OTAN - Russie, quelles relations depuis 1991 ?

Ce contexte, ces perceptions mutuelles croisées et peu conciliables ont bien évidemment pesé dans les décisions de la Russie à l’occasion de la crise ukrainienne fin 2013-début 2014 et ses choix d’alors, en particulier l’annexion de la Crimée et le rôle actif de la Russie auprès des séparatistes du Donbass, qui ont fait basculer les rapports Russie-OTAN dans la quasi-impasse actuelle. Pour l’OTAN, il était impossible de ne pas répondre aux demandes d’assurances renforcées de certains de ses membres, il était nécessaire de recrédibiliser l’engagement de défense collective. Aujourd’hui, les deux acteurs s’accusent mutuellement d’instrumentaliser des mythes sur la menace qu’ils représentent.

L’instrumentalisation des divisions de l’OTAN par Moscou

C’est ainsi que la question russe est redevenue centrale dans l’agenda de l’OTAN, même si la perception de la Russie comme menace militaire varie assez fortement selon les États membres. Certains États membres ne sont pas du tout convaincus de l’intérêt de maintenir le dialogue avec Moscou parce que, pour eux, dialoguer avec la Russie, qui se situe dans une position de discussion très dure, est déjà faire acte de faiblesse. D’autres États membres cherchent à faire en sorte que la relation avec la Russie n’aille pas trop loin dans la conflictualité, ne serait-ce que parce que des doutes se font jour sur la solidité des garanties de l’OTAN et de la présence de sécurité américaine en Europe, à tort ou à raison. En mer Noire, Roumanie, Bulgarie et Turquie n’ont pas la même vision de ce que l’Alliance devrait faire au niveau régional — Sofia ayant toujours montré une grande réserve quant à la proposition roumaine de déployer une flotte permanente de l’OTAN en mer Noire. Ankara ne soutient plus l’idée, après l’avoir considérée favorablement.

Et l’on voit bien que la Russie s’applique à jouer de ces divisions. La vente de S-400 à la Turquie en est un exemple. On peut raisonnablement s’attendre à ce que Moscou continue dans cette voie. Cependant, la Russie a tout intérêt à éviter un conflit avec l’Alliance atlantique et elle le sait. Mais s’y prend-elle bien ? C’est une tout autre question.

* Cet article est la version rédigée, complétée et actualisée d’un entretien publié en avril 2019 sur la chaîne YouTube de la FRS : (https://​bit​.ly/​3​8​m​T​pqC).

Note

(1) Acte fondateur sur les relations, la coopération et la sécurité mutuelles entre l’OTAN et la Fédération de Russie, Paris, 27 mai 1997 (https://​www​.nato​.int/​c​p​s​/​f​r​/​n​a​t​o​h​q​/​o​f​f​i​c​i​a​l​_​t​e​x​t​s​_​2​5​4​6​8​.​htm).

Légende de la photo en première page : La base militaire de Perevalne durant la crise de Crimée, le 28 février 2014. Menée par les prétendus « petits hommes verts » — en réalité, des troupes d’élite russes déployées sans identification, changeant la nature juridico-politique du conflit —, l’annexion de la Crimée par la Russie, puis le rôle actif de Moscou auprès des séparatistes du Donbass, auront marqué un double tournant pour les relations Russie-OTAN : politique, en faisant basculer ces rapports dans le non-dialogue actuel ; militaire, en favorisant la remontée en puissance des armées des États-membres face à la possibilité de nouveau envisageable d’un conflit majeur. (© photo​.ua/​S​h​u​t​t​e​r​s​t​ock)

Article paru dans la revue Diplomatie n°103, « L’OTAN : quel avenir pour l’Alliance ? », mars-avril 2020.

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