La force sous-marine russe : une force en convalescence ?

• deux sous-­marins de transport BS‑64 et BS‑136 (Izd.09786/09787 ex-Delta III/IV) ;

• un sous-­marin d’exploration des hauts fonds marins AS‑31 (Izd.10831) ;

• trois mini-­sous-­marins des projets 1851/1851.1, les AS‑21, AS‑23 et AS‑35 ;

• trois sous-­marins de recherche, AS‑13, AS‑15 et AS‑33 (Izd.1910 Kashalot).

Appartenant tous à la Flotte du Nord (29 OBDL (17) de Gadzhievo), ces navires sont très peu documentés et les informations à leur sujet sont très parcellaires. Néanmoins, l’arrivée du nouveau drone sous-­marin 2M39 Poseidon (ex Status‑6) à propulsion nucléaire va entraîner l’arrivée de nouveaux vecteurs adaptés à ce système d’arme : deux navires sont en cours de construction ou en phase d’achèvement, le Belgorod (Izd.09852) qui est un ancien Oscar II modifié pour pouvoir emporter six Poseidon. Le Belgorod a été lancé en avril 2019 et sa mise en service est attendue dans le courant de l’année 2020 ; il sera rejoint en 2022 par le Khabarovsk (Izd.09851), un nouveau bâtiment dont le design semble reprendre en partie celui du Borei et qui serait en mesure d’emporter également six Poseidon. Enfin, le B‑90 Sarov (Izd.20120), basé sur une coque de Kilo (mais équipé d’un réacteur nucléaire), servirait pour les tests du système Poseidon avec la capacité d’emporter une seule munition.

Des défis qui perdurent

Tout n’est cependant pas rose – loin de là même – au sein de la force sous-marine russe : si le renouvellement de la flotte, que ce soit par l’admission au service de nouveaux bâtiments ou par la concrétisation de programmes de modernisation, est une réalité enfin ( !) tangible, il reste plusieurs problèmes à traiter, dont le principal qui semble être une constante dans la Russie contemporaine : les temps anormalement longs de production/rénovation de navires par les chantiers navals russes. En comparaison avec leurs équivalents occidentaux, les chantiers navals russes sont des modèles d’inefficience avec une immobilisation des navires beaucoup trop longue eu égard aux travaux à réaliser.

Certes, on peut également blâmer l’indécision chronique des décideurs russes ainsi que l’allocation erratique ou insuffisante des budgets nécessaires, mais il n’empêche que lorsque l’on voit qu’un sous-­marin tel que le K‑132 Irkoutsk (Izd.949A Oscar II) a passé 13 années à naviguer, mais est arrêté/en travaux depuis 21 ans (18) et ne sortira de modernisation qu’à la fin de 2022, on est en droit de se poser des questions (légitimes) sur le sérieux de la gestion de leur flotte sous-­marine. Et il est loin d’être un cas isolé. Mais la construction navale a également sa part de responsabilité dans cette situation : avec la concentration de la production sous-­marine au sein de quelques entreprises, l’ensemble de la production des sous-­marins nucléaires est concentrée au sein du chantier naval SevMash (19) de Severodvinsk, celui-ci détenant un pouvoir important et n’ayant aucune concurrence puisqu’il appartient indirectement à l’État russe via le holding OSK.

Outre la question des navires eux-­mêmes et des capacités de production, une autre difficulté majeure est en vue pour la force sous-marine russe : l’absence de moyens modernes de lutte anti-sous-­marine (ASW). La flotte aérienne des MA‑VMF (l’aéronavale russe) affectée à la lutte ASW est âgée et ne compte qu’un nombre restreint d’appareils : 26 Il‑38(N), 27 Tu‑142MK/MZ et 3 Be‑12 (tous n’étant pas actifs), qui offrent des performances pour le moins limitées. Et même si des programmes de modernisation sont en cours, le faible nombre d’appareils en service ne permet pas d’assurer une couverture aérienne sérieuse et efficace des navires déployés. Le projet de nouvel appareil MPA/ASW basé sur le Tu‑204/214 devrait permettre de gommer ce problème, mais pas avant dix ans au bas mot ; en attendant, les possibilités de déploiement des sous-­marins russes sont limitées par l’absence de moyens de protection efficaces. Il en va de même en ce qui concerne la flotte de surface : sans revenir in extenso sur les problèmes qu’elle rencontre, signalons que ses capacités océaniques sont de plus en plus restreintes en l’absence de remplacement disponible pour les grandes unités océaniques, ce qui obère d’autant la protection de la flotte sous-­marine lors de ses déploiements à distance.

