Russie : le nouveau programme d’armes de rupture

Le Kremlin vient d’annoncer la mise en service opérationnel de sa nouvelle arme de rupture, le missile hypersonique Avangard, qui embarque des ogives nucléaires, prenant de court les autres puissances qui travaillent sur ce système révolutionnaire (États-Unis, Chine, Japon et France).

Ce système est prêt pour le combat », a annoncé le ministre de la Défense russe en décembre dernier. Plusieurs exemplaires ont rejoint la division de la Force stratégique de missiles de la base de Dombarovsky, au sud de l’Oural, près du Kazakhstan.

Une arme de rupture

L’Avangard est un planeur hypersonique dit à « glissement », capable de voler au-delà de Mach 20. Tiré à partir d’un missile balistique intercontinental, en théorie le SR-28 Sarmat, il évolue à haute altitude dans différentes couches de l’atmosphère, puis descend vers sa cible avec une vitesse si élevée qu’il est capable de percer les systèmes antimissiles adverses. Ce dernier point est très important pour Moscou, car il est la réponse à la défense anti-missiles balistiques que les Américains ont mise au point pour neutraliser la dissuasion nucléaire russe.

Au départ, les planeurs hypersoniques ont été développés par les États-Unis (HGV1) et ont été testés dès 2011. Le programme a été par la suite arrêté, faute d’intérêt stratégique. Or la Russie a profité de cet arrêt pour rattraper son retard dans le domaine de l’hypervélocité des missiles de croisière et balistiques. Le missile antinavire 3M22 Zircon aurait ainsi atteint la vitesse de Mach 8 et devrait équiper les corvettes et frégates russes d’ici à 2027. Le missile air-sol Kh-47M2 Kinjal, opérationnel depuis 2017, atteint la vitesse de Mach 10. Il est à ce jour le seul missile aérobalistique en service.

Selon les termes de Vladimir Poutine, l’Avangard est « absolument invulnérable à tout système de défense aérienne ou antimissile ». Et pour cause. Ce missile est tiré sur une trajectoire balistique, avec une course horizontale guidée après séparation du premier étage à altitude atmosphérique (entre 80 et 90 kilomètres). Il est armé d’une charge nucléaire de deux mégatonnes ou d’une charge conventionnelle. Très véloce, l’Avangard est maniable, comme un missile de croisière, et peut se diriger vers sa cible à basse altitude, à une vitesse moyenne de Mach 20 (24 700 km/h), restant « invisible » jusqu’au dernier moment. Des armes comme l’Avangard disqualifient les capacités d’interception actuelles des défenses adverses dans le cadre du déni d’accès (bulle A2/AD ou Anti-Access/Aera Denial). Washington est très inquiet, à tel point que la DARPA a annoncé le début des travaux de développement du Glide Breaker, un système destiné à lutter contre les missiles hypersoniques. Parallèlement, l’US Navy travaille également sur le développement de missiles hypersoniques à « glissement ». Notons que la Chine a présenté en octobre 2019 son missile de croisière hypersonique DF-100 (Dongfeng-100) dont le rayon d’action serait de 15 000 km.

Nouveau START

Au niveau défensif, le ministère de la Défense russe a présenté, le 18 décembre 2019, son nouveau système spatial de défense anti-missiles balistiques. « Dôme » permettra de détecter depuis l’espace la trajectoire et la zone de frappe de missiles balistiques adverses. Ce bouclier vient compléter les satellites d’alerte Toundra, mis en orbite en 2015, 2017 et 2019.

L’annonce de la mise en service opérationnelle de l’Avangard est intervenue quelques jours après le vote du Congrès américain pour la création de la Space Force tant vantée par le président Trump.

Coïncidence ou pas, au moment où la Russie annonçait la mise en œuvre opérationnelle du système Avangard, les inspecteurs américains ont pu voir les nouveaux missiles russes dans le cadre du nouveau START (Strategic Arms Reduction Treaty), en novembre 2019. Le ministre de la Défense russe a d’ailleurs indiqué que cette inspection faisait de START un traité « viable et efficace ».

Ce nouveau START, qui limite le nombre et le type d’armes nucléaires américaines et russes, a été signé en 2010, sous l’administration Obama, et doit expirer en février 2020. L’administration Trump n’a pas encore décidé si les États-Unis se retireraient de l’accord, ou si celui-ci serait renouvelé, mais elle s’est retirée des accords INF (Intermediate-Range Nuclear Forces). L’INF avait été signé par l’administration Reagan, en 1987, pour réduire considérablement les arsenaux de missiles balistiques de croisière russes et américains, ainsi que ceux de moyenne et courte portée. Le retrait américain a relancé la crainte de voir Washington et Moscou rejouer la course aux armes nucléaires de la guerre froide.

Dans le même temps, la Russie a lancé plusieurs programmes d’armes de rupture comme l’Avangard, la torpille-drone longue portée à propulsion nucléaire Status-6 Poséidon, le Kinjal et un missile balistique intercontinental à propulsion nucléaire. Ce dernier projet risque de prendre du retard en raison de l’explosion d’un missile en 2019, qui pourrait être un prototype du 9M730 Bourevestnik.

Pour autant, le déploiement des Avangard pourrait rencontrer quelques problèmes. Si ces missiles sont fabriqués en série depuis juillet 2018, le déploiement des RS-28 (qui ont la particularité d’être à mirvage, donc dotés de multiples têtes, nucléaires ou conventionnelles, qui suivent chacune leur trajectoire lors de leur entrée dans l’atmosphère) à partir desquels ils doivent être tirés a pris du retard, obligeant l’armée russe à adapter le missile UR-100N pour le lancement des Avangard. D’autre part, ce système est très onéreux. En tout, 5 % du budget de la Défense russe doivent être consacrés à la commande de missiles balistiques intercontinentaux ainsi qu’aux missiles balistiques lancés depuis des sous-marins, d’ici à 2027.

Légende de la photo ci-dessus : L’Avangard doit être lancé par un missile balistique puis guidé après séparation du premier étage. Grâce à sa vitesse hypersonique, il pourrait contourner tous les systèmes antimissiles existants.© Kremlin

Article paru dans la revue DefTech n°07, « Guerre du futur. Les nouveaux enjeux du cyberespace », janvier-mars 2020.

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