Lutte contre le terrorisme : pour une plus grande participation des forces spéciales européennes

Lors de sa visite au 4e régiment d’hélicoptères des forces spéciales, à Pau, en juin dernier, la ministre des Armées, Florence Parly, a souligné l’importance d’une plus grande participation européenne aux opérations spéciales dans la lutte contre le terrorisme.

La France se sent-elle un peu seule dans son combat contre le terrorisme ? Florence Parly a en tout cas insisté sur la nécessité d’une implication plus grande des pays européens dans la lutte contre le terrorisme au Sahel.

L’UE doit s’engager militairement aux côtés de la France

En effet, comme le soulignait récemment Renaud Girard, « de défaite en défaite, l’islamisme progresse ». La menace terroriste persiste et la France reste très présente avec deux opérations importantes : au Levant, avec 1 000 soldats au sein de la coalition contre Daech, et au Sahel, avec 4 500 soldats déployés dans le cadre de l’opération « Barkhane ».

La ministre des Armées a insisté sur le fait que si le Mali, le Niger et le Burkina Faso n’étaient pas stabilisés, l’Europe aurait deux épées de Damoclès au-dessus de sa tête : le terrorisme et les prises d’otages, et les migrations illégales, dont beaucoup passent par ces territoires.

L’objectif est de travailler étroitement avec les forces armées sahéliennes, de les accompagner après les avoir formées, jusque dans les combats. Si les Européens ne le font pas, personne ne le fera.

Dans ce contexte, la France appelle ses partenaires européens à engager leurs forces spéciales pour appuyer les Français. « Elles en sont capables dès lors qu’elles le veulent », a indiqué Florence Parly qui a par ailleurs discuté de ce projet avec plusieurs de ses homologues. Il semblerait qu’elle ait été écoutée et entendue, car des éléments encourageants sont ressortis de ces discussions.

Aujourd’hui, 23 armées européennes sont présentes au Sahel. L’UE forme l’armée malienne dans le cadre de la Mission de formation de l’Union européenne au Mali. L’UE injecte 300 millions d’euros par an dans diverses actions et missions et dans l’aide au développement des pays de la bande sahélienne.

Mais la France souhaite un engagement militaire plus franc, car l’UE est « moins présente sur le haut du spectre », a ajouté la ministre des Armées. L’Europe doit ainsi intégrer l’action contre le terrorisme dans un schéma plus global. C’est la raison pour laquelle Florence Parly a créé, au sein de l’Initiative européenne d’intervention (IEI), un groupe spécial voué à la dimension militaire du terrorisme.

Initiative européenne d’intervention : une volonté stratégique commune

L’IEI a été créée en 2018 par les ministres de la Défense de l’Allemagne, de la Belgique, du Danemark, de l’Espagne, de l’Estonie, de la France, des Pays-Bas, du Portugal et du Royaume-Uni (la Finlande l’a rejointe plus tard) pour redynamiser l’Europe sur le plan stratégique. Elle vise à renforcer « l’Europe qui protège » en favorisant une culture stratégique commune, en nouant des partenariats intra-européens et en renforçant la solidarité et les capacités au sein d’un groupe de pays qui partagent la volonté politique et les capacités militaires nécessaires pour assumer leurs responsabilités.

L’objectif est mettre en œuvre des coopérations opérationnelles dans l’anticipation stratégique, le développement de scénarios, la planification, les retours d’expérience et le partage de doctrines. Il s’agira également de renforcer la coopération militaire.

Le 7 novembre 2018 ont été lancés les Military European Strategic Talks (MEST). Ces réunions de hauts représentants d’états-majors ont pour but de conduire les travaux opérationnels de l’IEI pour aboutir à une culture stratégique commune. Ces MEST reposent notamment sur le partage du renseignement. L’IEI est une structure indépendante de l’OTAN et de l’UE, mais qui travaille avec ces deux entités, car les trois ont un objectif commun qui est de veiller à ce que l’Europe soit en mesure de réagir à toute menace, actuelle ou future, contre sa sécurité et sa stabilité.

Dans ce contexte de coopération, le Parlement danois a validé, le 24 octobre dernier, le déploiement de deux hélicoptères Merlin à Gao, avec 70 militaires pour assurer la maintenance. Ce déploiement sera effectif dès le mois de décembre 2019. Le Danemark a en outre décidé d’envoyer un avion C-130J et 65 militaires pour soutenir la mission de l’ONU pour la stabilisation du Mali (MINUSMA).

Quelques jours après le vote du Parlement danois, Florence Parly était en Estonie pour rencontrer les militaires français qui participaient à Lynx 6, mandat de soutien aux alliés dans le cadre de l’OTAN. La ministre des Armées a profité de ce déplacement pour remercier les soldats estoniens engagés aux côtés des Français au Sahel (opération « Barkhane »).

La lutte contre le terrorisme se poursuit

Malgré la mort d’Al-Baghdadi, chef de l’État islamique, et la fin du « califat », Daech n’a pas été détruit. Une partie des djihadistes a fui vers l’Irak, et une autre vers la Syrie, notamment à Idlib. La ministre des Armées a indiqué que Daech était « en quelque sorte déterritorialisé ; Daech est dispersé ; mais Daech est réorganisé ; Daech est toujours menaçant, au moins autant qu’en 2012. […] Même lorsqu’elle croupit dans les prisons kurdes, ce n’est pas une armée qui se rend : c’est une armée qui attend son heure ».

Des milliers de combattants se dispersent vers la Libye, l’Afghanistan, l’Asie du Sud-Est, les Balkans, le Caucase, peut-être le Maghreb et même la France. Cette lutte s’inscrit dans la longue durée. Les succès stratégiques et donc politiques ne seront produits que dans ce temps long. C’est pour cela que la France ne pourra supporter seule le poids de cette guerre. Elle a besoin de ses alliés, d’unités combattantes, notamment de forces spéciales, car le terrorisme n’est pas une menace qui concerne exclusivement la France. Florence Parly a parlé à juste titre d’un « devoir de solidarité ».

Légende de la photo ci-dessus : Ursula von der Leyen, alors ministre fédérale allemande de la Défense, et Florence Parly. Si l’Allemagne envoie des troupes dans le cadre de la mission de l’ONU au Mali (MINUSMA), la France a besoin d’unités combattantes et notamment de forces spéciales.(© Mueller/MSC)

Article paru dans la revue DefTech n°05, « Technologies & guerres du futur », septembre-octobre 2019.

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