La force sous-marine russe ne serait-elle finalement qu’une force convalescente ? En fait, il semble que oui. Les travaux en cours visant à rétablir dans ses effectifs la 24 DPL (division des SNA au sein de la Flotte du Nord) exploitant les SNA Akula à l’horizon 2024, la sortie de modernisation des premiers SSGN Oscar II à l’horizon 2021-2022, l’admission au service de sept Borei‑A et des huit Yasen‑M, et enfin la poursuite de la production des SSK Improved Kilo pour équiper la Flotte du Pacifique et à terme celle de la Baltique laisse augurer une force sous-­marine fortement rajeunie à l’horizon 2024 et complètement modernisée/renouvelée à l’horizon 2027, qui resterait néanmoins dans un format sensiblement identique au format actuel. En outre, le fait de se concentrer sur des productions en série et non sur des navires limités à trois ou quatre unités permet de simplifier significativement les chaînes logistiques et de diminuer les coûts d’acquisition.

Mais l’avenir se profile avec le début des travaux sur le projet Laïka/Husky (Izd.545) qui vise à créer un nouveau type de sous-­marins d’attaque dessiné par le bureau d’études Malakhit et présentant un déplacement estimé à 12 000 t. Ces bâtiments de plus petit gabarit viendraient compléter les Yasen(‑M) et seraient destinés à remplacer en priorité les Akula et les Oscar II tout en étant des alternatives moins onéreuses à construire et à exploiter que le Yasen‑M. Néanmoins, il ne faut pas s’attendre à l’admission au service de ce qui sera le premier sous-marin développé par la Russie contemporaine avant 2030. 

Notes

(1) Plusieurs navires dont la construction était très avancée seront détruits sur leur cale de montage. C’est le cas notamment de plusieurs SNA Akula et SSGN Antey.

(2) Sur la flotte de surface, voir Benjamin Gravisse, « Marine russe : une modernisation timide », Défense & Sécurité Internationale, hors-­série n° 62, octobre-­novembre 2018.

(3) Repris sous le type RPKSN dans la classification russe (Ракетный подводный крейсер стратегического назначения, littéralement « croiseur sous-­marin emportant des missiles stratégiques »).

(4) Bien que les codes projets Izd.955 et Izd.955A soient régulièrement employés pour désigner les Borei et Borei‑A, les codes projets exacts sont Izd.09551 et Izd.09552.

(5) Plusieurs références existent pour le Bulava : RSM‑56 (traité START), SS‑N‑30 (OTAN), 3M30 (GRAU), R‑30.

(6) Les trois premiers Borei ont été en partie montés avec des sections de coque récupérées sur des SNA Akula démontés et/ou inachevés.

(7) À noter que les deux bâtiments concernés (Aleksandr Nevski et Vladimir Monomakh) ont effectué des essais de tir à l’époque où ils étaient aux essais ; le problème ne serait donc pas lié aux bâtiments.

(8) Chevalier Vladimir. À noter que tous les Borei(‑A) portent ou porteront des noms de héros ou de nobles issus de l’histoire russe.

(9) Repris sous le type APRK en Russie (Атомный Подводный Ракетный Крейсер, littéralement « croiseur sous-­marin à propulsion nucléaire lanceur de missiles »).

(10) Repris sous le type PLAT en Russie (Подводная Лодка Атомная Торпедная, littéralement « sous-­marin atomique avec torpilles »).

(11) Le P‑700 Granit (code OTAN : SS‑N‑19, index GRAU : 3M45) peut au besoin être doté d’une charge nucléaire de 500 kT.

(12) La classe Akula sera modifiée durant sa construction, le déplacement augmentant jusqu’à 13 390 t pour l’Izd.971U.

(13) Bien que les codes projets Izd.885 et Izd.885M soient régulièrement employés pour désigner les Yasen et Yasen‑M, les codes projets exacts sont Izd.08850 et Izd.08851.

(14https://​tass​.ru/​a​r​m​i​y​a​-​i​-​o​p​k​/​6​5​8​8​073.

(15https://​tass​.com/​d​e​f​e​n​s​e​/​1​0​9​8​283.

(16https://​tass​.ru/​a​r​m​i​y​a​-​i​-​o​p​k​/​6​6​0​5​634.

(17) отдельная бригада подводных лодок (« Brigade autonome des sous-­marins »).

(18) Attente de modernisation pendant 12 ans (2001-2013) et pas moins de 9 ans de travaux (2013-2022).

(19) Le chantier naval de l’Amour qui produisait notamment les Akula a annoncé arrêter la production de sous-­marins nucléaires en 2011.

Légende de la photo en première page : Le Yuri Dolgorukiy, tête de sa classe (type Borei). (© Oleg Kuleshov/Shutterstock)

Article paru dans la revue DSI hors-série n°69, « Technologies et Armements : 2020, l’année de rupture », décembre 2019-janvier 2020.

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