Manœuvres « Grand Prophète 9 » : Les capacités « anti-accès » de l’Iran et les missions de ses deux marines

Nouveau missile à changement de milieu

L’exercice « Grand Prophète 9 » voit aussi le tir d’une arme présentée comme nouvelle par le contre-amiral Ali Fadavi : un missile peut-être tiré depuis un sous-marin en plongée. Ali Fadavi se refuse à lever l’ambiguïté sur la plate-forme de lancement, mais insiste sur le caractère révolutionnaire du missile : « L’entrée en service de cette nouvelle arme joue un rôle déterminant dans le développement de notre puissance navale pour affronter les menaces qui pèsent sur la révolution islamique, en particulier venant du grand Satan américain. » Les images présentées montrent un missile qui paraît trop grand pour être lancé depuis le tube de 400 mm d’un petit sous-marin Ghadir. Il semble également peu probable que le missile ait pu être lancé depuis les petites vedettes semi-submersibles des Pasdaran, appartenant aux classes Kajami, Peykaap 1 et Gahjae et dont les tubes sont de 324 mm ou de 400 mm. Les Ghadir et le Fateh, comme les Kilo (tubes de 533 mm), sont subordonnés à la marine et non pas aux Gardiens de la révolution, ce qui soulève la question de la vraie plate-forme de lancement, voire d’une coopération entre la marine et les Pasdaran pour cette séquence de l’exercice « Grand Prophète 9 ». Quoi qu’il en soit, le nouveau complexe militaro-industriel iranien des Gardiens de la révolution travaille aussi bien pour la marine traditionnelle que pour celle des Pasdaran, ce qui n’exclut pas un tir à partir d’un sous-marin Kilo.

Nouveau missile de croisière dérivé du Kh‑55 (AS‑15 Kelt)

Huit jours après l’exercice « Grand Prophète 9 », le général Amir Ali Hajizadeh, commandant en chef de l’armée de terre des Gardiens de la révolution, dévoile le missile de croisière Soumar d’une portée de 3 000 km, capable d’atteindre Israël ou l’Europe orientale. L’arme est copiée sur le missile de croisière aéroporté soviétique Kh‑55 (AS‑15 Kelt) dont l’Iran aurait acquis douze exemplaires pour 49,5 millions de dollars. Une version modifiée du Kh‑55, le Rk‑55 Granat (SS‑N‑21 Sampson) est mise en œuvre par les sous-marins russes, la version stratégique étant retirée du service en respect des accords russo-américains. Avec l’entrée en service du Soumar, l’Iran se dote d’un armement sol-sol qui pourrait ultérieurement être modifié et embarqué sur des bâtiments de surface, l’adaptation sur un sous-marin paraissant peut-être trop ambitieuse.

Huit types de missiles antinavires

Outre quelques vieux Harpoon américains et 300 S chinois, les deux marines iraniennes semblent employer aujourd’hui six nouveaux types de missiles antinavires.

Le missile Noor (C‑802) est le plus commun. Il arme les frégates Alvand et Mowj, les corvettes Bayandor, les patrouilleurs Kaman de la marine régulière ainsi que les patrouilleurs Thondar des Gardiens de la révolution. Le missile Noor arme également les hélicoptères Mi‑17 de l’aéronavale des Gardiens de la révolution, les chasseurs-bombardiers F‑4 Phantom et probablement Su‑24 Fencer de l’armée de l’air. Le Noor‑1 est une copie du C‑801 chinois livré en 200 exemplaires au début des années 1990. Le missile vole à une altitude de croisière de 20 à 30 m avant de plonger à 5 à 7 m au-dessus des flots pour fondre sur sa cible. Il emporte deux autodirecteurs radar et infrarouge.

