Quand la Chine se pense en grande puissance

Une grande puissance comme une autre ?

Pékin cherche aujourd’hui à faire la promotion de sa vision renouvelée des relations internationales et de l’organisation du monde, et elle se pense en grande puissance. À ce titre, l’affirmation de puissance de la Chine, tant dans sa dimension économique, politique que stratégique, est une réalité consommée en Asie-Pacifique et de plus en plus perceptible dans d’autres régions. La question se pose donc de savoir si la Chine, qui est aujourd’hui dans une dynamique d’affirmation à la fois de son poids géopolitique régional et du contrôle de son territoire et de ses frontières, joue plutôt la carte de la confrontation ou celle de la coopération économique, a priori plus adaptée à l’intégration régionale asiatique et à la mondialisation. À moins qu’elle ne privilégie les deux en s’appuyant sur un contexte géopolitique dans lequel les initiatives bilatérales se multiplient. Il est donc important, sinon urgent, de connaître les ambitions chinoises en matière de politique étrangère en Asie-Pacifique, espace dans lequel la stratégie expansionniste de Pékin rencontre les plus fortes résistances. Les exemples du Japon, de l’Asie du Sud-Est et, plus encore, de Taïwan et de Hong Kong, sont de précieux indicateurs des perceptions extérieures de la montée en puissance chinoise et de la volonté affichée par Pékin de jouer un rôle accru dans les relations internationales. De leur côté, les puissances occidentales doivent accepter la nouvelle réalité d’une Chine superpuissance, sans fatalité et sans opposition stérile. Et elles doivent surtout se demander si la Chine est, dans la pratique de sa puissance, fondamentalement différente de ce qu’elles proposèrent pendant des siècles, ou s’il ne s’agit pas au contraire d’une grande puissance comme les autres, avec ses vertus et ses excès.

Lexique
Consensus de Pékin : Modèle de relations bilatérales proposé par la Chine, notamment auprès des pays en développement, qui met l’accent sur le soutien aux projets d’infrastructures et de développement économique, privilégiant la non-ingérence dans les affaires intérieures du pays, par opposition au consensus de Washington.

Consensus de Washington : Corpus de mesures d’inspiration libérale (discipline budgétaire, réforme fiscale, privatisation des monopoles d’État, protection de la propriété privée, etc.) appliqué par les institutions financières internationales siégeant à Washington (Banque mondiale et Fonds monétaire international) aux économies en difficulté, et résumé par l’économiste John Williamson en 1989. Par extension, les pays occidentaux proposent un modèle de développement dans lequel leur soutien est soumis à la mise en œuvre de politiques en faveur du libre-échange, de la lutte contre la corruption, des droits civiques et de la démocratisation. Piège de Thucydide : Ce concept récemment repris par le politologue G. Allison fait référence à un passage de la Guerre du Péloponnèse dans lequel Thucydide voit comme cause non avouée de cette guerre la crainte suscitée chez les Lacédémoniens par le rapide développement d’Athènes. Un cas de figure qui, selon G. Allison, s’est répété à de nombreuses reprises dans l’histoire du monde.

Notes

(1) Stefan Halper, The Beijing Consensus : How China’s Authoritarian Model Will Dominate the 21st Century, New York, Basic Books, 2010.

(2) Zhao Tingyang, Tianxia, tout sous un même ciel, Paris, CERF, 2018.

(3) David Shambaugh, China Goes Global : The Partial Power, New York, Oxford University Press, 2013.

(4) À ce titre, lire Peter Frankopan, Les nouvelles routes de la soie : l’émergence d’un nouveau monde, Bruxelles, Nevicata, 2018.

(5) Cf. notamment la rubrique « Géoéconomie » sur les investissements chinois en Amérique latine (Mathieu Arès) et en Europe (Catherine Mercier-Suissa) dans Diplomatie no 86, Paris, Areion Group, mai-juin 2017 [NdlR].

(6) Chris Patten, East and West : The Last Governor of Hong Kong on Power Freedom and the Future, New York, McClelland & Stewart, 1998.

(7) Les deux premiers pays concernés furent le Kenya et la Thaïlande, mais d’autres (proches de Pékin) ont suivi.

(8) Lire à ce sujet Claude Meyer, L’Occident face à la renaissance de la Chine : défis économiques, géopolitiques et culturels, Paris, Odile Jacob, 2018.

Légende de la photo en première page : Le président chinois Xi Jinping aux Nations Unies à Genève, en 2017. Ayant peu à peu conquis des pouvoirs bien plus étendus que ses prédécesseurs, il centralise la conception et la direction d’une politique étrangère et de sécurité beaucoup plus ambitieuse quant au rôle de la Chine dans le monde, comme en témoignent ses nombreuses visites à l’étranger, aussi bien de grandes puissances, que de tout petits pays, tels les Fidji. (© UN/Jean-Marc Ferré)

Article paru dans la revue Diplomatie n°101, « La Chine au XXIe siècle : Quelles ambitions ? Quelle puissance ? », novembre-décembre 2019.

• F. Lasserre, É. Mottet et B. Courmont (dir.), Les nouvelles routes de la soie : géopolitique d’un grand projet chinois, Québec, PUQ, octobre 2019, 296 p.

• B. Courmont et É. Mottet, L’Asie du Sud-Est contemporaine, coll. « Asies contemporaines », Québec, PUQ, 2019.

À propos de l'auteur

Barthélémy Courmont

Barthélémy Courmont

Maître de conférences et directeur du master « Histoire – Relations internationales » à l’Université catholique de Lille, directeur de recherche responsable du programme Asie-Pacifique à l’Institut de relations internationales et stratégiques, rédacteur en chef d’Asia Focus, auteur de nombreux ouvrages sur l’Asie.

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