L’artillerie russe : le retour du « dieu de la guerre » ?

Les canons automoteurs lourds 2S3 Akatsiya et 2S5 Giatsin-S seront quant à eux remplacés par des modèles plus performants. Doté d’un canon 2A33 de 152 mm installé sur un châssis chenillé dérivé de celui du 2K11 Krug et emportant une dotation de 40 obus (portée à 46 obus par la suite) pouvant frapper jusqu’à 20 km, le 2S3 a été admis au service en 1971 et a été produit à plus de 4 000 exemplaires jusqu’en 2003. Il en resterait environ 800 en service, qui devraient être remplacés par les MSTA‑S et Koalitsiya‑SV. Il est vrai que sa faible cadence de tir (entre 2 et 4 obus/min) a scellé le sort de ce modèle. Quant au 2S5 doté d’un tube 2A37 de 152 mm installé sur un châssis chenillé identique à celui du 2S3, il a été produit entre 1976 et 1993 à un peu plus de 2 000 exemplaires. Ce canon automoteur emportant 30 obus avait été envisagé pour pouvoir tirer également un obus à charge nucléaire pouvant frapper à 20 km de distance… Inutile de préciser pourquoi cette idée a été abandonnée. La Russie dispose actuellement d’une centaine de 2S5 en service, qui sont progressivement retirés au profit des versions modernisées du MSTA‑S.

Lance-roquettes multiples

Outre l’artillerie à base de canons, la Russie dispose également d’un vaste ensemble de lance-­roquettes multiples (LRM) que l’on peut classer en trois catégories selon les roquettes emportées : les lanceurs de 300 mm, de 220 mm et de 122 mm. Les véhicules employés sont quasi exclusivement des véhicules d’origine soviétique (donc accusant leur âge) et la Russie a lancé un programme de rattrapage visant à moderniser rapidement sa flotte de LRM, ces derniers systèmes étant capables de générer un volume de feu important, mais manquant cruellement de précision. Outre les trois modèles principaux hérités de l’époque soviétique que sont les Smerch, Uragan et Grad, la Russie a lancé un programme de modernisation sur la base d’une plate-­forme standardisée moderne reprenant des composants mécaniques existants et éprouvés issus des systèmes qu’elle est censée remplacer : le Tornado (8).

Dans la catégorie des roquettes lourdes de 300 mm, on retrouve le lanceur 9K58 Smerch (entré en service en 1987) monté sur un châssis à roues (8 × 8) MAZ‑79111 ou sur un MAZ‑543M et emportant 12 roquettes pouvant frapper jusqu’à 90 km (9). La flotte de Smerch (une centaine d’unités au sein des forces terrestres) est actuellement renforcée avec l’arrivée des 9K515 Tornado‑S. Ces derniers sont en réalité des Smerch montés sur châssis MAZ‑543M emportant 12 tubes de 300 mm et disposant d’une nouvelle conduite de tir automatisée, d’un système de navigation basé sur le système GLONASS, de la capacité d’emporter de nouvelles munitions ainsi que d’un temps de (re)déploiement réduit visant à limiter les risques d’être victime d’un tir de contre-­batterie. Les estimations les plus fiables indiquent que la Russie disposerait d’environ 50 Tornado‑S en service, ce dernier étant toujours en production pour un remplacement de l’intégralité de la flotte de Smerch dans quatre à cinq ans si le rythme de fabrication actuel est conservé. Néanmoins, et cela reste à confirmer, il semble que la Russie souhaite non plus remplacer sa flotte de Smerch, mais bien la faire passer au standard Tornado‑S, les travaux principaux consistant à remplacer le système de tir et à ajouter le système GLONASS.

La catégorie intermédiaire de LRM de 220 mm comprend le 9K57 Uragan, entré en service en 1975 et monté sur un châssis à roues (8 × 8) ZIL‑135LM. Il est doté de 16 tubes pouvant frapper des cibles jusqu’à 35 km. La Russie dispose d’environ 200 unités en service, auxquelles s’ajoutent 400 véhicules stockés en réserve. Le système Uragan devrait disparaître à moyen terme, notamment en raison de l’obsolescence de son châssis ainsi que du manque de précision du système. Il est prévu qu’il soit en partie remplacé par une variante modernisée acquise en petites quantités, le 9K512 Uragan‑M : ce système construit sur un châssis à roues (8 × 8) MZKT‑7930 présente la particularité de pouvoir emporter deux types de tubes : soit 30 tubes de 220 mm, soit 12 tubes de 300 mm.