Sur le Noor‑2, le moteur de fusée est remplacé par un turbojet qui permet d’augmenter la portée jusqu’à 170 km . Le Noor‑2 ressemble au C‑802, mais ne serait pas identique. En phase terminale, le missile peut se cabrer pour plonger sur le pont de sa cible ; il effectue aussi des manœuvres évasives grâce à des algorithmes qui compliquent les contre-mesures. Rien ne prouverait que le missile ait été lancé depuis un avion. Il existerait un autre missile, d’une portée de 110 km, plus léger que le Noor et qui pourrait correspondre à la version aéroportée.

Après avoir dévoilé un missile Ghader en 2013, l’amiral Sayyari annonçait en avril 2014 que ses bâtiments recevaient un missile Ghadir dans des versions mer-mer et côtière. Le Ghader et le Ghadir semblent correspondre au même missile, bien qu’il existe une différence de portée qui pourrait indiquer deux versions. En révélant que le Ghadir était monté sur la corvette Bayandor, l’amiral Sayyari confirmait que le missile était lancé depuis le conteneur du Noor. En effet, les photographies montrent un capuchon protubérant qui permet d’intégrer ce missile plus long.

Plus gros missile iranien, le Ra’ad reprend l’enveloppe du HY‑2 Silkworm chinois, en lui ajoutant l’autodirecteur radar présent sur le Noor, qui permet un vol rasant, les mêmes manœuvres évasives et un cabrage ultime pour plonger sur la cible. Le Ra’ad semble propulsé par le moteur Tolou‑5.

Beaucoup plus léger, le missile Kowsar, inspiré par le C‑701 chinois, est destiné à engager des bateaux d’environ 200 t grâce à une charge de 29 kg d’explosif antiblindage. Le guidage final est télévisuel ou infrarouge, ce qui oblige l’opérateur à s’exposer pour guider le missile jusqu’à l’impact. Le C‑701 peut être lancé depuis des plates-formes terrestres et navales – camions et patrouilleurs IPS‑16 – des Gardiens de la révolution. Le C‑701 serait le missile que le Hezbollah aurait employé contre la corvette israélienne Hanit.

Le Kowsar‑2 est similaire, mais le guidage terminal se fait par un autodirecteur radar actif qui permet à l’opérateur et à la plate-forme de lancement de se dérober avant l’impact. Révélé en septembre 2013, le Nasr‑1 serait une version du C‑704 chinois. La défense côtière comprendrait trois brigades subordonnées à la marine et une brigade dépendant des Gardiens de la révolution. Elle compterait plus d’une centaine de Noor et Ghader/Ghadir, et plusieurs centaines de Seersucker et Ra’ad répartis sur quatre sites.

Certaines informations indiquent que la milice Hezbollah chiite libanaise aurait pris possession de batteries de missiles antinavires supersoniques russes Yakhont livrés à la Syrie. Si l’information est vérifiée, l’Iran pourrait recevoir un ou plusieurs Yakhont dont la technologie serait aussitôt exploitée (5).

Les vedettes des Gardiens de la révolution

Les Gardiens de la révolution mettent en œuvre au moins 25 classes de vedettes et embarcations rapides comprenant plusieurs centaines d’unités. La plupart d’entre elles semblent avoir participé à l’exercice « Grand Prophète 9 ». Les données suivantes sont très approximatives.

Les classes les plus puissantes comprennent les dix patrouilleurs lance-missiles chinois Houdong/Thondar armés de Noor (C-802) et quatre séries de vedettes nord-coréennes – dont une ou deux submersibles ou semi-submersibles –, deux lance-missiles (30 Peykaap II, 15 Peykaap III), deux lance-torpilles à remontée de sillage (17 Peykaap I/IPS‑16 et au moins 10 IPS‑18 Tir) et deux lance-torpilles légères (3 Kajami et 3 Gahjae). Livrées par la Corée du Nord, les Kajami et Gahjae (7 t, 15 m) approchent une cible à une vitesse de 50 nœuds avant de plonger à environ 3 m pour lancer deux torpilles.

