F-35 : pour faire le point

((c) DoD)

Le F-35 recèle des enjeux majeurs, qu’ils soient techniques, budgétaires, stratégiques et plus largement politiques, pour les Etats-Unis mais également pour ses acheteurs. Afin de faire le point, j’ai récemment eu le plaisir d’être invité à rejoindre David Pappalardo au micro du Collimateur, podcast de l’IRSEM tenu l’excellent Alexandre Jubelin, pour une spéciale F-35. Vous pouvez entendre le résultat ici – par contre, sans mon bruitage du canon GAU-8

Le F-35 est aussi une saga. En l’occurrence, tous les rebondissements n’ont pas pu être abordés dans le podcast – l’appareil est un parfait sujet pour un nombre considérable d’ouvrages sur les processus décisionnels ou l’évolution des conceptions de stratégie aérienne – mais plusieurs évolutions ont récemment été rendues publiques. Le Government Accountability Office (GAO) américain a ainsi indiqué le 12 mai que le Block 4/C2D2 de l’appareil n’entrerait en service qu’à partir de 2026 (Edit : que son développement se poursuivra jusqu’en 2026, selon les termes du GAO).

Le standard devra notamment permettre, d’utiliser la gamme complète de ses armements, y compris la bombe nucléaire B61-12. Pratiquement, il recouvre 66 capacités, mais une seule des huit prévues pour l’année 2019 (l’évitement automatique de crash) était effectivement au point. Ce retard va avoir des conséquences pour les Etats-Unis mais aussi pour leurs alliés. La Belgique devait ainsi recevoir son premier appareil, au Block 4, en 2024.

Une autre conséquence est budgétaire : le glissement calendaire s’accompagne d’une augmentation des coûts de développement du standard, qui passe des 10,6 milliards de dollars évoqués dans le podcast à 12,1 milliards. Et ce, en sachant que ce montant n’inclut pas l’upgrade des appareils américains déjà livrés au nouveau standard, opération évaluée à 3,4 milliards. L’affaire est d’autant plus fâcheuse qu’une tension va se créer dans la structure de force américaine : à force de miser sur le F-35, d’autres compartiments capacitaires sont moins bien financés – notamment le NGAD (Next Generation Air Dominance) – un point sur lequel nous vous renvoyons au DSI hors-série n°70

On note également que les choix autour du F-35 continuent de faire des remous en Europe. Au-delà de la question allemande (sur laquelle nous revenons dans DSI n°147), le choix belge continue de faire des remous – en l’occurrence en Belgique. Jacques Smal, le président du pôle de compétitivité aéronautique et spatial Skywin estime ainsi dans un article dans le quotidien économique L’Echo (12 mai) qu'”il faut que la Belgique s’ancre dans un projet de chasseur de sixième génération. C’est mal parti, puisque les Français nous ont snobés suite à l’achat des F-35“. De facto, la Belgique réservait plus de 350 millions d’euros à un tel projet en même temps qu’elle choisissait le F-35.

La dernière phrase prête à nuance. D’une part le concept d’offre proposé par la France – en dehors de la procédure mais alors que le Premier ministre belge avait finalement accepté sa prise en compte dans l’évaluation – était une combinaison Rafale/Rafale Marine/SCAF. On rappelle également que, depuis le choix belge du F-35, Dassault s’est désengagé de la Sabca. D’autre part, parce que les “retours sociétaux” promis par Lockheed n’ont pour l’heure pas été été concrétisés. Le ministre belge de l’économie de l’époque promettait 3,69 milliards pour les entreprises belges… qui les attendent toujours – sans surprise ajoutera-t-on, au vu d’un schéma industriel établi de longue date.

La sortie médiatique de Jacques Smal appelle à une contextualisation : projet trinational, le SCAF est le fer de lance de la puissance aérienne du futur. Certes, le Tempest britannique se pose en concurrent, mais ce dernier progresse peu. Une hypothèse plausible est qu’il soit une monnaie d’échange pour l’entrée de Londres et des entreprises participantes dans le SCAF. Si la Belgique rejoint le Tempest – à supposer que le budget prévisionnel ne soit pas absorbé dans l’effort budgétaire post-Covid – cela jouera contre le SCAF en donnant plus de poids au Tempest. Dans le même temps, si Paris, Berlin et Madrid incluent Bruxelles, non seulement l’assiette de financement du SCAF sera accrue mais son assise politique le sera également. 

Je quitte là le champ de l’analyse pour celle de l’opinion personnelle : n’est-il pas temps, pour Paris comme Bruxelles – qui portent toutes deux des responsabilités dans l’affaire des F-35 belges – d’opérer un “reset” de leurs relations aéronautiques, de passer l’éponge, et de considérer sérieusement un partenariat sur le SCAF ? 

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