CAMO : sous le capot de la coopération de défense européenne la plus avancée

CAMO porte sur la reconnaissance et le combat d’infanterie. Mais la vision stratégique adoptée sous le précédent gouvernement soulignait aussi le besoin du retour d’une artillerie de 155 mm, un temps abandonnée. De facto, qui dit numérisation dit aussi dilatation des espaces de bataille… et donc besoin d’appuis. L’achat d’artillerie de 155 mm est-il toujours à l’ordre du jour ? D’ailleurs, comment envisagez-vous les appuis dans le cadre de CAMO ?

L’achat d’une capacité artillerie est inscrit dans la vision stratégique et est fortement demandé par nos partenaires OTAN et UE. Elle est donc plus que jamais à l’ordre du jour. Cela devra être confirmé par le prochain gouvernement de plein exercice. Nous sommes bien évidemment en discussion avec nos partenaires français afin de recueillir un maximum d’informations et de faire le bon choix. Lors de l’exercice « Celtic Uprise », nous avons d’ailleurs déployé le système AFSIS – actuellement en service chez nous – aux côtés du système ATLAS français, et ce de manière au moins partiellement intégrée. Tout cela est donc en plein développement. Rome ne s’est pas faite en un jour.

Je tiens également à mentionner que le niveau d’ambition de la Composante est de pouvoir de nouveau disposer d’une capacité motorisée de niveau brigade. Or la brigade est doctrinairement le premier niveau interarmes structurel. L’artillerie, le génie, mais aussi la logistique, la maintenance et les communications font donc partie de la capacité motorisée. SCORPION, tout comme CAMO, a vocation de faire de la brigade interarmes le « porte-avions » des capacités terrestres. La brigade SCORPION sera en elle-même un système d’armes complexe et insécable, en ce sens que ses moyens seront SCORPION ou ne seront pas. Il n’y a pas de capacité motorisée sans artillerie de courte et moyenne portée, sans génie ou sans appui médical. Ces éléments devront d’une manière ou d’une autre être « scorpionisés ».

SCORPION est ontologiquement évolutif. Il y a certes les mises à jour logicielles, mais aussi les adaptations matérielles, notamment en matière d’adjonction de drones et de robots terrestres. Quelle est votre vision en la matière ? Au-delà, le CMO belge doit-elle évoluer au même rythme que le SCORPION français ?

La robotisation, qu’elle soit terrestre ou autre, est un fait inéluctable. Son développement nécessite des ressources pointues et coûteuses en termes de personnel et de moyens financiers.

Elle nécessite également une sérieuse remise en question de nos modes opératoires et suscite le débat sur le plan éthique. Cependant, c’est à la défense de s’adapter à son environnement et aux changements sociétaux, pas le contraire. En ce sens, la robotisation est déjà une réalité. C’est tout le sens d’un partenariat fort comme CAMO. La Belgique ne pourrait seule faire face à un tel défi, nous n’envisageons pas de nous engager dans cette voie sans un partenaire robuste.

La capacité ou même la volonté, du côté belge, à suivre le rythme n’est pas encore garantie, même si je pense personnellement que nous n’aurons pas le choix. Il est primordial dans toutes ces évolutions que nous puissions distinguer l’essentiel, l’indispensable de l’accessoire. À chaque nouvel incrément, nous allons devoir nous poser la question de savoir si l’interopérabilité native entre nos deux armées est mise en péril. Si c’est le cas, alors l’incrément deviendra une obligation.

CAMO est une transformation en profondeur de nombre d’aspects de la Composante Terre. Quels sont les points potentiellement les plus problématiques dans le processus de montée en puissance ?

Sans hésiter, le point qui focalise toutes mes inquiétudes concerne le personnel. Vous n’êtes pas sans savoir le défi face auquel la Composante Terre, mais aussi l’ensemble de la défense belge fait face. Les départs massifs à la retraite, les conséquences d’un manque chronique de recrutement depuis maintenant plus de vingt ans, couplés à la rétention parfois problématique des jeunes dans nos rangs, voilà ce qui mobilise mon attention, car cela conditionne l’existence même de la Composante Terre. Le soldat demeure le cœur du système.

Propos recueillis par Joseph Henrotin, le 7 mai 2020.

Légende de la photo en première page : Le Griffon, transport de troupes de la future CAMO. En réalité, comme le Jaguar, il constitue aussi un capteur devant nourrir les réseaux. (© Arquus)

Article paru dans la revue DSI hors-série n°72, « Numéro spécial : opérations terrestres  », juin-juillet 2020.

Bienvenue sur Areion24.news.
Ce site regroupe une sélection d'articles et d'entretiens rédigés par des spécialistes des questions internationales et stratégiques (chercheurs, universitaires, etc.) et publiés dans les magazines Diplomatie, Carto, Moyen-Orient et DSI.

Dans notre boutique

Sed venenatis velit, ut venenatis, sit tristique nec et, amet,
Votre panier
Areion24.news

GRATUIT
VOIR