Microdrones : l’exemple du NX70

En octobre 2018, la DGA émettait une requête d’acquisition en urgence opération pour une flotte de microdrones destinés aux opérations extérieures de l’armée de Terre. Moins d’un an plus tard, la PME aixoise Novadem avait terminé la livraison des 27 systèmes NX70 Block 2 et les premiers retours d’expérience (RETEX) arrivaient déjà du théâtre malien.

Employant une douzaine de personnes, la société Novadem a été fondée à Aix-en-Provence en 2006 avec la volonté affichée de développer des systèmes de drones conçus dès le départ comme des outils modulaires pouvant être intégrés aux équipements standards des forces armées et de sécurité. Après avoir livré une vingtaine de NX70 à la Gendarmerie nationale, c’est désormais à l’armée de Terre qu’elle fournit plus de cinquante exemplaires de NX70, cette fois-ci au standard Block 2. De quoi offrir, à l’échelle de la section, des capacités de renseignement jusqu’ici apportées uniquement par des minidrones bien plus lourds et plus complexes à opérer.

Une gamme de microdrones SPÉCIALISÉS

Durant ses trois premières années d’activité, Novadem se consacre principalement à la R&D, les efforts portant autant sur les véhicules aériens que sur les solutions logicielles. Dès 2009, l’entreprise dispose ainsi de deux gammes de produits spécialisés :

• l’U130, un drone de 3 kg destiné aux missions de topographie ou d’inspection d’ouvrages d’art qui intéresse particulièrement des clients industriels, mais également des services de secours ;

• pour les clients des secteurs de la défense et de la sécurité, le NX110 de 2 kg et 20 minutes d’autonomie, avec des charges utiles modulaires optimisées pour les missions DRI (Détection/Reconnaissance/Identification) de jour comme de nuit.

Plus récemment, elle y a ajouté le NX70, un drone compact de 1 kg qui, dans les faits, représente aujourd’hui la quasi-totalité de l’offre sécurité et défense de Novadem. Bien qu’il soit plus léger, le NX70 dispose de performances opérationnelles supérieures à celles de son aîné.

NX70, le nouveau best-seller de Novadem

Plus facile à mettre en œuvre, le NX70 dispose d’une autonomie – inédite sur ce segment de marché – de 45 minutes, d’un rayon d’action étendu et d’un ensemble de trois caméras jour/nuit. Il est conçu pour opérer en extérieur jusqu’à 5 km de sa station au sol, y compris sous pluie fine et avec des vents de 65 km/h. Le NX70 est proposé avec diverses options, une nacelle permettant d’emporter environ 300 g de charges en plus du module caméra. Différents modules peuvent être ajoutés, notamment :

• médikits ;

• grenades fumigènes ;

• brouilleurs radiofréquences ;

• projecteurs pour l’identification visuelle ou les opérations de génie nocturnes.

Pour le segment sol, un système NX70 comprend de base deux drones, quatre batteries et une station de contrôle, intégrés dans une caisse tactique. Pour une utilisation depuis un véhicule, il existe un terminal de liaison de données déporté avec support de toit magnétique. À l’inverse, un unique drone avec batteries et tablette associées peut être transporté dans un simple sac à dos. En utilisation stationnaire, une capacité d’alimentation filaire est proposée, un câble de 50 m permettant d’opérer le drone sur de très longues durées. Pour une levée de doute, le câble peut être largué, le NX70 conservant alors une autonomie de 20 minutes.

L’innovation par l’optimisation

Pour réussir à s’imposer sur le marché des microdrones, Novadem a innové en cherchant le bon équilibre entre ruptures technologiques et optimisation des solutions existantes afin de créer un produit qui s’adresse spécifiquement aux militaires :

• la discrétion du drone est assurée par sa petite taille et une signature acoustique réduite ;

• trois caméras miniaturisées sont embarquées, dont une thermique et une optique zoom lui permettant d’opérer à longue distance, ce qui accroît d’autant plus sa discrétion ;

• l’autonomie exceptionnelle de 45 minutes repose sur des batteries Li-ion relativement classiques. Sa structure légère permet toutefois d’optimiser la taille de la batterie ;

