Partis pour rester : historique, dynamiques et perspectives de la mobilité en Afghanistan

L’Afghanistan doit son identité politique aux dynamiques migratoires souvent contradictoires, massives, forcées, imprévisibles de la marqueterie des populations qui la composent. Le pays est aujourd’hui une terre de migrations dites mixtes : émigration de réfugiés et de demandeurs d’asile, migrations saisonnières et permanentes de migrants économiques, déplacements internes et retour des Afghans qui avaient cherché refuge et une vie meilleure à l’étranger. Au cours des trois dernières décennies seulement, le pays a ainsi connu une émigration massive vers l’Iran et le Pakistan voisins, suivie du retour de millions d’Afghans depuis 2002, et de mouvements internes importants en raison de l’insécurité et de l’instabilité persistantes et des catastrophes naturelles.

Phénomène soudain mais couplé à des dynamiques sous-jacentes de long terme, les mouvements de population en Afghanistan touchent souvent plusieurs millions de personnes et exercent de fortes pressions sur des structures institutionnelles, de gouvernance et de soutien déjà fragiles, entraînant de nouveaux déplacements secondaires, une vulnérabilité accrue des migrants de retour (volontaires ou déportés) et des tensions avec les communautés hôtes. Étudier le phénomène migratoire en Afghanistan dépasse donc les seules dimensions juridiques, humanitaires, économiques, culturelles ou sociales, tant il apparaît comme un fait politique total (1).

Histoire des formes de mobilité

L’histoire migratoire contemporaine de l’Afghanistan peut être décomposée en quatre phases. La première a commencé en 1979, avec l’invasion du pays par les troupes soviétiques, et a continué jusqu’en 1989, année du retrait. Au cours de cette décennie, près de 5 millions d’Afghans ont franchi les frontières avec l’Iran et le Pakistan. Ils sont nombreux à être rentrés au début des années 1990. Après la chute de l’Union soviétique, environ 1,2 million de personnes sont revenues du Pakistan. En outre, entre 1992 et 1995, plus de 1,3 million de ressortissants afghans ont volontairement été rapatriés d’Iran. L’effondrement du régime de Mohammad Najibullah (1986-1992) a été considéré comme le début de la deuxième migration, en raison de la guerre entre les factions des moudjahidines et de l’émergence des talibans en 1994. Le pays a alors perdu une grande partie de son intelligentsia, de sa classe moyenne urbaine instruite (médecins, professeurs, avocats).

La troisième phase a été provoquée par la chute du régime taliban (1996-2001). La guerre de coalition menée par les États-Unis en 2001 et la reconstruction du pays ont donné lieu au plus important effort de rapatriement de l’histoire jamais réalisé sous le mandat de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Fin septembre 2002, plus de 1,5 million de réfugiés afghans étaient rentrés du Pakistan et 220 000 d’Iran. Dix ans plus tard, fin décembre 2012, 5,7 millions de réfugiés étaient rentrés, dont 4,7 millions avec l’aide du HCR. L’Iran et le Pakistan ont été les principaux pays de destination des migrants afghans lors de ces trois premières phases. La proximité géographique, les liens linguistiques et culturels étroits et les affinités religieuses (davantage sunnites au Pakistan et chiites en Iran) sont alors autant de raisons qui poussent les Afghans à émigrer vers l’Iran ou le Pakistan.

La quatrième phase de migration de l’Afghanistan a commencé en 2012, avant le retrait des troupes étrangères du pays, le passage du pouvoir aux forces de sécurité nationale et les crises dans les centres urbains, avec des taux de migration négatifs du fait que davantage d’Afghans quittaient le pays qu’il n’en revenait. Formant le deuxième plus grand groupe de migrants en Europe après les Syriens, les Afghans sont passés par la Turquie, la Grèce et les Balkans depuis 2014. En 2015 et 2016, près de 400 000 Afghans ont demandé l’asile en Europe. En 2018, ils sont 2,5 millions de réfugiés dans le monde. À ces chiffres officiels, il faut toutefois ajouter les nombreux sans-papiers qui ne disposent d’aucun document susceptible de permettre leur intégration au marché du travail, au système éducatif ou aux services de santé des pays d’accueil : en Iran, on estime par exemple à plus de 1,5 million le nombre d’Afghans vivant sans papiers, en marge des villes, dans un état de clandestinité économique et de réclusion sociale (2).

