlefield, 2012, p. 198-209. Voir aussi le rapport annuel 2017 du Southern Poverty Law Center [en ligne].

(14) Vegas Tenold, Everything You Love will Burn, Basic Books, 2018 ; Neiwert, op. cit., p. 236-38.

(15) Au sujet du rôle incontournable de la violence dans la création d’un État blanc, écouter Spencer dans Adam Bhala Lough, Alt-Right: Age of Rage, Netflix, 2018 à 26 minutes. Il faut aussi voir que Charlottesville faisait suite à une série de rallyes où l’extrême droite a usé de violence à des fins de recrutement, d’unification et de promotion. A.C. Thompson, « Documenting Hate: Charlottesville », Frontline, PBS (7 août 2018).

(16) Anti-Defamation League, Murder and Extremism in the United States in 2018, U.S. Department of Justice – Federal Bureau of Investigation, Hate Crime Statistics, 2017, « Incidents and Offenses » (automne 2018), p. 2-4.

Légende de la photo en première page : Le 12 août 2017, des Américains participent à la manifestation « Unite the right » dans les rues de Charlottesville, afin de protester contre le projet de retrait d’une statue d’un général confédéré considéré comme un défenseur de l’esclavagisme. Ces manifestations rassemblant des suprémacistes blancs et des partisans de l’extrême droite américaine ont dégénéré en affrontement avec des contre-manifestants, faisant un mort et une vingtaine de blessés. La réaction de Donald Trump, qui a renvoyé dos à dos les deux camps, a par la suite suscité une vague d’indignation dans le pays. (© Shutterstock/Kim Kelley-Wagner)

À propos de l'auteur

Francis Langlois

Francis Langlois

Professeur d’histoire au Cégep de Trois-Rivières et chercheur associé à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand (Université du Québec à Montréal).

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