• les communications sont assurées par des liaisons de données protégées avec un cryptage 256 bits et la possibilité d’opérer sur des fréquences militaires réservées. Il est ainsi possible de brouiller les fréquences des microdrones civils, de plus en plus utilisés par les groupes non étatiques, sans restreindre l’utilisation du NX70. De plus, les NX70 ne nécessitent aucune connexion Internet, réduisant les risques cyber de compromission ;

• une grande partie de l’innovation proposée par Novadem réside dans la station au sol et sa suite logicielle développée en interne. La partie cartographique est compatible avec les standards français et OTAN, et permet l’extraction de coordonnées de cibles sans télémètre ;

• la conception du NX70 fait largement appel à la fabrication additive. Les bras soutenant les hélices sont imprimés en 3D, ce qui divise par vingt le nombre de pièces mécaniques dans la structure du drone et abaisse le devis de masse sans compromettre la robustesse. Sur le plan industriel, l’impression en 3D contribue à réduire les délais et coûts de production et offre des perspectives intéressantes en matière de Maintien en Condition Opérationnelle (MCO).

On le voit, le NX70 Block 2 se présente déjà comme un condensé de technologies existantes, certaines éprouvées de longue date et d’autres bien plus récentes. Cette conception sur mesure pour les besoins militaires contribue à son succès actuel qui pourrait bien s’accroître rapidement si les RETEX confirment le bien-fondé de cette solution.

Quels usages pour les microdrones ?

Pour l’heure, les RETEX du NX70 Block 2 dans l’armée de Terre sont encore parcellaires. Intégré directement au sein des régiments déployés, et pas uniquement dans les unités de renseignement, le microdrone semble être utilisé pour sécuriser des convois, pour des missions de surveillance jour/nuit ainsi que pour des tâches DRI. Néanmoins, Novadem dispose aujourd’hui de nombreux RETEX de la part de ses clients français et étrangers, les NX70 et NX110 étant opérés aussi bien par la Gendarmerie nationale que par les forces spéciales néerlandaises, la police de Bruxelles ou le ministère de la Défense d’Abou Dhabi. Si la plupart des opérateurs militaires exploitent les fonctionnalités DRI de la gamme NX, ils évaluent également la pertinence opérationnelle de ces nouveaux outils, leur intégration à l’échelle de la section et leur impact tant sur les chaînes décisionnelles que sur la logistique. À terme, des microdrones pourraient bien être intégrés organiquement dans toutes les unités de l’armée de Terre, y compris les régiments du train ou du génie, et installés à bord des véhicules du programme SCORPION. Les échanges réguliers entre utilisateurs du NX70 et Novadem permettent ainsi d’orienter la R&D de la PME qui planche actuellement sur une version agrandie du drone, le NX100, optimisée pour les relevés topographiques en 3D. Réutilisant les batteries, chargeurs et stations au sol du NX70, ce nouveau modèle pourrait embarquer des outils de photogrammétrie, voire un LIDAR. De quoi en faire un outil de choix pour le génie, la préparation opérationnelle ou la cartographie numérisée du champ de bataille.

Pour les missions de surveillance longue durée, notamment en filaire, Novadem étudie également la possibilité d’utiliser l’intelligence artificielle pour automatiser la détection et libérer les opérateurs de cette tâche. L’impression en 3D pourrait aussi un jour intégrer la MCO afin que les unités puissent réparer ou remplacer les éléments structurels des drones directement sur le terrain, avec l’aide de l’industriel. Enfin, l’arrivée de la 5G permettrait d’étendre le domaine opérationnel des drones au-delà de la ligne de vue directe et à plusieurs systèmes d’opérer en réseau interconnecté.

Dès aujourd’hui, néanmoins, l’innovation dans le domaine des microdrones repose moins sur des ruptures technologiques que sur l’imagination des industriels et des opérationnels chargés d’explorer leur potentiel. Ainsi, lors du salon SOFINS, MBDA a exposé le concept Lynkeus, où un NX70 est utilisé au profit de missiles MMP pour reconnaître, identifier et désigner des cibles non visibles depuis le poste de tir. On le voit, le domaine d’emploi des microdrones reste encore largement à explorer.

Légende de la photo en première page : avec le NX70, l’armée de Terre est sans doute en mesure de rattraper son retard à matière de micro-drones d’usage général pour l’infanterie. (© Ministère des Armées)

Article paru dans la revue DSI hors-série n°69, « Technologies et Armements : 2020, l’année de rupture », décembre 2019-janvier 2020.

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