SCAF, opération « Résilience », disponibilité : le point de vue du CEMAA

Pour toute flotte de matériels, a fortiori aériens, la disponibilité est une donnée cruciale : elle conditionne ce qui peut être fait en réponse à la demande politique. Êtes-vous satisfait de celle des appareils de l’armée de l’Air ? L’A400M en a‑t‑il fini avec ses « maladies de jeunesse » ?

La disponibilité des matériels est en effet un déterminant essentiel de la capacité de l’armée de l’Air à réussir l’ensemble de ses missions, mais aussi celles des autres forces engagées auxquelles elle apporte sa contribution. Si la disponibilité n’est pas une fin en soi, elle doit permettre de réaliser l’activité indispensable à la préparation au combat de ses équipages et à la tenue des contrats opérationnels. À cette fin, l’armée de l’Air est pleinement mobilisée aux côtés de l’ensemble des acteurs du ministère des Armées et des industriels partenaires pour que la réforme du MCO aéronautique souhaitée par la ministre porte rapidement ses fruits et permette d’atteindre les objectifs ambitieux fixés par la LPM.

L’armée de l’Air met en œuvre à son niveau une réforme interne importante, baptisée NSO 4.0, qui vise à moderniser le Niveau de soutien opérationnel (NSO) avec l’objectif de toujours garantir la capacité de l’armée de l’Air à réaliser ses missions, en tous lieux, en toutes circonstances et à coûts maîtrisés. Placé au plus près des aéronefs et pleinement tourné vers le soutien des besoins opérationnels, le NSO contribue directement, 24 h/24 et 7 j/7 et de façon décisive, à la réalisation des missions prioritaires de l’armée de l’Air, au service de la protection des Français et de nos intérêts à travers le monde (posture permanente de sûreté, dissuasion nucléaire, alertes gouvernementales, intervention immédiate, ou encore interventions extérieures).

L’armée de l’Air peut s’appuyer sur un système qui doit conserver un équilibre entre un soutien opérationnel militaire et un soutien industriel, système dont la crise COVID a pu mettre en évidence la robustesse et la résilience. En effet, il faut souligner que, depuis le début de cette crise, la disponibilité des différentes flottes n’a jamais connu d’inflexion majeure, et a permis ainsi la tenue de l’ensemble des engagements opérationnels et des missions confiées à l’armée de l’Air. Une dette technique s’est cependant indubitablement créée pendant la crise, et il convient désormais de redéfinir les plans de charge industriels en concertation avec l’ensemble des acteurs afin de l’absorber au mieux.

Sur la base aérienne d’Orléans, où un plateau de travail collaboratif a été mis en place pour expérimentation, la flotte d’A400M illustre parfaitement la cohérence et la robustesse du modèle de soutien retenu. La disponibilité, en hausse, a ainsi permis de répondre aux nombreuses sollicitations pendant la crise COVID avec une efficacité remarquable. La mise en service d’une flotte nouvelle est toujours une phase délicate ; il faudra nécessairement encore quelque temps pour atteindre la maturité attendue, mais les capacités désormais délivrées par ce vecteur permettent de l’engager simultanément sur tous nos théâtres d’opérations dans un large spectre de missions. Pour conclure, je dirais que la disponibilité de nos matériels s’améliore de façon globale, mais continue de nécessiter une vigilance permanente pour associer l’ensemble des acteurs autour des mêmes objectifs – sur ce sujet, comme sur d’autres, vous pouvez compter sur ma détermination pour impulser une dynamique d’équipe !

Dans toutes les armées européennes – et une bonne partie des armées du monde –, le recrutement puis la rétention des personnels sont problématiques. Où en est l’armée de l’Air ?

Recruter est l’un des principaux enjeux des ressources humaines. D’abord, parce que, comme je vous l’ai dit, l’armée de l’Air est engagée sur tous les fronts en permanence. Ensuite, parce qu’elle se modernise et qu’elle accueille de nouvelles capacités, comme le MRTT par exemple. Au cœur de l’action de l’armée de l’Air, il y a des femmes et des hommes, dont l’expertise et le sens de l’engagement sont essentiels à l’institution. Le recrutement conditionne bel et bien la réussite d’une partie de la manœuvre de ressources humaines. En 2020, nous accueillons plus de 3 000 nouveaux aviateurs et aviatrices, dans plus de 50 métiers différents. Mais au-delà des chiffres, c’est bien d’expertises que nous avons besoin, pour assurer la régénération des compétences dans des métiers très spécifiques (maintenance aéronautique, système d’informations et de communication…) et dans nos nouveaux champs d’action (cyber, espace…).

Aujourd’hui, le recrutement de l’armée de l’Air, qui fait l’objet d’une attention permanente, est maîtrisé : nos flux de candidats sont encourageants et nous sommes « sur le trait ». La crise sanitaire et le confinement nous ont bien sûr conduits à cadencer nos objectifs et à adapter nos méthodes. Mais sur le terrain, tout a été mis en œuvre pour limiter l’impact sur le recrutement : les moyens digitaux (e‑sourcing notamment) ont largement été utilisés pour garder le contact avec les candidats potentiels et préparer le prochain vivier de recrutés. Grâce à des efforts redoublés et à un contexte économique peut-­être moins concurrentiel, l’armée de l’Air devrait de nouveau atteindre ses cibles de recrutement en 2020, avec un calendrier réadapté.

Bien sûr, les manœuvres de ressources humaines s’entendent sur le temps long, et certains retards en formation, liés notamment aux mesures sanitaires appliquées dans nos écoles, ne seront réellement mesurables que sur plusieurs années. Enfin, la fidélisation des aviateurs reste un enjeu majeur pour l’armée de l’Air, comme pour toutes les armées. Elle est indispensable pour conserver des expertises métiers longues à acquérir et pouvoir les transmettre aux nombreux jeunes qui rejoignent l’armée de l’Air. Nous avons mis en œuvre des mesures concrètes dès 2018 qui seront poursuivies, notamment dans le domaine de la rémunération avec la mise en place d’une Prime de lien au service (PLS). Elle nous permet de cibler les viviers critiques comme les spécialités du MCO aéronautique, du contrôle aérien ou des SIC, et même notre personnel navigant.

Le vaste projet de modernisation de nos processus RH, intitulé DRHAA 4.0, vise ainsi à disposer en permanence de ressources humaines qualifiées, dont les compétences et l’engagement opérationnel sont valorisés, et dont les spécificités sont préservées. C’est un chantier ambitieux qui est au cœur de mes priorités, notre « capital humain » constituant le cœur de l’armée de l’Air, et le moteur de nos opérations.

Propos recueillis par Joseph Henrotin, le 15 juillet 2020.

Légende de la photo en première page : Un Rafale B et le drone Neuron en vol. Le « plan de charge » du Rafale se déroulant au-delà des années 2040, l’appareil devrait être en service concomitamment avec le SCAF. (© C. Cosmao/Dassault Aviation)

Article paru dans la revue DSI hors-série n°73, « Armées françaises : dans l’œil du cyclone ?  », août-septembre 2020.

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