Héritière de ces mouvements de diastole et de systole, la diaspora afghane est estimée entre 4 millions et 6 millions d’individus. Si beaucoup résident au Pakistan et en Iran, l’année 2015, inaugurant la prétendue « crise de la migration » en Europe, a mis en lumière le sort de quelque 200 000 Afghans arrivés sur le Vieux Continent, la majorité d’entre eux déposant des demandes d’asile en Hongrie, en Suède et en Allemagne.

Enfin, en bordure de tous les centres urbains du pays, les déplacés internes ont fui la violence ou les désastres naturels, quitté leur village et leur province d’origine, pour s’installer en périphérie des villes – créant ainsi des poches de pauvreté à leurs portes, sorte de ghettos étanches, de véritables bombes à retardement humanitaires parfois au cœur même de Kaboul, Jalalabad, Koundouz ou Kandahar. Sans accès à l’eau potable, à l’électricité, à l’éducation, sans espoir, ni envie de retour, sans perspective d’intégration. Depuis 2012 seulement, plus d’un million de personnes ont ainsi été déplacées à l’intérieur du pays, leur nombre passant de 400 000 à 1,3 million en 2018 (3).

Quel contexte de (ré)intégration ?

Dix-huit ans après les accords de Bonn (décembre 2001), au terme desquels une nouvelle administration intérimaire a été établie, et à quasi mi-chemin de ce que l’on a appelé la « décennie de la transformation » de 2015 à 2024, censée apporter une transition maîtrisée vers de nouveaux partenariats de développement avec la communauté internationale, il faut cependant reconnaître que les dynamiques migratoires actuelles prennent place dans un contexte politique, sécuritaire et économique plus que jamais incertain. La diminution de l’aide internationale accompagnant le retrait des forces de sécurité à partir de 2014 a affaibli la demande et entraîné un ralentissement économique généralisé et durable. En 2018, 17 millions d’Afghans vivent dans la pauvreté, principalement en zones rurales, victimes d’un chômage et d’un sous-emploi endémiques. La croissance démographique (2,37 % en 2017) rapide du pays exerce par ailleurs une pression accrue sur la prestation de services et le nombre de jeunes entrant sur le marché du travail chaque année (environ 600 000) dépasse de loin les emplois disponibles. Le nombre d’hommes afghans âgés de 25 à 50 ans occupant un emploi à temps plein par rapport à la population est passé de 76 % en 2011-2012 à 67 % en 2016-2017. Comment, dès lors, peut-on envisager de réintégrer, dans un environnement socio-économique atone, les migrants de retour d’Europe ou des pays voisins ?

La sécurité en Afghanistan s’est considérablement détériorée ces dernières années sous l’effet de la concurrence entre factions antigouvernementales rivales et de la faiblesse de l’exécutif, dans toutes les régions du pays, y compris dans l’est, ainsi que dans les centres urbains et la capitale, où les talibans, mais aussi l’organisation de l’État islamique (EI ou Daech) ont pu s’installer. Les affrontements armés se multiplient, se rapprochant des zones peuplées, des villes, et ne se limitant plus à la montagne. Sur les 407 districts administratifs que compte le pays, le gouvernement afghan n’en contrôlait ainsi que 226 au 31 juillet 2018, soit 55,5 % du territoire, en retrait de 16 points par rapport à 2015. Et tandis qu’une partie reste ou passe sous le contrôle d’éléments antigouvernementaux, la Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (UNAMA) enregistre chaque année des chiffres sans précédent de victimes civiles d’attaques fomentées par Daech ou les factions talibanes, celles-ci passant de 2 412 morts et 3 557 blessés en 2009 à 3 804 et 7 189 en 2018 (4). Entre ces deux dates, le conflit a coûté la vie à 32 114 civils. Comment justifier, dans un tel contexte de violence généralisée, les politiques de retour volontaire ou involontaire de la part des pays européens ?

Politiquement, les pourparlers entre États-Unis et représentants des talibans à Doha (Qatar) en février-mars 2019 suscitent de nombreuses questions sur le sens de la paix telle qu’elle semble se dessiner ainsi que sur la pérennité des acquis en matière de Droits de l’homme, d’éducation, de réconciliation effective entre les différentes ethnies qui composent le pays. Les ennemis d’hier et d’avant-hier ont souvent redéfini les lignes de front, les alliances, et la batterie de principes qui les escortent. Cette fois pourtant, la démission politique collective face aux talibans pourrait enfermer le pays dans un isolement de plusieurs décennies. Face à ce désastre annoncé et vendu comme nécessaire par les gouvernements occidentaux, comment ne pas voir dans les dynamiques migratoires actuelles un simple prélude à des déplacements internes et à des migrations régionales et internationales de bien plus grande ampleur ? Dans un tel contexte, quelles ont été jusqu’à présent les réponses des gouvernements voisins (Pakistan, Iran) et occidentaux ?