Les catamarans Tarlan (15 unités) seraient armés, eux, du missile sous-marin Shkval d’origine russe que l’Iran paraît produire localement sous le nom de Hoot. Les C‑14 (12 unités ; 17 t) sont armés du missile C‑705 Nasr, tout comme les catamarans Kashdom III/IV ou Bahman IV (quelques unités ; 17 t) qui succèdent aux Kashdom I/II (15 unités ; 17 t), aux Boghammar d’origine suédoise (20 unités ; 7 t) armés d’un lance-roquettes multiples et aux Pashe/MIG‑G‑1900 (10 unités ; 30 t) armés de deux canons bitubes de 23 mm.

Les Gardiens de la révolution déploient en outre une centaine de canots mouilleurs de mines Ashura dérivés des Boston Whaler (1 t), au moins six classes de vedettes (classe Murce, types 2 à 6) armées de mitrailleuses ou de mines, une cinquantaine de petits trimarans Bladerunner (armés de lance-roquettes multiples) et une série de catamarans de 13 m armés de canons bitubes de 23 mm.

Conçu il y a cinquante ans par le bureau d’études no 24 fusionné dans l’institut de recherche d’hydromécanique appliquée de Kiev, le Shkval aurait été déployé par la marine soviétique comme une contre-mesure nucléaire contre une torpille dont le départ vient d’être détecté. L’arme commercialisée aujourd’hui par la Russie et copiée par l’Iran est à charge conventionnelle. Lancé depuis un tube lance-torpilles de 533 mm à une vitesse initiale de 50 nœuds, le Shkval allume alors son moteur de fusée alimenté par une combinaison de peroxyde d’hydrogène (1 500 kg) et de kérosène (500 kg) pour atteindre une vitesse de 95 m/s grâce à la constitution d’une bulle gazeuse par effet de supercavitation autour de la torpille. Sa portée serait de 10 500 m. Le 6 mai 2014, le commandant en chef de la marine des Gardiens de la révolution confirmait que la version iranienne du Shkval, désignée Hoot, était en dotation dans ses forces. Le Hoot aurait effectué des essais le 5 février 2004 dans le Golfe, au large de Jask. Un contrat de production aurait été signé le 3 avril 2008 entre la branche de recherche et développement des Gardiens de la révolution et trois groupements de l’industrie de défense iranienne (6).

Le programme ambitieux de la marine régulière

Le programme emblématique de la marine régulière concerne les cinq « destroyers » (d’escorte) Mowj qui reproduisent les Alvand du chantier anglais Vosper, bientôt cinquantenaires. À Bandar Abbas, l’entreprise Shahid Darvishi Shipbuilding Concern réalise le prototype Jamaran (1 420 t), entré en service en février 2010. Excepté pour ses missiles antinavires Noor dérivés d’engins chinois, le bâtiment est armé de copies iraniennes des principaux systèmes d’armes occidentaux achetés par la marine du Shah avant sa chute : canons navals de 76 mm (alias Oto Melara) – substitués à la tourelle de 114 mm – et Fath de 40 mm L70 (alias Bofors), missiles antiaériens Sayyad‑2, la version iranienne du RIM‑66 (SM‑1) américain (7). Innovation plus nationale, le Jamaran reçoit en 2014 le premier radar tridimensionnel iranien, l’ASR 3D, en remplacement du radar anglais (Iris 76) Plessey AWS‑1 2D des Alvand. L’ASR serait capable de détecter jusqu’à 100 cibles à 200 km. Autre différence, une propulsion diesel – au lieu des turbines à gaz. Lancé en 2013 par le chantier Shahid Tamjidi Marine Industries de Bandar e‑Anzali, sur la mer Caspienne, et en essai depuis l’été 2014, le Damavand, deuxième Mowj (8), serait encore plus performant grâce à une coopération réussie entre des PME et l’industrie militaire.

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