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Le retour du combat naval et le problème de l’engagement en premier

Le plan Mercator (24), qui fixe le cap de la Marine nationale pour le monde qui vient, a fait très justement de la formule « une marine de combat » l’un de ses points cardinaux. Une marine de combat, certes. Y accoler l’adjectif « naval » doit désormais nous inciter à nous réapproprier les spécificités de cette conflictualité.

Une version simplifiée du modèle de la salve

Notes

(1) Dans ce domaine, parmi les publications récentes et faciles d’accès, voir par exemple : Martin Motte, Georges-Henri Soutou, Jérôme de Lespinois et Olivier Zajec, La mesure de la force – Traité de stratégie de l’École de guerre, Tallandier, 2018.

(2) Le dernier auteur français d’envergure ayant traité spécifiquement de tactique navale est Gabriel Darrieus (1859-1931). Les auteurs plus récents, aussi brillants soient-ils (Castex, Barjot, Labouérie, Coutau-Bégarie…) tiennent avant tout des propos d’ordre stratégique.

(3) Wayne Hughes et Robert Girrier, Fleet Tactics and Naval Operations, 3e éd., Naval Institute Press, Annapolis, 2018.

(4) Par exemple : Michel Yakovleff, Tactique théorique, Economica, Paris, 2006.

(5) Ce qui n’a pas toujours été le cas, et le sera vraisemblablement de moins en moins : au cours de l’histoire, les combats navals ont été de plus en plus destructeurs de matériels, pas d’hommes. La dronisation à l’œuvre accentuera cette tendance.

(6) Une analyse étonnante a vu dans la mésaventure du croiseur argentin une rupture liée à l’emploi du sous-­marin nucléaire d’attaque et dans celle du Sheffield une obsolescence des navires de surface face aux attaques aériennes.

(7) Précisons ici pour éviter toute mauvaise interprétation que la tactique navale ne saurait toutefois se réduire au seul principe de l’offensive : les forces et les opérations défensives font partie, à juste titre, des plans opérationnels !

(8) Wayne Hughes et Robert Girrier, Fleet Tactics and Naval Operations , op. cit., p. 30.

(9) Ce point évoluera à partir de 1943 lorsque le pouvoir défensif des porte-­avions américains sera devenu très nettement supérieur au pouvoir offensif de bombardiers japonais. D’où, notamment, le développement de la tactique des kamikazes par les Japonais. À titre d’illustration, en 1944, sur les 15 porte-­avions sous les ordres de l’amiral Spruance, les deux tiers des avions sont dans des configurations de Combat Air Patrol à vocation défensive.

(10) La dialectique des forces ne repose plus sur leur répartition géométrique, mais sur leur capacité à créer du préavis de détection. De fait, la manœuvre des plates-­formes est donc moins centrale.

(11) La portée d’une arme à prendre en compte est la portée « productive » ou « efficace ». Pour une force navale, la portée qui compte est celle à laquelle suffisamment d’armes peuvent être pointées pour frapper avec l’efficacité requise.

(12) Sur ce point, Wayne P. Hughes considère d’ailleurs qu’envoyer un bâtiment cher et très évolué pour mener une action sous menace en zone littorale est une hérésie.

(13) Voir par exemple le numéro de juillet 2015 de la revue Proceedings consacré à ce sujet.

(14) J. Michael Dahm, « Information Warfare: Integrate to dominate », Proceedings, vol. 143, no 1367, janvier 2017.

(15) Schématiquement, à l’ère du missile, une force aux défenses intrinsèquement faibles aura intérêt à se disperser pour maximiser ses chances de détecter l’ennemi en premier et ainsi l’engager en premier, cette exigence étant alors vitale pour la force en infériorité qui n’a aucune marge de manœuvre pour encaisser les coups. Si cette même force ne peut espérer engager en premier, elle a alors plutôt intérêt à se masser pour se défendre. Enfin, si même le regroupement pour la défense n’est pas estimé efficace, cette force devra alors éviter toute attaque de l’ennemi, en se dispersant, dans une logique d’évasion et de survie, en cherchant lorsque cela est possible à éroder la force adverse.

(16) Thomas Rowden, Peter Gumataotao et Peter Fanta, « Distributed Lethality », Proceedings, vol. 141, no 1343, janvier 2015.

(17) Engager en premier ne veut pas nécessairement dire engager au plus tôt ou en limite de portée : selon le contexte, il tout à fait possible d’engager en premier en tirant à distance minimale.

(18) Pour reprendre les mots de Gérard Chaliand évoquant les attentats terroristes comme prix dérisoire payé par l’Occident pour sa domination sans partage.

(19) USS Mason, octobre 2016.

(20) UAE Swift, octobre 2016.

(21) Frégate Al-Madinah, janvier 2017.

(22) Voir par exemple François-Olivier Corman, « Comment préserver notre liberté d’action littorale ? », Revue Défense Nationale, no 805, décembre 2017.

(23) Déclaration de Vladimir Poutine au forum de Valdaï en 2015.

(24) https://www.defense.gouv.fr/content/download/541495/9282099/PLAN-MERCATOR–.pdf.

Légende de la photo en première page : le Charles de Gaulle et le LHD américain USS Boxer. Dans nombre de marines, le « coup de poing » antinavire est fourni par les capacités sous-marines et aéronavales. (© US Navy) 

Article paru dans la revue DSI hors-série n°67, « Armées françaises : Quelles forces pour demain ? », août-septembre 2019.

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