Le Multidomain Command and Control (MDC2) : l’occasion de rénover notre C2

Par ailleurs, pour un théâtre d’opérations donné, c’est le niveau opératif qui définit « ce qu’il faut faire ». C’est dans le cadre prévu par ce « quoi » que doit s’inscrire la réflexion des niveaux tactiques, même si elle évolue pour prendre en compte l’intégration d’effets multidomaines. À l’échelle d’un théâtre d’opérations, qui est la dimension propre au niveau opératif, la réflexion se porte sur un environnement opérationnel plus large, plus global, que les seuls cinq domaines envisagés et prend par exemple en compte les aspects politique, économique, militaire, social, d’infrastructure et d’information (17). Les effets envisagés au niveau opératif dépassent de plus le champ matériel pour se porter également sur l’immatériel, l’influence, le ressenti, effets qui peuvent trouver leur origine dans des actions cinétiques ou non cinétiques.

Aussi, au niveau tactique, la prise en compte des opérations multidomaines par des centres de commandement et de conduite adaptés ne constitue qu’un volet d’une approche plus large, et ne devrait pas être perçue comme une menace pour le niveau opératif. Au contraire, ces C2 rodés au multidomaine (18) ne peuvent que renforcer l’efficacité de toute la chaîne de commandement. Compte tenu des réalités géopolitiques et technologiques qui serviront probablement de cadre à nos engaments futurs, il est nécessaire d’appréhender les opérations aériennes sous le prisme des cinq milieux de confrontation : terre, air, mer, espace, cyberespace.

L’extension de la décentralisation au contrôle et non plus à la seule exécution reste à explorer. La maîtrise d’un cycle plus rapide, plus agile et apte à faire face à tous les types de confrontations repose sur des personnels formés à la méthodologie de la conception des opérations et à la maîtrise d’outils performants. La professionnalisation, au moins partielle, de la fonction C2 est inhérente à la mise en place d’un C2 multidomaine. L’accès des composantes au MDC2 ne constitue pas pour autant une menace pour le niveau opératif qui n’a pas une approche exclusivement militaire, mais une approche plus large, plus globale. Cette nouvelle dimension accordée au niveau tactique ne peut que renforcer la structure de commandement nationale.

Notes

(1) Dans le reste du document, les domaines identifiés sont les trois domaines physiques traditionnels – terre, air et mer – ainsi que l’espace exoatmosphérique et le cyberespace.

(2) David Pappalardo, « Apporter de la tangibilité au concept du combat multidomaine. To buzz or not to buzz ? », DSI, hors-série no 70, février-mars 2020.

(3) Il semble que nous n’ayons pas eu le même recul, convaincus peut-être d’être protégés par les dividendes de la paix.

(4) Anti Access/Area Denial.

(5) Les attentats du 11 septembre 2001 en sont une dramatique illustration.

(6) Air Tasking Order.

(7) Au sens de Command and Control. Au terme Command est associé une forte responsabilité de conception, alors que le contrôle est davantage orienté vers la réalisation. Selon la DIA 3.0 « Commandement des engagements opérationnels hors territoire national » no 127/ARM/CICDE/NP du 17 juillet 2019, contrôler est s’assurer du respect des directives et des ordres, diriger l’exécution des actions militaires qui en découlent et en évaluer les résultats et les effets produits.

(8) Que l’on peut assimiler à la conception.

(9) Le suivi de la conformité du déroulement de l’ATO et éventuellement la prise de décision pour faire face aux imprévus.

(10) La réalisation concrète de l’ATO et le respect de l’ACO (Airspace Coordination Order) – les zones et couloirs aériens militaires mis en place pour favoriser l’action des aéronefs et éviter les tirs fratricides – par les vecteurs aériens.

(11) L’analyse du résultat des missions afin d’orienter les actions à venir.

(12) Qui, comme nous l’avons vu, pourraient faire d’une première analyse par des effecteurs « sachant » comme le mission controler.

(13) Selon Le Monde (9 février 2017), « 65 % des écoliers d’aujourd’hui exerceront des métiers qui n’existent pas encore ».

(14) Dans l’USAF, une spécialité – « 13 O » – a été créée et la première promotion de spécialistes – des commandants et des lieutenants-colonels pilotes, contrôleurs, spécialistes des SIC, etc. – a été formée.

(15) Integrated Air Defense System.

(16) En l’occurrence, il s’agit des échanges entre le niveau opératif et le niveau tactique lors de la phase de conception d’une opération.

(17) Approche PEMSII.

(18) Qui devrait voir disparaître l’appellation JFAC.

Légende de la photo en première page : Le C2 est un enjeu majeur pour les forces aériennes, qu’elles opèrent ou non en coalition. (© US Air Force)

Article paru dans la revue DSI n°147, « Guerre aérienne et opérations multidomaines », mai-juin 2020.

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