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Les AWACS du 36e EDCA, nœuds cruciaux de la puissance aérienne française

En matière de communication, en plus des habituelles fréquences radio, les E‑3F sont dotés de liaisons satellitaires SATCOM, Iridium et Inmarsat. Comme pour tous les vecteurs de première ligne de l’armée de l’Air, les liaisons de données L‑16 et L‑11 ont été intégrées à l’ensemble de la flotte d’AWACS, tandis que l’intégration de la L‑22 est prévue pour l’horizon 2025. En attendant, dès la fin de l’année, les E‑3F pourraient intégrer la L‑16 JRE (Joint-­Range Extension) satellitaire. Cette nouvelle version de la L‑16 permettra de renvoyer directement en métropole les données L‑16 obtenues et partagées par les E‑3F, mais aussi d’échanger l’ensemble des situations tactiques avec des vecteurs stratégiques, sans contraintes de distance. En décollant de métropole pour réaliser une mission au-­dessus de la Méditerranée orientale par exemple, l’équipage d’un AWACS pourra recevoir et étudier la situation tactique locale des heures avant d’arriver sur place. La L‑16 JRE devant être intégrée aux futurs ravitailleurs A330MRTT, les raids de chasseurs en approche d’une zone d’opération pourront être tenus en temps réel au courant de l’évolution de la situation sur le champ de bataille.

Cependant, malgré la modernité de tous ces systèmes, leur interface reste entre les mains des opérateurs humains qui sont chargés de répertorier, classifier, trier et compiler les données brutes afin de produire une Situation Tactique (SITAC) adaptée à la mission et pouvant être exploitée par tous les acteurs du combat. À l’avant de la cabine de l’AWACS, les opérateurs de surveillance construisent la SITAC, réglant les filtres du système de combat afin d’éliminer autant que possible des échos inutiles pour la mission en cours (3). Les opérateurs de guerre électronique traitent les données en provenance de la suite ESM de l’appareil. Plus en arrière, on trouvera les opérateurs capteurs, chargés de la mise en œuvre des équipements de mission, le chef de mission et enfin les contrôleurs de défense aérienne, qui font le lien en temps réel entre l’AWACS et les appareils de combat à l’extérieur et qui sont la voix de « Cyrano » pour les appareils alliés. D’autres spécialités intervenant en amont, avant le décollage, sont essentielles au bon déroulement des missions. Outré les officiers météo, on notera l’importance cruciale des officiers de renseignement chargés d’évaluer les menaces et de briefer les équipages. En fonction de la menace militaire adverse, les procédures de sécurité et les règles d’engagement pourront changer considérablement, pour l’AWACS et pour l’ensemble du dispositif allié.

Une capacité à flux tendu

Depuis septembre 2014, les quatre AWACS français sont mis en œuvre par le 36e Escadron de Détection et de Contrôle Aéroportés (EDCA). C’est la base 702 d’Avord dans le Cher, à vocation stratégique, qui les accueille depuis leur réception par l’armée de l’Air en 1991. La situation géographique centrale de la BA702 permet aux AWACS décollant d’Avord de se positionner immédiatement de manière à couvrir l’ensemble du territoire national. La taille de la base et son implantation loin des grandes agglomérations participent également à sa sécurisation, les E‑3F né pratiquant pas les décollages et atterrissages à grande incidence, une mesure courante sur les avions de transport pour minimiser leur exposition aux tirs de missiles portatifs. L’EDCA est composé de 160 aviateurs, dont 90 personnels navigants qui forment sept équipages. La rotation habituelle se compose d’un équipage en formation, de deux équipages formés à la protection du territoire national, et de quatre équipages aptes également aux missions de guerre. Les équipages embarqués proviennent d’une quinzaine de cursus différents, recrutés en continu dans le cadre d’une gestion des ressources humaines relativement tendue. Néanmoins, tous les transferts à destination de la BA702 se font sur la base du volontariat, et la sélection s’effectuera en grande partie sur les capacités cognitives des candidats, les opérateurs embarqués devant être à même de jongler avec les nombreux stimuli visuels de leurs écrans, mais aussi avec pas moins de cinq fréquences radio extérieures et quatre interphones internes à l’appareil. Il va de soi, dans ces conditions, que la cohésion des équipages est primordiale et indispensable au bon déroulement des opérations.

Les hommes et femmes qui mettent en œuvre les AWACS, maillons essentiels de la posture permanente de sûreté et de la conduite d’Opérations Extérieures (OPEX), sont relativement peu nombreux lorsque l’on prend en compte toute la gamme des missions pouvant être réalisées par les E‑3F. Celles-ci impliquent de gérer, outré les unités françaises, une multitude d’appareils alliés, mais aussi de prendre en compte les mesures de déconfliction nécessaires notamment sur le théâtre du Levant, où appareils syriens, iraniens ou russes sont amenés à croiser leurs homologues de l’OTAN. Les E‑3F agissent alors autant comme des unités de détection avancées au profit des avions de combat que comme des unités C2 qui utilisent leur connaissance de l’environnement tactique à 360° pour maintenir la situation tactique sous leur contrôle, en lien avec les unités en vol, au sol et en mer. Même s’il né s’agit pas de leur mission principale, les E‑3F jouent également un rôle dans la collecte de renseignement électronique, grâce à leurs larges antennes ESM de flanc capables de détecter des menaces – et donc des unités – au sol et en mer, comme des batteries SAM ou des navires de combat.

Les capacités aéromaritimes des Sentry modernisés s’avèrent d’ailleurs exceptionnelles. Le radar principal de l’E‑3F est ainsi capable de détecter une embarcation légère, un baril ou un petit conteneur métallique flottant à plusieurs centaines de kilomètres, une capacité que les appareils d’Avord ont déjà mise à contribution dans la lutte contre les trafics de stupéfiants, aux Antilles notamment. Depuis quelques années, cette capacité aéromaritime sert de plus en plus à la lutte contre la piraterie, des AWACS ayant été déployés en soutien de l’opération « Atalante » au large de la Somalie, mais aussi contre le terrorisme maritime. La mission antiterroriste prend d’ailleurs une place de plus en plus importante dans les opérations des E‑3F, non pas pour la détection des véhicules terrestres, mais pour la coördination des moyens aériens pouvant être mis en œuvre à la suite d’une catastrophe majeure, qu’elle soit de nature criminelle, naturelle ou industrielle.

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