Magazine Les Grands Dossiers de Diplomatie

Sécurité maritime : un enjeu stratégique croissant pour les États

L’Asie est à bien des égards un laboratoire pour la sécurité maritime et la liberté des mers, et ce qui s’y joue a une répercussion qui va au-delà de la région, fût-elle aussi vaste que le concept Indo-Pacifique tend à nous l’enseigner. Il y a clairement une remise en cause du droit et des normes internationales, avec du côté chinois une politique dite du « fait accompli ». On assiste ainsi à un net accroissement des tensions interétatiques mêlant indistinctement, à l’initiative chinoise, marines de guerre, garde-côtes et flottes de pêche constituées en milices maritimes et adoptant une posture très agressive.

En mer de Chine du Sud, l’expansion maritime chinoise et le phénomène de poldérisation massive entrepris par Pékin dans les Paracels et les Spratleys illustrent une tendance globale à la territorialisation des mers, avec la remise en cause, ou du moins une relecture particulière, de la Convention de Montego Bay, communément perçue comme la « Constitution de la mer » signée en 1982. Constatant que la possession de zone économique exclusive (ZEE) est un gage de puissance politico-militaire et économique pour un État [voir l’analyse de D. Robin p. 32], la Chine, mettant en avant des droits historiques, construit des îles artificielles dans l’espace ainsi revendiqué et entend s’octroyer les 200 milles nautiques de ZEE attenante. Par ailleurs, elle conteste le droit de passage inoffensif des bâtiments de guerre dans ces ZEE. Cette attitude, qui aboutit à limiter la liberté de navigation maritime et de survol aérien, se traduit également par des restrictions sur les droits de pêche ou d’exploitation des ressources énergétiques des pays riverains, dont les Philippines ou le Vietnam font régulièrement les frais.

En mer de Chine de l’Est, le Japon dénonce régulièrement des « situations de zone grise » (grey zone situations) et des menaces hybrides, c’est-à-dire des tensions, ne relevant ni du temps de paix, ni du temps de guerre, et qui ont trait à la souveraineté et aux intérêts économiques maritimes. Tokyo fait ainsi référence aux incursions maritimes chinoises dans les eaux contiguës et territoriales des îles Senkaku, revendiquées par Pékin sous le nom d’îles Diaoyu.

L’attitude chinoise a conduit plusieurs puissances maritimes, dont le Japon, les États-Unis, l’Inde, l’Australie et la France, à faire de l’objectif de la liberté de navigation et de l’accès libre et ouvert aux lignes de communication maritimes un enjeu prioritaire de leur stratégie de défense et à mettre en avant une vision indo-pacifique des relations stratégiques internationales (1). Il reste à promouvoir un usage inclusif et coopératif de cette vision, afin de la faire partager par l’ensemble des acteurs de la région préoccupés par la montée de l’insécurité maritime, quelle qu’en soit la cause.

En partenariat avec l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire.

Propos recueillis par Thomas Delage le 28/01/2020

Note

(1) Pour aller plus loin sur ce sujet, lire Les Grands Dossiers de Diplomatie no 53, « Indo-Pacifique, géopolitique d’un nouveau théâtre d’influence ? », octobre-novembre 2019.

Légende de la photo en première page : le 8 novembre 2019, dans le golfe d’Oman, un soldat américain affecté aux forces de patrouille des gardes-côtes américains, donne une formation sur les mouvements tactiques d’équipe aux marins de la Royal Navy d’Oman, dans le cadre d’un exercice d’embarquement, fouille et saisie à bord pendant l’exercice maritime international « IMX19 ». Ce dernier, qui rassemblait plusieurs nations, a été conçu pour faciliter le partage de connaissances et d’expériences face à tout l’éventail des menaces maritimes, mais aussi afin de démontrer la détermination mondiale à maintenir la sécurité, la liberté de navigation et la libre circulation du commerce, du canal de Suez au détroit d’Ormuz. (© US Navy/Michael H. Lehman)

Article paru dans la revue Les Grands Dossiers de Diplomatie n°55, « Géopolitique des mers et des océans »,  Février-Mars 2020.

À propos de l'auteur

Marianne Peron-Doise

Marianne Peron-Doise

Capitaine de frégate, chercheur Asie du Nord et chargée du programme « Sécurité et stratégie maritime internationale » à l’Institut de Recherche Stratégique de l’École Militaire (IRSEM). Ses domaines d'expertises sont la zone Asie-Pacifique, l'Asie du Nord-Est, les questions maritimes liées à l'ASEAN et l'océan Indien.

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