Le retour volontaire ou l’expulsion

Dans la litanie des questions qui demeureront sans réponse à propos de l’Afghanistan contemporain apparaît une possible pierre de touche politique, juridique et éthique de toute campagne de retour – volontaire ou forcé : combien de ceux qui sont rentrés en Afghanistan figurent-ils dans la liste des victimes civiles de l’UNAMA ? En d’autres termes, combien d’existences déjà fragilisées ont été mises en danger par le retour ? Il n’existe aucune surveillance, aucun chiffre, dans un pays où les données abondent pourtant. Les victimes de « déportation », terme privilégié en langue anglaise pour nommer le retour forcé et défini comme « le déplacement physique d’une personne contre son gré du territoire d’un État à celui d’un autre » (5), ne font ainsi l’objet d’aucun suivi spécifique.

Sans doute faut-il y voir une conséquence directe de la « normalisation de l’expulsion » dans les démocraties contemporaines, normalisation qui peut conduire à des effets extrêmes, entraînant parfois la torture et la mort dans le cas de l’Afghanistan. C’est dans ce contexte que l’« Action conjointe pour le futur » entend faciliter le retour dans leur pays de près de 80 000 ressortissants afghans se trouvant dans les États membres de l’Union européenne (UE). Si les notions de solidarité et de collaboration sont mises en avant, par une partition claire entre les montants de l’aide allouée au développement et ceux consacrés aux programmes de retour volontaire ou forcé, il semble en réalité que l’« Action conjointe pour le futur » et les initiatives déjà mises en place soient un moyen de pression supplémentaire exercé par l’Europe : « Si l’Afghanistan ne coopère pas avec les pays de l’Union européenne dans le cadre de la crise des réfugiés, cela aura des conséquences négatives pour le montant de l’aide allouée à notre pays », avait déclaré en 2016 le ministre afghan des Finances, Eklil Ahmad Hakimi (2015-2018). Ensuite, au-delà de la normalisation de déportations depuis l’Europe, assimilables dans certains cas à un refoulement pur et simple, l’Afghanistan a vu la résurgence de l’« anormal », avec des renvois massifs de près de 3 millions de réfugiés du Pakistan en Afghanistan et les expulsions – chaque année – de près d’un demi-million de migrants d’Iran en Afghanistan.

Au-delà des questions juridiques ou éthiques que peuvent poser ces retours, il faut remettre en question leur efficacité politique. Les politiques actuelles ne font que déplacer le problème. L’état de préparation est en effet la clé d’une réintégration et d’un retour durables dans le pays d’origine. Or, dans les faits, les Afghans sont laissés seuls, démunis (6). L’expulsion n’est pas simplement un déplacement physique ou un simple événement administratif. C’est un processus construit dans la peur et présentant des risques élevés, qui commence bien avant la frontière avec des expériences traumatiques de détention, comme en Iran, puis par un enlèvement physique et l’incapacité – une fois de retour à Kaboul – de rentrer « chez soi » les mains vides. Dans ce contexte, alors que les mineurs non accompagnés sont disposés à recevoir de l’aide et à être « pris en charge », les réactions des femmes et des familles montrent que la peur se transforme en méfiance et en isolement. Le retour forcé est aussi une expérience de la privation et d’une exclusion socio-économique accrue, car les déportés ont des choix, des ressources et des réseaux encore réduits. Le retour volontaire ou forcé devient donc une remigration forcée, en raison d’une intégration souvent impossible et d’une stigmatisation sociale omniprésente. À l’échelle du ménage comme de l’individu, l’exclusion socio-économique, la détresse psychologique et le déclassement progressifs, ou la migration, sont les deux seules options.

