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L’Afrique, terre de drones ?

Des « puissances-drones » secondaires aux flottes modestes

Le Nigeria a compris la valeur des drones militaires, tant pour des missions ISR que pour des missions d’attaque. Ils pallient dans une certaine mesure les déficiences de l’aviation quant aux capacités en matière de frappes de précision, ils coûtent moins cher (formation des personnels, entretien, coût des heures de vol) et peuvent être utilisés lors d’actions où la perte d’un pilote serait catastrophique, aussi bien humainement que politiquement. Dans l’urgence face à Boko Haram, Abuja a obtenu cinq CH‑3 chinois en 2014, avec des bombes guidées YC‑200 et des missiles air-sol AR‑1. Le premier raid connu est mené en février 2016. Les témoignages officieux sur l’efficacité des CH‑3 sont mitigés, ce qui conduit Abuja à se tourner de manière feutrée (10) vers d’autres solutions. Il est question de l’achat de Yabhon Flash‑20 en 2016, mais, à ce jour, la commande n’a pas été confirmée en source ouverte. En mars 2018, les premiers opérateurs formés localement sont diplômés et en 2019, les CH‑3 sont toujours en service. Nouvelle hypothèse : si l’acquisition de Yabhon Flash‑20 n’aboutit pas, l’achat de CH‑4 (dans sa version armée et dans sa version ISR) serait un choix logique dans le futur.

Le pays se tourne aussi vers ses capacités nationales, avec pour avantage des dépenses réduites, et se lance dans la conception du Gulma. Toutefois, il ne s’agit que d’un démonstrateur technologique qui n’est pas engagé contre Boko Haram. Le Tsaigumi suit, conçu en collaboration avec la société portugaise UAVision dans le cadre d’un accord signé en 2016. Il entre en service en janvier 2018. Source de fierté légitime pour Abuja, il reste cependant un drone tactique de classe I : son poids maximum au décollage est de 80 kg et son endurance d’une dizaine d’heures. Il est destiné à l’observation. Plus ambitieux, un programme de drone d’attaque est en cours. S’il est mené à terme, l’Ichoku deviendra le premier UCAV (11) africain opérationnel. Néanmoins, la route est encore longue et difficile. Le pays possède également des Aerostar achetés à Israël entre 2006 et 2007. Alors qu’ils n’étaient plus opérationnels depuis 2015, au moins deux ont été remis en état de vol en juillet 2017 et utilisés pour l’entraînement. L’armée de terre dispose quant à elle de quelques minidrones DJI (12) Phantom‑4, « jumelles déportées (13) » pour les unités au sol.

L’Éthiopie et la Zambie (14) sont elles aussi devenues des « puissances-drones » en faisant l’acquisition de CH‑4. De l’Égypte à la Zambie, ce drone satisfait globalement ses utilisateurs, avec un atout pour la vente : il bénéficie du label « combat proven ». Grâce à lui, l’aviation irakienne a remporté de nombreux succès dans sa campagne contre l’État islamique. Le Kenya est également intéressé par des UAV/UCAV chinois après avoir en principe obtenu des Scan Eagle. Plus modestement, d’autres États d’Afrique recourent aux drones. Depuis 2015, les forces camerounaises, et en particulier les BIR, utilisent des drones de contact. Ces petits aéronefs à voilure tournante sont de simples modèles commerciaux. Yaoundé aurait aussi acquis un drone Orbiter et des Scan Eagle. Quant aux pays du G5 Sahel, ils ont un retard considérable en matière de drones, même si la volonté de doter la Force conjointe d’UAS existe dans la logique de développer les capacités de renseignement.

En Somalie, la police dispose de cinq drones de contact offerts en 2017 par un ex-membre du renseignement américain (Brett Velicovich). D’origine chinoise, ils reprennent des éléments des drones commerciaux Mavic et Inspire. D’après les Shebab, en janvier 2018, les forces somaliennes ont engagé des drones lors de l’attaque d’une école djihadiste où étaient retenus des enfants (32 seront libérés). Aucune information n’ayant été donnée par les autorités somaliennes, ces drones pouvaient être ceux de la police, à moins que l’armée en aligne également. Le Soudan possède des drones d’origine iranienne Ababil‑3 et Mojaher qui ont servi (et servent) au-­dessus des zones de conflit dans le pays. Au Soudan du Sud, un système de surveillance a été installé dans Juba, afin de lutter contre le banditisme et accessoirement pour contre l’opposition rebelle. Opérationnel depuis 2017, il intègre notamment deux drones.

Paradoxalement, alors que l’Afrique du Sud est un acteur historique en matière de drones militaires, son poids sur le marché a grandement décru après la fin de l’apartheid. Actuellement, le pays tente de regagner de cette importance, mais la démarche est compliquée par les difficultés de son industrie d’armement. Dans les années 1990, après la dissolution du 10 Squadron chargé de la mise en œuvre des drones, la poignée d’aéronefs passe sous le contrôle du renseignement militaire avant la réactivation de ladite unité courant 2016. Cette décision fait suite à la commande de Seeker 400 en 2015. D’un poids d’environ 450 kg pour une endurance de 16 heures, ce drone est destiné aux missions ISR, au repérage au profit de l’artillerie ou encore à la surveillance maritime. Une variante armée a été développée, le Snyper, capable de délivrer quatre missiles air-sol Impi‑S ou des bombes à guidage GPS. Le Seeker 400 a de nombreuses qualités, mais il reste un drone de classe I et l’Afrique du Sud manque grandement d’un UAS de classe III qui correspondrait à ses ambitions en matière d’architecture africaine de paix et de sécurité (15). Avant cela, des classe III faciliteraient la surveillance des frontières du pays. Le recours aux UAV pour cette tâche est d’ailleurs préconisé par le Council for Scientific and Industrial Research (16). Cet organisme travaille ainsi à la recherche et au développement du Long Endurance Modular UAV (LEMU). Mais là encore, il ne s’agit que d’un drone de classe I, d’un poids maximum de 65 kg pour une endurance de seulement 8 heures (17).

Les minidrones et l’Afrique

Les minidrones commerciaux sont aujourd’hui très présents sur le continent africain, dans les domaines civil et militaire. Dans ce cas, ils ont un rôle de jumelles déportées (comme au sein des forces camerounaises et nigérianes). Leur mise en œuvre n’exige qu’un minimum de formation, ils sont précieux pour renseigner rapidement et facilement à l’échelon de l’unité tactique (section/peloton, compagnie), voire subtactique (groupe de combat) et ils représentent une plus grande efficacité pour les unités qui les utilisent et une économie en vies humaines. Là encore, la Chine occupe une place importante avec ses appareils variés et peu chers.

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