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Vers la fin du 5,56 mm ?

Du côté de la M‑249 SAW, un autre appel d’offres a été émis en juin dernier au sujet de la Next Generation Squad Automatic Rifle (NGSAR) destinée aux brigade combat teams de l’US Army. Le cahier des charges stipule que cette nouvelle arme devra être aussi maniable et précise qu’une carabine, afin d’être parfaitement adaptée au combat urbain, tout en offrant la puissance de feu et la portée d’une mitrailleuse légère. Ce concept fait immédiatement penser à la Stoner M‑63 utilisée par les SEAL au Vietnam. Il est attendu que la NGSAR puisse recevoir bloc laser, poignée tactique, lampe torche, optiques grossissantes diurnes comme nocturnes et organes de visée mécaniques de secours. Elle devra également être compatible avec le Small Arms Fire Control System, une conduite de tir encore en développement à destination des tireurs d’élite. Avec la NGSAR, l’US Army veut pouvoir traiter des cibles fixes ou mouvantes au moins jusqu’à 600 m et, dans l’idéal, jusqu’à 1 200 m.

Le M‑27 IAR de l’USMC

En service depuis 2010 au sein des compagnies d’infanterie du Corps des Marines, le M‑27 IAR n’a pas totalement remplacé la M‑249, qui est encore présente dans les sections d’appui et largement employée par celles de combat lors des patrouilles en opérations. Initialement, l’idée était de réduire le volume de feu par une précision accrue des tirs d’appui, rendue possible par l’extrême qualité du canon de 16,5 pouces en acier forgé à froid de cette variante du HK416, par ailleurs dotée d’un sélecteur de tir limitant les rafales à trois coups.

L’efficacité du M‑27 a tout de suite été remarquée dans l’USMC, au sein duquel l’idée d’en équiper tout le Corps a rapidement fait son chemin : fin 2016, l’institution a entamé des tests avec un bataillon expérimental, le 3/5 Marines, exclusivement doté de M‑27 IAR lors d’une campagne de tir de 28 jours au centre d’entraînement de Twenty Nine Palms. Cet exercice, et d’autres observations menées lors de déploiements en cours, devaient permettre de déterminer s’il était pertinent d’adopter le M‑27 comme arme de dotation de l’US Marine Corps à la place du M‑4A1, qui lui-même avait remplacé le M‑16A4 au terme d’une longue période durant laquelle sa dotation était limitée aux officiers, sous-­officiers et spécialistes (EOD et Naval Corpsmen, entre autres). En février 2017, l’USMC émettait même une request for information portant sur l’acquisition de 11 000 exemplaires du M‑27.

Le prix unitaire de cette arme, avoisinant 3 000 dollars (sans optique ni accessoires), soit trois fois celui d’un M‑4A1, est l’un des principaux freins à ce choix de modernisation. L’autre difficulté, de taille, réside dans son sélecteur de tir qui ne permet pas le tir en rafales libres : l’US Army avait connu le même problème avec le M‑4, doté d’un sélecteur similaire, et l’avait résolu avec le M‑4A1, modifié dans ce sens. Pour autant, les études qui avaient conduit à l’acquisition du M‑27 concernaient les combats menés en Afghanistan et avaient démontré que les talibans engageaient les forces occidentales de préférence avec des mitrailleuses PKM leur permettant de frapper au-delà de la portée maximale des M‑4A1 et M‑16A4 afin de conserver l’avantage. Seules les patrouilles disposant d’une M‑240, d’un Squad Designated Marksman (SDM) ou d’un binôme de snipers avaient une chance de riposter efficacement. Jusqu’à l’arrivée du M‑27, qui permet d’engager facilement des cibles jusqu’à 600 m, une distance jusqu’alors réservée aux mitrailleurs et aux SDM équipés de fusils Mk12 en 5,56 mm.

Toutefois, la conception du HK416, duquel le M‑27 hérite directement, est optimisée pour des longueurs de canon plus courtes (10,5 ou 14,5 pouces) et son circuit d’emprunt des gaz n’est pas le plus efficace en rafale avec un canon de 16,5 pouces, causant une usure prématurée de la culasse. D’autre part, le concept date du début des années 2000 et de nouvelles technologies en développement pourraient donner naissance à une arme aussi performante pour des coûts inférieurs, et avec un poids total moindre. En mai 2017, l’USMC annonçait sa décision de doter ses SDM d’une version du M‑27 équipée d’optiques de grossissement 3‑9 fois à partir de 2018. En attendant, le Marine Corps Warfighting Laboratory poursuit ses études au niveau du groupe de combat.

Une mitrailleuse en .338 Norma Magnum

Les armes d’appui connaissent également une période de modernisation : après l’adoption de la mitrailleuse lourde M‑2A1 par l’USMC, celui-ci a, ainsi que l’USSOCOM, sollicité les industriels en avril dernier afin de déterminer les coûts et les possibilités d’acquisition d’une mitrailleuse moyenne chambrée en .338 Norma Magnum, un calibre intermédiaire situé entre le 7,62 mm OTAN et le .50 BMG : dérivé du .338 Lapua Magnum (8,60 × 69 mm) cher aux snipers, le .338 Norma Magnum (8,60 × 63 mm) est plus léger et permettrait de surclasser à la fois les deux calibres précités à des distances supérieures, avec une portée pratique dépassant largement 1 800 m. La future mitrailleuse, baptisée Lightweight Medium Machinegun (LWMMG), doit peser moins de 12 kg à vide, avec une cadence de tir  de 500 à 600 coups/min et un canon de 24 pouces interchangeable rapidement et sans outil, sur lequel pourrait être fixé un modérateur de son. Alimentée par bande de cartouches comme l’est l’actuelle M‑240L en 7,62 mm OTAN, elle viendrait remplacer cette dernière, montée principalement sur les véhicules et sur les embarcations légères armées, tout en étant plus facilement utilisable en combat débarqué que la M‑2HB en calibre .50, très lourde et peu mobile sur trépied, et offrant une gamme d’aides à la visée très restreinte par rapport aux mitrailleuses légères. Le cahier des charges des Marines et des forces spéciales indique une portée pratique suffisante pour engager des cibles matérielles et des véhicules jusqu’à 2 000 m.

Article paru dans la revue DSI n°131, « Le complexe militaro-industriel », septembre-octobre 2017.

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