La force sous-marine russe : une force en convalescence ?

Cette flotte s’est stabilisée à huit navires en service, répartis à raison de trois unités dans la Flotte du Nord et de cinq dans celle du Pacifique. Un programme de modernisation des sous-marins a été développé en 2011 par le bureau de design Rubin, visant à compenser le retard connu par les navires de la classe Yasen(‑M). Ce programme repose sur le réemploi des tubes SM‑225A du missile P‑700 Granit et leur modification sur la base de cellules verticales UKSK pour accepter l’emport de missiles Oniks/Kalibr/Tsirkon. En outre, les équipements embarqués sont modernisés avec l’installation d’un nouveau système de contrôle de tir. Passant au standard Izd.949AM, les navires pris en charge par les chantiers navals Zvezdochka et Zvezda voient leurs capacités décuplées avec l’ajout d’une capacité de frappes au sol et de mise en œuvre de missiles de croisière, et peuvent emporter au maximum 72 missiles. Mais les travaux vont se révéler plus complexes et plus longs qu’anticipé. Pour ne rien arranger, les temps de révisions et de carénages des navires en service se sont prolongés plus que nécessaire, ce qui fait que la situation est pour le moins complexe pour les Antey :

• Flotte du Nord : trois navires, dont un en révision et deux en service ;

• Flotte du Pacifique : deux navires en modernisation (sorties en 2022 et 2027), trois navires en service.

Il est de plus en plus probable, vu les délais prévus, que la modernisation ne concernera qu’un petit nombre d’Antey et que l’arrivée des Yasen(‑M) viendra remplacer les autres en priorité.

Les sous-­marins d’attaque de la classe Akula sont basés indirectement sur les Sierra II (Izd.945A), les principales différences résidant dans le remplacement de la coque en titane (onéreuse et difficile à réparer) par une coque en acier et dans la réduction, par un gros travail d’ingénierie, du bruit ainsi que de la signature acoustique de la nouvelle classe, qui surprit plus d’un observateur occidental lors de son apparition. Pas moins de 15 bâtiments d’un déplacement maximal de 12 770 t (12) équipés de quatre tubes lance-­torpilles de 650 mm et de quatre tubes de 533 mm pouvant également mettre en œuvre le missile Kalibr ont été admis au service entre 1984 et 2009 au sein de la Flotte du Pacifique et de la Flotte du Nord. Assurant principalement la couverture et la protection des SNLE, cette classe de sous-­marins a subi de plein fouet les restrictions budgétaires, et les effectifs se sont irrémédiablement réduits. Un programme de modernisation des équipements embarqués et des emports en armements a été conçu, mais la situation de cette classe de navires est pour le moins critique :

• Flotte du Nord (division « de la Bête » 24 DPL) : un navire en service, un en attente de révision, deux en révision et deux en modernisation ;

• Flotte du Pacifique : un en service, deux en modernisation.

La modernisation des bâtiments au nouveau standard Izd.971M se déroule de manière concomitante au sein des chantiers navals Zvezdochka et Zvezda et, selon les prévisions les plus crédibles, la Flotte du Nord devrait disposer de ses six navires en 2024 tandis que la Flotte du Pacifique verrait ses effectifs complets en 2020-2021.

Signalons l’existence d’une microflotte de sous-­marins nucléaires, plus anecdotique mais toujours en service au sein de la Flotte du Nord (7 DPL), composée de deux SNA Sierra II (Izd.945A Barrakuda) d’un déplacement maximal de 10 400 t, disposant de six tubes lance-torpilles de 533 mm et ayant pour particularité une coque en titane. Un des deux navires (le B‑336 Pskov) a été modernisé en 2015 au standard Izd.945M, sans que les détails de cette modernisation ne soient connus – bien que l’emport de missiles Kalibr soit une possibilité qui n’est pas à exclure. Enfin, deux SNA Victor III (Izd.671RTMK) survivants d’une série de cinq sont actifs au sein de la Flotte du Nord. Ces navires d’un déplacement maximum de 7 250 t disposent de deux tubes lance-­torpilles de 650 mm ainsi que de quatre tubes de 533 mm. Il y a fort à parier que ces quatre sous-­marins seront remplacés en priorité avec l’arrivée des nouveaux bâtiments de la classe Yasen(‑M).

Le renouvellement de la flotte d’attaque passe par un nouveau design développé par le bureau Malakhit à partir de la fin des années 1970 et dont le but était d’assurer le remplacement des multiples classes de SNA et SSGN par une classe unique permettant de standardiser la flotte sous-­marine soviétique. Les travaux de développement ont duré beaucoup plus longtemps que prévu (notamment à cause de l’emploi de nouvelles technologies) et c’est le 21 décembre 1993 que le K‑560 Severodvinsk, tête de série de la nouvelle classe Yasen (Izd.08850) a été mise sur cale au chantier naval SevMash. Représentant une rupture avec les traditions soviétiques, cette classe de SSGN d’un déplacement maximal de 13 800 t dispose d’une double coque partielle et emporte 10 tubes lance-­torpilles de 533 mm ainsi que 8 cellules de lancement verticales dérivées des UKSK pouvant emporter un maximum de 32 missiles Oniks/Kalibr/Tsirkon.

