La classe Kalvari et la modernisation sous-marine indienne

Quelle solution pour le P-75I ?

Dans un tel contexte politique, où la rationalité économique de long terme semble illusoire, il est difficile de se risquer à un pronostic sur un appel d’offres aussi compétitif que celui du P‑75I, où devraient s’affronter les industriels russes, français, allemands et suédois. Si la logique initiale des projets P‑75/P‑75I était respectée, l’Inde devrait choisir un nouvel industriel afin de diversifier les transferts de technologies et de disposer d’un savoir-­faire étendu quand viendra l’heure de concevoir ses propres bâtiments. Bien entendu, la réalité est tout autre. La très grande majorité des ouvriers ayant travaillé sur les Shishumar n’étaient plus employés par MDL lorsque la construction des Kalvari a débuté. Et la situation pourrait être encore pire entre les Kalvari et le P‑75I, des questions politiques d’aménagement du territoire pouvant pousser à sélectionner non seulement un autre fournisseur que Naval Group, mais également un autre chantier naval que MDL, imposant de reconstruire une seconde capacité industrielle tout en abandonnant une grande partie des acquis obtenus avec les Kalvari.

Resterait alors, pour Naval Group, à convaincre les autorités indiennes de changer leur modèle de politique industrielle et d’opter pour sa variante du P‑75I, qui ne serait pas un Scorpène agrandi, mais bien un nouveau type de bâtiment de la classe des 3 000 t conçu sur mesure pour les besoins indiens. Si les autorités indiennes devaient attribuer le P‑75I à Naval Group (et MDL), cela ouvrirait la voie à une collaboration profonde et durable avec un unique partenaire occidental. De quoi permettre de tirer profit des acquis du Kalvari, puis de ceux du P‑75I, afin de concevoir par la suite un sous-­marin local héritier des designs de Naval Group, comme la Corée du Sud a pu le faire avec les ses KSS‑I (Type‑209), KSS‑II (Type‑214) et KSS‑III (de conception locale). Cela nécessiterait tout de même que les instances politiques reconnaissent l’inefficacité de leur planification initiale, une situation qui serait inédite, mais qui marquerait une réelle volonté de répondre à la crise capacitaire dont souffre l’Indian Navy depuis 25 ans.

SNA et SNLE en Inde
L’Inde s’est très tôt intéressée aux SNA/SNLE. Dès 1988, elle louait ainsi à l’URSS un type Charlie‑I, l’INS Chakra. Ce dernier a été rétrocédé en 1990 notamment parce que les Indiens n’avaient pas accès à l’ensemble du bâtiment, partiellement armé par des marins soviétiques. Delhi a poursuivi sur cette voie en contractant un leasing de 10 ans pour un nouvel INS Chakra. Concrètement, elle a partiellement financé la fin des travaux du Nerpa, un Akula II mis sur cale en 1993. Après des essais en mer problématiques – 20 personnes décéderont par asphyxie en 2008 au cours d’une plongée – et une entrée en service temporaire en Russie, le bâtiment passe à la marine indienne en janvier 2012, pour 10 ans et un coût de 970 millions de dollars. Il a subi en octobre 2017 un nouvel accident, le dôme sonar étant abîmé.

Le premier sous-­marin à propulsion nucléaire de conception indienne, issu du programme ATV (Advanced Technology Vessel), baptisé INS Arihant, a été lancé le 26 juillet 2009. La cérémonie concluait 24 ans d’efforts, le programme ATV ayant été lancé en 1985. Ce SNLE est dérivé des Victor III russes. D’un déplacement de « plus de 6 000 t » (vraisemblablement en plongée) pour une longueur de 112 m, il est propulsé par un réacteur nucléaire d’une puissance de 83 MW de conception nationale. Les officiels indiens ont par ailleurs souligné l’aide apportée par la Russie dans son développement. L’Arihant aurait une profondeur maximale d’immersion de 300 m, pourrait atteindre une vitesse 24 nœuds et son équipage serait composé d’une centaine d’hommes. D’après la presse indienne, il est équipé de tuiles anéchoïques, mais aussi de sonars (de proue USHUS et de coque) de conception indienne, de même que d’un mât optronique.

Les essais à la mer de l’INS Arihant, premier sous-­marin à propulsion nucléaire de conception et de construction indiennes, ont commencé le 15 décembre 2014 dans la plus grande discrétion. Le premier tir du missile K‑15 est intervenu en novembre 2015 et celui du K‑4 en 2016. L’Arihant est entré en service en août 2016, la première patrouille de dissuasion étant conduite en 2018. Originalité du design, le bâtiment ne compte que quatre tubes de lancement pour quatre missiles K‑4 ou 12 missiles K‑15. Une deuxième unité, l’Arighat, a été lancée en novembre 2017. Deux autres bâtiments entreraient également en service d’ici à 2023, cette fois dotés de huit tubes de lancement. En 2015, Delhi a également relancé l’idée de construire six SNA en tirant parti de l’expérience accumulée avec la classe Arihant. Leur développement est toujours en cours et devrait déboucher sur une première mise sur cale en 2025.

Notes

(1) Près de 500 entreprises indiennes seront auditées, une quarantaine seulement reçoivent l’accréditation de Naval Group, et seules 22 participent effectivement au programme P‑75 pour le moment.

(2) Si la presse étrangère a pu assister à la cérémonie de mise en service du Khanderi, il nous a été interdit de poser la moindre question lors de la conférence de presse de l’Indian Navy, et nous n’avons pas non plus été autorisés à assister au lancement de la première frégate de classe Nilgiri, qui avait lieu le même jour dans le même chantier naval

Légende de la photo en première page : L’INS Khanderi, admis au service actif fin septembre 2019. (© Y. Smaldore)

Article paru dans la revue DSI n°145, « Bombardiers russes : Quelle modernisation ? », janvier-février 2020.

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