La politisation des programmes de développement

L’une des hypothèses non remises en cause par les bailleurs internationaux finançant l’aide au développement en Afghanistan est le lien « entre programmes de formation et d’embauche, d’une part, et ancrage des jeunes dans leur pays, voire province, d’origine, d’autre part », selon l’Organisation internationale du travail (OIT). Le développement des capacités techniques, des qualifications professionnelles et le renforcement du marché du travail local permettraient de dissuader les jeunes Afghans d’opter pour la migration vers les pays de l’OCDE, en quête d’une vie meilleure. Dans cette logique, le président afghan, Ashraf Ghani (depuis 2014), a lancé en 2015 l’initiative « Jobs for Peace », un programme pour l’emploi conçu pour endiguer l’exode de jeunes Afghans vers l’Europe. À son tour, l’UE a annoncé en 2016, toujours dans le cadre de l’« Action conjointe pour le futur », se concentrer sur un « programme de lutte contre la migration irrégulière par l’amélioration de l’emploi » – soit le développement des compétences, la stimulation du marché du travail et la création d’emplois. Ces choix politiques et ces investissements massifs conduiront-ils aux résultats escomptés ?

Dans un rapport publié en 2018, l’analyse utilise 12 200 entretiens quantitatifs menés auprès d’échantillons de jeunes (15-34 ans) de six bases de données rassemblées par le centre de recherche Samuel Hall pour des organisations comme le Conseil danois pour les réfugiés (DRC), le Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC), Mercy Corps, la Banque mondiale ou l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) afin d’évaluer l’impact des programmes passés sur la tendance des jeunes à migrer ou remigrer (7). Les résultats convergent pour conclure que l’emploi et une intention accrue d’émigrer sont étroitement corrélés. Cela indique que, pour les jeunes, les avantages positifs réels des interventions de développement socio-économique pourraient ne pas être ceux que les praticiens et les décideurs politiques espèrent. Dans une perspective légèrement différente, une des six études portant sur les programmes d’assistance aux déplacés internes en zone urbaine et menée dans cinq centres urbains auprès de 2 000 ménages montrait une corrélation entre des indicateurs socio-économiques supérieurs et une intention accrue de migrer.

Quels sont au fond les déterminants de la migration ? Les études de Samuel Hall en identifient trois. D’abord une ou des expériences négatives en matière de sécurité, qu’il s’agisse de criminalité ou de terrorisme ; ensuite, des perspectives négatives ou une incapacité à se projeter dans un avenir porteur de sens et d’espoir ; enfin, un niveau socio-économique supérieur, car l’aspiration à l’ailleurs – sans même parler de la réalisation effective du projet migratoire – requiert un capital social et éducatif minimal. Cela signifie-t-il que les bailleurs européens doivent cesser de financer les programmes de création d’emplois, de formation, pour arriver à leurs fins politiques explicites – soit la réduction du nombre de migrants vers l’Europe sous un seuil jugé acceptable ? Répondre, sans cynisme ni angélisme, à cette question exige de repenser les termes du problème et la question elle-même.

L’Europe à l’épreuve du fait politique total

Si la question de la migration vers l’Iran et le Pakistan dépasse de bien loin les enjeux sociétaux et politiques présentés par les décideurs, opinions et médias européens, les drames individuels et les tragédies humaines restent en revanche identiques. On ne quitte pas son pays pour trouver un travail, on le quitte quand on est tenaillé par la peur, la crainte de la mort, l’absence de perspectives, et le rêve d’un ailleurs qui honore l’humanité en soi ; on le quitte surtout quand on peut se permettre de le faire, par l’accès à l’information, par l’entremise de réseaux économiques et par un tissu social suffisamment large pour tenter le pari absolu. Dans ce contexte, quel sens et quelles valeurs peut-on donner à l’aide au développement, en particulier européenne, en Afghanistan ? Comment redonner un poids effectif au vide des mots d’aujourd’hui qui peinent à masquer l’idéologie politique – maladroitement et inefficacement – à l’œuvre ? Une redéfinition du paradigme conceptuel qui non seulement guide les politiques et stratégies des gouvernements internationaux présents en Afghanistan, mais prévaut également dans les programmes de la plupart de leurs agences d’exécution est nécessaire. Les initiatives de stabilisation, de lutte contre la migration et contre l’extrémisme violent financés par USAID ou l’UE échouent tous – sans exception – parce qu’ils ne prennent pas la mesure de l’enjeu d’aujourd’hui et de demain.

Il s’agit en premier lieu de promouvoir des cadres d’action flexibles et de plus long terme (en particulier sur des questions telles que la migration) au lieu de s’abriter derrière le risque sécuritaire en Afghanistan ou les demandes populistes en Europe pour produire des programmes inefficaces et court-termistes. Le quick-and-dirty ne fonctionne pas en Afghanistan.

