Une nouvelle vision stratégique pour l’armée de Terre

Des Leclerc à l’exercice au cours de « Strong Europe 2018 ». (© DoD)

Une nouvelle vision pour l’armée de Terre, baptisée « Supériorité opérationnelle 2030 » a été présentée aux députés de la Commission défense de l’Assemblée nationale le 17 juin. Le chef d’état-major de l’armée de Terre a ainsi rendu public un changement d’orientation qui correspond à un retour aux engagements sur le spectre de la haute intensité, domaine qui fait l’objet d’une plus grande attention depuis l’annexion de la Crimée et qui avait fait l’objet de la dernière Université d’été de la Défense. Le document insiste sur l’action dans les champs matériels mais aussi immatériels (sans qu’ils ne soient réellement précisés) ; de même que sur la combinaison de la masse et de la technologie ; tout en mettant en évidence la coopération et l’aptitude à conduire une coalition​.Si nous reviendrons sur la question dans notre hors-série n°73 (août-septembre), tentons cependant de voir quelles sont les lignes de force du projet. 

Concrètement, il reconnaît un « retour marqué de la force militaire comme mode de règlement des conflits, selon des formes connues, directes et assumées. Le retour d’un conflit majeur est désormais une hypothèse crédible. Mais l’usage de la force se fait également selon des modes d’action nouveaux, imprévisibles et plus insidieux, privilégiant l’intimidation et la manipulation, dans une forme de guerre nouvelle, indiscernable et non revendiquée, pour obtenir par le fait accompli des gains stratégiques indéniables ». Pour l’armée de Terre, il s’agit de faire conserver à la France son statut de puissance, ce qui passe par quatre objectifs stratégiques. Premièrement, disposer d’hommes mieux recrutés, mieux formés, ayant une éthique claire, bénéficiant d’une meilleure politique du personnel et qui participent, notamment via la réserve, au Service National Universel (SNU). Deuxièmement, des capacités s’appuyant sur l’exécution de la LPM, mais aussi le prochain Concept Terrestre Futur (CTF). Il s’agit aussi de fluidifier la maintenance et de s’impliquer dans des partenariats opérationnels, comme la CAMO (Capacité Motorisée) avec la Belgique. Troisièmement, il s’agit de recentrer l’entraînement sur le combat sur « l’engagement majeur », soit les opérations de haute intensité, avec une mise en évidence de la disponibilité et de l’employabilité des forces mais aussi une focalisation sur l’entraînement « multi-milieux », notamment international. Il s’agit également d’« amener la réserve à maturité » afin de « disposer d’une masse de réserve apte à couvrir si besoin le contrat « territoire national », et pouvant ultérieurement s’engager au‑delà de la fonction protection ». Quatrièmement, il s’agit de rechercher un fonctionnement simplifié, dans les flux d’informations tout en ayant un soutien plus orienté sur la réactivité des unités.

Ces quatre objectifs font à leur tour l’objet de 12 projets. Il s’agit notamment du CTF, qui a vocation à devenir un « projet capacitaire » ayant des conséquences sur le programme MGCS mais aussi sur l’artillerie du futur et la question du combat collaboratif. Il s’agit également de mettre en place une nouvelle politique de gestion des parcs afin notamment de permettre aux régiments de pouvoir s’entraîner de manière autonome. L’entraînement implique plusieurs projets comme celui de « l’établissement d’un schéma directeur à 15 ans, visant à augmenter les capacités d’entraînement : terrains de manœuvre intégrant des polygones en ambiance électromagnétique et cyber contrainte, secteurs en terrain libre, espaces aériens et outils de simulation distribuée » ou encore un exercice au niveau divisionnaire autour d’un « scénario dur » dans un « environnement très dégradé ». Les états-majors sont également appelés à évoluer afin de mieux intégrés la diversité des effets recherchés, matériels comme immatériels. D’autres projets sont plus centrés sur les facteurs humains, comme l’étude de la création d’une école technique ; la mise en place d’une « maison de l’armée de Terre » au profit des soldats comme de leurs familles. 

Le chantier est donc important et se déroule dans un contexte où l’armée de Terre connaît toujours un haut niveau d’engagement, tant sur le territoire national qu’en Afrique, par exemple. L’élimination d’Abdelamlek Droukdel, émir d’AQMI, a ainsi été tué au cours d’un raid le 3 juin, dans le nord du Mali. Pour l’armée de Terre, il s’agit ainsi de répondre à un spectre opérationnel aussi complexe que large. Hasard du calendrier, le contexte international montre la justesse de l’analyse. En Méditerranée, la frégate Courbet a été illuminée par des radars de conduite de tir turcs au cours d’une inspection de routine d’un cargo ; tandis que le conflit en Libye se durcit après s’être internationalisé – le pays n’est plus uniquement l’objet d’une guerre civile, il devient un enjeu de puissance pour plusieurs Etats. En Inde, ce sont des incidents autour du Ladakh avec la Chine faisaient 20 morts. Autant de raisons de penser que si la guerre entre Etats n’est pas certaine, les compétitions de puissance sont toujours bel et bien actives… et se densifient. 

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