Avec une roquette de 122 mm, il s’agit du plus petit modèle mis en œuvre par l’armée de terre russe bien que le système l’employant soit l’un des plus célèbres : le 9K51 Grad. Ce LRM dont le développement a commencé en 1959 a été admis au service en 1963 et produit à plus de 8 500 exemplaires entre 1963 et 1988. Décliné en plusieurs variantes, ce système peut être monté sur châssis à roues (6 × 6) Ural ou Kamaz et peut tirer 40 roquettes en quelques secondes à une distance maximale de 40 km (selon la munition employée et sur les dernières versions du véhicule seulement). Le nombre important de roquettes embarquées vient en réalité compenser leur manque de précision. Bien qu’il reste environ 500 unités en service dans les forces terrestres russes (et plus de 2 000 en réserve [10]) , le Grad approche de la fin de carrière, son remplacement étant en cours par le 9K51M Tornado‑G. Comme sa dénomination le laisse penser, le 9K51M Tornado‑G est une variante modernisée du 9K51 Grad qui est construite sur un châssis à roues (6 × 6) Ural‑4320 disposant de 40 tubes de 122 mm identiques à ceux du Grad, mais pouvant emporter une panoplie plus large de roquettes. Les principales améliorations ont consisté à remplacer la conduite de tir et à installer des systèmes de navigation par satellite. La Russie a même lancé les travaux (11) visant à moderniser les Grad les plus récents en les portant au standard Tornado‑G, ce qui permettra de renouveler plus vite sa capacité en lanceurs de roquettes de 122 mm. Enfin, elle étudie également la possibilité de monter le système Tornado-G sur un châssis à roues (8 × 8) Kamaz‑63501 (12), ce qui permettrait d’augmenter la capacité de frappe avec la mise en œuvre de 40 tubes de 122 mm pouvant être rapidement rechargés grâce à l’emport direct des roquettes nécessaires ; une solution qui a pour avantages un gain de temps important ainsi que la réduction de l’empreinte logistique du système (plus besoin de véhicules de rechargement).

Il reste le cas spécifique du système TOS‑1A (13) aussi connu sous le nom de Solntsepyok (14) qui est un système de LRM doté de 24 tubes de 220 mm, monté sur un châssis chenillé de char T‑72. Sa spécificité est qu’il met en œuvre des roquettes thermobariques pouvant frapper à une distance maximale de 6 km afin notamment de détruire des objectifs blindés ou enterrés ainsi que des bâtiments. L’emploi du châssis de T‑72 découle d’une des faiblesses du système : la faible distance de frappe des roquettes qui nécessite de disposer d’une protection accrue pour l’équipage. Vu sa spécificité (emploi de roquettes thermobariques) et contrairement aux autres systèmes LRM, le TOS‑1A n’est pas employé par les forces terrestres russes, mais par les troupes de protection NBC (15). Les informations disponibles à propos de ce système varient, mais il semblerait qu’une petite cinquantaine de TOS-1A soient en service. À noter que la Russie travaille sur une version à roues qui serait baptisée TOS‑2 Tosochka et qui reprendrait (le conditionnel est de rigueur) le châssis du camion (6 × 6) Tornado‑U.

L’artillerie tractée

Outre les véhicules autotractés, la Russie dispose également d’un parc important d’artillerie tractée qui emploie les canons mis en œuvre par l’artillerie autotractée ; cette artillerie tractée a d’ailleurs été à l’honneur lors des opérations en Syrie puisqu’elle a été abondamment employée sur les différentes zones d’intervention, ce qui a semble-t-il remis au premier plan l’utilité de tels équipements pour les militaires russes. Les trois modèles mis en œuvre par les forces terrestres russes ainsi que la marine sont les canons 2A18M (D‑30A) de 122 mm (équipant le 2S1 Gvozdika), 2A65 MSTA‑B de 152 mm (équipant le 2S19 MSTA‑S) et 2B16 Nona‑K de 120 mm (équipant le 2S9 Nona‑S).

Le plus ancien de ces modèles est le 2A18M de 122 mm qui est en fin de carrière, son retrait des forces terrestres étant en cours (il est remplacé par des véhicules autotractés ou des MSTA‑B) ; il reste néanmoins en service au sein de la marine, des troupes aéroportées ainsi que de la garde nationale, bien que ce soit en nombre restreint. Le principal modèle de canon tracté employé en Russie est le 2A65 MSTA‑B de 152 mm. L’armée de terre dispose de 150 unités (et environ 500 autres stockées en réserve) et la marine de 50 unités. Enfin, le 2B16 Nona‑K, un mortier à chargement par la culasse de 120 mm, est en service au sein des forces terrestres russes à raison d’une centaine d’unités et au sein de la Marine à raison d’une vingtaine d’unités. On le voit, cette catégorie d’artillerie est loin d’être massivement représentée dans la dotation russe, les dirigeants militaires semblant privilégier l’emploi d’artilleries autotractées.

Véhicules aérotransportables

Outre l’artillerie déployée par les forces terrestres et la marine, il y a également les véhicules à disposition des troupes aéroportées (VDV). Ces derniers sont donc pensés et conçus pour être facilement aérotransportables à bord des Il‑76MD Candid et An‑12 Cub, ceci limitant donc fortement leur taille. Or les ingénieurs soviétiques ont fait simple en mettant au point la famille des Nona‑S : basé sur le châssis du blindé à chenilles BTR‑D sur lequel est installé sous tourelle un mortier 2A51 de 120 mm pouvant emporter jusqu’à 40 munitions et dont la portée maximale s’établit à 14 km. Étant donné les contraintes d’encombrement et de masse, le véhicule ne dispose pas d’un blindage lourd, et l’équipage n’est donc que faiblement protégé. L’emploi du châssis de BTR‑D fait que le véhicule est également amphibie. Entré en service en 1981 et produit jusqu’en 1996 à raison de 1 432 exemplaires, le 2S9 Nona‑S va donner naissance à plusieurs versions améliorées : 2S9‑1, 2S9‑1M. Les VDV disposent d’environ 250 Nona‑S actifs (ainsi qu’environ 500 véhicules supplémentaires stockés) tandis qu’une trentaine de véhicules sont en service dans la marine.

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