Penser les opérations. Guerres mosaïques et opérations complexes

Parmi les puissances extérieures, les meilleurs résultats ont été obtenus par celles qui avaient un objectif unique et clair : assurer la victoire du régime d’Assad, comme l’Iran et la Russie, ou empêcher le développement de moyens d’attaquer son territoire, comme Israël. La seconde condition de réussite a été l’engagement de moyens et une prise de risques en accord avec cet objectif. Israël « punit » par des frappes aériennes les acteurs qui n’ont pas le comportement qu’il souhaite et franchissent les lignes rouges qu’il a fixées. Cela influe peu cependant sur le cours des événements internes.

La rupture locale a eu lieu avec l’intervention du corps expéditionnaire russe en septembre 2015 qui a permis au camp d’Assad d’atteindre la masse critique suffisante pour s’imposer. En sériant les ennemis du plus près au plus loin, cette nouvelle coalition a réduit les situations locales à des problèmes compliqués où le rapport de forces favorable joint à la possibilité de sorties négociées pour l’adversaire a permis à chaque fois de l’emporter. Chaque victoire a ensuite renforcé encore le rapport de forces favorable et découragé progressivement les adversaires. Bien entendu, tout cela a eu un coût, plus d’une centaine de soldats ou mercenaires russes tués à ce jour, mais c’était un coût assumé pour l’atteinte d’un objectif jugé important pour les intérêts et la sécurité de la Russie (2).

Pendant ce temps, les autres acteurs extérieurs occidentaux, turcs ou arabes, officiellement associés ont combiné des objectifs différents et parfois opposés : renverser Assad, détruire l’État islamique, promouvoir les groupes salafistes ou les Frères musulmans, empêcher la constitution d’une entité politique kurde en Syrie ou au contraire la protéger. Les moyens et les risques pris, enfin, n’ont pas été en accord avec les objectifs. Une bonne stratégie, quel que soit le degré de complexité d’une opération, consiste toujours en la bonne combinaison entre un objectif, des moyens et des modes d’action. La différence est qu’entre les moyens et l’objectif, il n’y a qu’une voie possible dans les opérations simples, qu’il faut choisir la bonne dans les compliquées et qu’il faut en construire une à force de volonté et d’intelligence dans les complexes.

Notes

(1) Pour une bonne description du modèle Cynefin, voir Cynthia F. Kurtz et David J. Snowden, « The new dynamics of strategy : Sense-making in a complex and complicated world », IBM Systems Journal, vol. 42, no 3, 2003.

(2) Voir Michel Goya, « La Russie en Syrie : un succès pour Moscou », Défense & sécurité internationale, no 132, novembre-décembre 2017.

Légende de la photo en première page : Troupes françaises engagées dans l’opération « Sangaris », en décembre 2013. La complexité de la situation sur place aura une incidence directe sur la durée de la mission. (© VOA)

Article paru dans la revue DSI n°142, « La guerre des perceptions : tromper l’ennemi pour vaincre », juillet-août 2019.

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