L’artillerie russe : le retour du « dieu de la guerre » ?

Une version basée sur le châssis à roues (8 × 8) du BTR‑80 a également été mise au point : c’est le 2S23 Nona‑SVK qui dispose d’un mortier de 120 mm, installé sous tourelle, alimenté à raison de 30 obus et pouvant frapper jusqu’à des distances de 12 km. Entré en service en 1991, il est toujours en service au sein de l’armée de terre (une trentaine d’unités) ainsi que dans la marine (12 unités). Enfin, on peut noter la création du 2S31 Vena construit sur un châssis de BMP‑3 et équipé d’un mortier 2A80 de 120 mm installé en tourelle et alimenté à raison de 70 obus disposant d’une portée maximale de 14 km. Le projet, lancé en 1996, a débouché sur la construction d’un premier lot de véhicules de présérie livrés en 2010, mais sans déboucher sur des commandes supplémentaires pour l’instant, bien que le besoin principal sous-jacent à sa création, le remplacement des 2S9 Nona‑S, soit toujours présent.

L’artillerie future

L’armée de terre russe dispose d’une incroyable panoplie d’artillerie composée de plusieurs types de véhicules aptes à emporter un vaste panachage de munitions permettant de traiter tous types d’objectifs. Les programmes de modernisation et de renouvellement sont en cours et il est utile de rappeler que là où l’URSS privilégiait la masse du feu (en gros, une frappe massive, mais peu précise), la Russie introduit des équipements lui permettant de limiter la masse du feu tout en améliorant significativement la précision des frappes, les distances d’engagement ainsi que les vitesses de (re)déploiement pour notamment éviter le tir de contre-batterie.

Il est d’ailleurs intéressant de voir que les projets originaux, qui tablaient sur le remplacement des nombreuses variantes en dotation, sont actuellement mis de côté au profit d’une modernisation des équipements ayant encore un potentiel important, ce qui permet in fine aux forces armées russes de disposer d’une solution pour chaque problème. En outre, l’intégration de l’artillerie russe au sein du ROS (16) – Système de reconnaissance et de tir – permettant aux autres équipements déployés (AWACS, drones, etc.) de transmettre les coordonnées des cibles aux véhicules d’artillerie accroît significativement l’efficacité puisque ce système de reconnaissance avancée est couplé avec des moyens de ciblage beaucoup plus précis qu’auparavant et intègre également une capacité de guerre électronique visant à neutraliser/restreindre la capacité de contre-batterie ennemie. Ce faisant, la Russie a mis en place un système intégré sur lequel travaillait déjà l’URSS, mais dont les travaux avaient été interrompus lors de la disparition de cette dernière.

Le dernier élément qui est pour le moins surprenant lorsque la question de l’artillerie russe est abordée, c’est l’absence (quasi totale) d’artillerie automotrice à roues. Alors que cette solution est de plus en plus employée par les armées occidentales au détriment des plates-­formes sur chenilles, la Russie dispose dans ses cartons du projet de 2S35‑1 Koalitsiya‑SV‑KSh reprenant la tourelle du 2S35 Koalitsiya‑SV, mais installée sur un châssis à roues (8 × 8) Kamaz‑6560. Cependant, malgré les premières images publiées d’un prototype de ce modèle en 2017, il ne semble pas que cette solution suscite un grand enthousiasme. Pourtant, le gain de mobilité offert par ce type de plates-­formes plus légères (et donc moins onéreuses à l’acquisition) tout en conservant une grande capacité de frappe cadrerait bien avec les moyens russes. Il reste à voir si cette option sera suivie d’une production en série à terme. Néanmoins, le projet récent de 2S43 Malva envisageant de monter un canon 2A65 de 152,4 mm sur un châssis à roues BAZ‑6010‑27 indique un intérêt accru des décideurs russes pour cette question (bien que le choix d’un modèle de canon ancien soit surprenant) ; ces projets de canons automoteurs sur roues signeraient le retour à une artillerie plus facilement déployable par rapport aux véhicules chenillés et s’intégreraient dans le programme Nabrosok visant à développer plusieurs mortiers automoteurs (à roues et à chenilles) venant remplacer notamment la flotte de mortiers russes. Mais cela sort du cadre de ce passage en revue, ces projets n’en étant qu’au stade des essais.

Vu l’ampleur de l’artillerie russe et l’importance qui lui a été accordée récemment ainsi que les développements en cours et à venir, si elle n’est pas (encore ?) le « dieu de la guerre », il n’empêche qu’elle est en en passe de détenir une position dominante au sein des forces armées terrestres russes, que ce soit du point de vue opérationnel ou du point de vue doctrinal, et que les développements à venir seront très certainement intéressants à suivre. 

Notes

(1) Également connu sous le nom de Katyusha (Катюша).

(2) Le projet a été abandonné par la suite.

(3) Disposant de six galets de roulement.

(4) Disposant de sept galets de roulement.

(5) Les chiffres varient, mais en comparaison avec les dernières variantes de MSTA-S, le nombre de 14 obus est crédible.

(6https://​ria​.ru/​2​0​1​9​1​2​1​7​/​1​5​6​2​4​3​4​2​5​6​.​h​tml.

(7) Et environ 2 000 véhicules stockés en réserve.

(8) Торнадо.

(9) Le Smerch peut également mettre en œuvre le missile 9M542 qui offre une capacité de frappe à 120 km.

(10) Bien qu’ils soient en réserve, il est très peu probable que ces derniers reviennent un jour en service.

(11https://​ria​.ru/​2​0​1​9​0​5​2​5​/​1​5​5​4​9​0​3​8​1​6​.​h​tml.

(12https://​tass​.ru/​a​r​m​i​y​a​-​i​-​o​p​k​/​6​0​7​7​582.

(13) тяжёлая огнемётная система. Littéralement : « système lance-flammes lourd ».

(14) Солнцепёк (« Soleil de plomb »).

(15) Войска РХБ защиты ВС РФ.

(16) разведивательнфая-огновая система.

Légende de la photo en première page : Tir d’un 2S19. L’élévation en site peut atteindre 68°. (© Meoita/Shutterstock)

Article paru dans la revue DSI hors-série n°72, « Numéro spécial : opérations terrestres  », juin-juillet 2020.

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