Il s’agit surtout de repenser les objectifs et les critères de réussite, sans chercher à développer pour dissuader, mais bien pour élargir la liberté et la capacité de choisir. Les recherches de Samuel Hall montrent qu’il est illusoire de prétendre influencer de manière substantielle les processus de décision – complexes, collectifs, non linéaires – liés à la migration en Afghanistan.

Ces analyses suggèrent également qu’il est nécessaire et possible d’améliorer l’intégration et le bien-être des jeunes – d’un point de vue social, économique ou psychosocial. Mais l’intégration ne doit pas être confondue avec un ancrage ou une dissuasion. Comme en témoigne une série de 50 discussions de groupe avec de jeunes Afghans à Kaboul, Mazar-e Charif, Hérat, Jalalabad, Koundouz, Kandahar, ainsi qu’en Iran, en Grèce et en Italie, pour compléter les analyses quantitatives, des participants se sont plaints d’un manque d’options. De nombreux jeunes se sentent impuissants et pris au piège de leur existence. Pour les intégrer dans les écosystèmes de demain – politiques, économiques, sociaux et culturels –, la question ne devrait pas être « Comment influencer les processus de décision et les choix des Afghans en matière de migration ? », mais plutôt « Comment accroître la capacité des jeunes Afghans – qu’ils soient candidats ou non à la migration vers les pays voisins ou l’Europe – à choisir leur vie en fonction d’un ensemble d’opportunités ou de libertés substantielles que les individus peuvent ou non exercer activement ? », par opposition à d’autres récits de bien-être axés sur des gains matériels à court terme, tels que des revenus ou des emplois. Le journaliste français Jean-Pierre Perrin rappelle qu’en Afghanistan, « les envahisseurs se succèdent à une cadence folle » : en 1220, 1370, 1526, 1713, 1738, 1837, 1842, 1879, 1919, 1979, et 2001 (8). Il est désormais temps de repenser les termes de la relation. Le prisme migratoire – fait politique total en Afghanistan – est sans aucun doute le plus pertinent pour y parvenir.

Réfugiés afghans en Iran et au Pakistan

Notes

(1) Au sens où Marcel Mauss décrit le don comme un fait social total, qui concerne tous les membres et institutions d’une société donnée, dit quelque chose sur tous ces membres et institutions et peut être étendu à tous les domaines sociaux (juridique, politique, économique, y compris matrimonial…) ; Essai sur le don : Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques, PUF, 2007.

(2) NRC et Samuel Hall, « Returning to what ? The challenges displaced Afghans face in securing durable solutions », 2018.

(3) IDMC, NRC et Samuel Hall, « Going “ home” to Displacement », 2017.

(4) UNAMA, « Afghanistan : Protection of Civilians in Armes Conflict, Annual Report 2018 », février 2019.

(5) Liza Schuster et Nassim Majidi, « What Happens Post-Deportation ? The Experience of Deported Afghans », in Migration Studies, 1 (2), 2013, p. 221-240.

(6) Nassim Majidi, « Afghanistan in 2017 : On the Receiving End of Forced Returns », Migration
Policy Institute, 2017.

(7) Samuel Hall, « Skills development, job creation, and migration intentions in Afghanistan and Somalia : Assessing the counterintuitive evidence », septembre 2018 ; « Youth migration intentions in Afghanistan and Somalia : rethinking decisions and aspirations », septembre 2018.

(8) Jean-Pierre Perrin, Le djihad contre le rêve d’Alexandre : En Afghanistan de 330 av. J.-C. à 2016, Seuil, 2017.

Légende de la photo : Enfants des rues au marché de Kaboul, en 2017.© Preethi Nallu

Article paru dans la revue Moyen-Orient n°42, « Afghanistan : blessures de guerres, espoirs de paix », juillet-septembre 2019.

À propos de l'auteur

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Nassim Majidi

Fondateur et directeur de Samuel Hall, centre de recherche sur les phénomènes migratoires ; chercheuse affiliée au Centre africain pour la migration et la société de l'université de Witwatersrand (Afrique du Sud) et au Feinstein International Centre de l'université de Tuffis (Etats-Unis).

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Hervé Nicolle

Fondateur et directeur de Samuel Hall, centre de recherche sur les phénomènes migratoires ; spécialisé sur l'Asie centrale et la Corne de l'Afrique ;

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