Le Japon de retour sur la scène internationale ?

Enfin, sur le plan stratégique, c’est à Nairobi en 2016 que Shinzo Abe a annoncé sa stratégie d’un Indo-Pacifique libre et ouvert, incluant donc clairement l’Afrique dans la grande vision diplomatique du Japon. Par ailleurs, Tokyo dispose d’une base logistique à Djibouti depuis 2011 en soutien à ses activités de lutte antipiraterie dans le golfe d’Aden.

Le Japon a longtemps eu la réputation de mener une « diplomatie du chéquier ». Qu’en est-il aujourd’hui ?

L’expression « diplomatie du chéquier » désignait un recours systématique aux moyens économiques, alors qu’aujourd’hui, au contraire, on assiste au déploiement d’un éventail d’outils pour exister sur la scène internationale : l’influence politique, la diplomatie de défense. La normalisation militaire du Japon, accélérée sous Shinzo Abe, lui donne aujourd’hui des outils pour contribuer davantage à la sécurité et la paix internationales.

Avec la loi sur la sécurité de 2015, les Forces d’autodéfense (FAD) voient leur champ d’action géographique et opérationnel s’élargir encore : elles interviennent en principe désormais sur l’ensemble du globe, y compris sur des terrains risqués, et utilisent la force pour mener à bien leur mission et protéger leurs alliés lorsqu’ils sont menacés ou attaqués [voir p. 82]. Ces réformes de défense visaient à doter le pays des moyens pour mieux se défendre, mais aussi pour agir sur la scène internationale, afin d’apparaître comme un véritable acteur responsable — le Japon est candidat à un siège de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies.

Pour autant, les FAD interviennent peu à l’international (voir carte). Par exemple, la participation des FAD à des opérations internationales et notamment aux opérations de maintien de la paix (OMP) de l’ONU est aujourd’hui quasi nulle. Le dernier déploiement substantiel (350 hommes) a été retiré de la MINUSS (Sud-Soudan) en 2017. Les OMP sont aujourd’hui trop risquées pour des forces armées qui n’ont pas pris part au combat depuis leur création. L’opinion publique japonaise reste par ailleurs marquée par le sentiment pacifiste. Elle reste hostile au projet du Premier ministre Abe de procéder à une révision de l’article 9 de la Constitution, qui interdit au Japon le droit de faire la guerre et de maintenir des forces armées régulières.

Propos recueillis par Thomas Delage le 25 mars 2020.

Senkaku/Diaoyu : l’archipel de la discorde
Les déploiements des FAD depuis leur création en 1954

Notes

(1) Lowy Institute, « Asia Power Index » (https://​power​.lowyinstitute​.org/​c​o​u​n​t​r​i​e​s​?​p​r​o​f​i​l​e​=JP).

(2) Céline Pajon, « Japan in South East Asia : Looking for a Balanced Indo-Pacific », ISPI, 11 décembre 2019 (https://​www​.ispionline​.it/​e​n​/​p​u​b​b​l​i​c​a​z​i​o​n​e​/​j​a​p​a​n​-​s​o​u​t​h​-​e​a​s​t​-​a​s​i​a​-​l​o​o​k​i​n​g​-​b​a​l​a​n​c​e​d​-​i​n​d​o​-​p​a​c​i​f​i​c​-​2​4​578).

(3) Shunsuke Shigeta, « Xi and Abe pledge ‘new era’ of cooperation », Nikkei Asian Review, 27 octobre 2018.

Légende de la photo en première page : Le 27 juin 2019, le Premier ministre japonais Shinzo Abe, assis entre Donald Trump et Xi Jinping, s’apprête à prononcer un discours aux chefs d’État et de gouvernement des membres du G20, dont le Japon est le pays hôte. Depuis qu’il est arrivé au pouvoir en décembre 2012, Shinzo Abe a effectué 160 visites à l’étranger dans 78 pays et régions. En parallèle, 131 chefs d’États lui ont rendu visite depuis son arrivée au pouvoir. (© White House/Shealah Craighead)

Article paru dans la revue Les Grands Dossiers de Diplomatie n°56, « Géopolitique du Japon », Mai-Juin 2020.

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