La construction du Severodvinsk fut arrêtée pour des raisons financières en 1996, les travaux ne reprenant qu’en 2004 avec un lancement du navire le 15 juin 2010 et une admission au service au sein de la Flotte du Nord le 17 juin 2014. Il se sera donc écoulé 18 ans entre la mise sur cale et l’admission au service de la tête de série. Les ingénieurs russes vont avoir le temps de mettre au point une version modernisée du Yasen, reprise sous le type Yasen‑M (Izd.08851) (13), légèrement plus courte et qui diffère par une suite de capteurs embarqués modernisée et une signature acoustique réduite, les armements restant identiques. Six bâtiments de la classe Yasen‑M ont été mis sur cale chez SevMash entre 2009 et 2017 et la Russie a annoncé (14) qu’elle allait en commander deux de plus, la série au complet comprenant à terme un navire au standard Yasen et huit navires au standard Yasen‑M avec la fin des livraisons en 2027. Le premier Yasen‑M, le K‑561 Kazan est attendu au sein de la Flotte du Nord dans le courant de l’année 2020, sa campagne d’essais ayant mis en avant des problèmes techniques qui ont retardé sa livraison à la marine.

Les sous-marins à propulsion conventionnelle (SSK)

De manière assez surprenante, alors qu’elle n’était pas mise au premier plan à l’époque soviétique, la flotte de sous-­marins à propulsion conventionnelle se porte bien en comparaison avec sa grande sœur nucléaire. Concentrée autour de deux grands modèles dessinés par le bureau Rubin que sont les Kilo (Izd.877 Paltus) et les Improved Kilo (Izd.636.3 Varshavyanka) – ces derniers étant une variante modernisée des premiers –, ces SSK (14 Izd.877 et 7 Izd.636.3) sont en service dans toutes les flottes de la marine russe. D’un déplacement de 3 100 t (Izd.877) ou 3 950 t (Izd.636.3), ils emportent un armement composé de six tubes lance-­torpilles de 533 mm pouvant tirer 18 torpilles ou des missiles Kalibr. Conçus pour assurer la protection rapprochée des côtes et littoraux, les Kilo et Improved Kilo se caractérisent par un niveau de bruit peu élevé qui fait d’eux des navires redoutables. En outre, ils sont produits au sein du chantier naval de l’Amirauté où les délais de production (eu égard aux coutumes russes) sont corrects et réguliers : il faut environ deux ans pour disposer d’un navire en service. La série des Varshavyanka donnant satisfaction, la marine russe prépare le rééquipement de la Flotte de la Baltique (15) avec des navires de cette classe une fois que celui de la Flotte du Pacifique (six navires en service/construction) sera achevé.

Les Lada (Izd.677) constituent autre série de sous-­marins mis au point sur base du Kilo. Leur développement a été pour le moins problématique : avec un déplacement de 2 650 t, cette classe bénéficie d’un travail de pointe sur les techniques de réduction du bruit, avec notamment une coque simple, des dimensions réduites et une propulsion électrique, l’armement étant constitué de six tubes lance-­torpilles de 533 mm. Cependant, la mise au point des solutions techniques déployées sur les Lada a fortement ralenti le développement de cette classe (13 années se sont écoulées entre la mise sur cale et l’admission au service du B‑586 Saint-­Pétersbourg, tête de série) et a fait peser la menace d’un abandon définitif de ce modèle au profit des Improved Kilo. Ce n’est finalement pas le cas puisque, en plus des trois navires actuellement en service/achèvement, la Russie a passé commande de deux unités supplémentaires en juin 2019 (16). Il n’empêche que si le secteur de la construction de SSK se porte bien, le problème des propulsions AIP (anaérobie) n’est pas encore résolu, bien que le bureau Malakhit ait développé un projet afin d’en équiper les Improved Kilo – dont les dimensions augmenteraient significativement pour stocker les équipements nécessaires. Aucun calendrier n’a cependant été communiqué jusqu’à présent.

Les sous-marins spéciaux : la grande inconnue

La Russie exploite toujours une flotte de sous-­marins spéciaux ayant des missions bien spécifiques et sur lesquels elle ne communique que peu ou pas du tout. Cette flotte a été récemment mise à l’honneur de manière tragique avec l’incendie de l’AS‑31 Losharik (Izd.10831) spécialisé dans l’exploration des très hauts fonds marins, qui a coûté la vie à 14 personnes. Cette flotte pour le moins discrète est composée des navires suivants :

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